La guerre des cotes d’écoute

sport-editoLe paysage de la télévision sportive québécoise a beaucoup changé depuis 2011, année où le Réseau des sports (RDS) a vu un concurrent naitre. Ce concurrent à l’allure modeste, TVA Sports, est devenu le diffuseur francophone officiel de la Ligue nationale de hockey (LNH) en moins de trois ans. Il s’en suit maintenant une guerre de cotes d’écoute. 

Par Alexandre Paquette

Avant l’arrivée de TVA Sports dans le paysage télévisuel, RDS était la chaine spécialisée francophone la plus rentable au Canada. Ayant le monopole de la télévision sportive, RDS avait même généré des profits supérieurs à vingt-cinq millions de dollars en 2012. Sa plus grande carte de visite était bien sûr le Canadien de Montréal et son contrat de télédiffusion du hockey de la LNH.

Aujourd’hui, la situation a bien changé dans la mesure où, en plus d’avoir perdu les droits nationaux sur le hockey de la Ligue nationale, RDS et TVA Sports se livrent à une lutte sans merci qui donne lieu à de la surenchère. Selon les données qui circulent, RDS aurait déboursé 816 millions pour obtenir les droits régionaux du Canadien (60 matchs de saison régulière par année) pour les douze prochaines années. Si ce chiffre est exact, la chaine paierait donc deux fois plus cher le match que dans la précédente entente. Pour sa part, TVA Sports débourserait 52 millions de dollars pour diffuser une vingtaine de matchs du samedi du Canadien, en plus des matchs des séries éliminatoires.

À la lumière de ses chiffres, il va s’en dire que les grands gagnants sont la LNH et le Canadien de Montréal. En effet, la LNH touchera plus de cinq milliards de dollars avec son entente avec Rogers alors que le Canadien obtiendra près de 1,5 milliard de dollars de la part de RDS et de TVA Sports au cours des douze prochaines années. Le défi sera maintenant pour les deux chaines de rentabiliser leur investissement.

Les cotes d’écoute : le nerf de la guerre

Plusieurs seraient tentés de penser que les revenus publicitaires sont plus importants que les revenus d’abonnement, mais c’est faux. Les premiers comptent pour environ 30 % alors que les seconds comptent pour 70 %. C’est donc de dire que les deux chaines doivent se disputer un public précis : les amateurs de sport. C’est ce qui explique pourquoi les deux chaines font beaucoup d’autopromotion actuellement. Pour rentabiliser son investissement, TVA Sports utilise entre autres les différents médias de Quebecor pour faire de la publicité afin d’augmenter ses abonnements.

Actuellement, le nombre d’abonnés de TVA Sports se situe à 1,8 million alors que RDS en compte 3,3 millions. Toutefois, la première chaine est en croissance tandis que la seconde connait une décroissance depuis quelques années. Car il ne faut pas oublier que la télévision câblée voit son nombre d’abonnés diminués depuis 2011 partout au Canada. Ce constat rend encore plus difficile la rentabilisation de l’investissement qu’ont fait les deux chaines.

Pour assurer leur santé financière, les deux concurrents devront innover. RDS devra trouver un moyen pour demeurer la référence. À ce titre, RDS pourra s’inspirer de ce qui se fait aux États-Unis pour le football. En effet, ESPN est la référence en matière de football même si elle ne diffuse qu’une dizaine de matchs par année. Leurs émissions d’avant-match et d’après-match sont les plus populaires même si ce sont NBC, FOX et CBS qui diffusent les matchs. À l’opposé, TVA Sports devra profiter de son momentum pour s’imposer comme LA référence avant, pendant et après les matchs pour rentabiliser au maximum son investissement.

Portrait actuel

La saison de hockey n’est vieille que de quelques semaines, mais les cotes d’écoute des premiers matchs permettent de voir certaines tendances s’installer. Pour le premier match de la saison, TVA Sport a réussi à attirer 959 000 spectateurs, ce qui est semblable au résultat de RDS pour 2013. Toutefois, lors de son deuxième match, TVA Sports n’a attiré que 783 000 téléspectateurs, une baisse de 22 % par rapport à l’année précédente.

L’échantillon étant plutôt faible, il est difficile de tirer des conclusions à partir de ces chiffres. Le défi pour TVA Sports a commencé avec la fin du débrouillage de sa chaine à la fin-octobre. À partir de ce moment, on verra si la chaine aura réussi à augmenter ses abonnements. Ça prendra quelques mois, voire quelques années, pour pouvoir pleinement évaluer les retombées de cette entente pour les deux chaines sportives québécoises.

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