Par Denis Pagé

Derrière l’image de peuple ouvert que projette le Québec d’aujourd’hui se cache une histoire de plusieurs centaines d’années. L’interculturalisme est né de ces immigrants d’ailleurs qui arrivèrent en terre amérindienne. Si les différences d’autrefois apportaient des conflits, aujourd’hui, elles sont certainement une force de la nation québécoise. 

Les débuts

Mais tout d’abord, je crois qu’il est impératif d’attaquer de front l’expression Québécois de souche, et ce, pour bien saisir tout le contexte sociohistorique du défi en question. Ce qu’il est convenu d’appeler un Québécois de souche est le descendant des colons français qui ont pris racine, entre 1608 et 1763, sur cette terre d’Amérique qu’ils ont alors rebaptisée la Nouvelle-France. Originaires de différentes régions de leur mère patrie, entre autres la Bretagne et la Normandie, plusieurs de ces nouveaux arrivants ne parlaient pas le français, mais plutôt divers dialectes régionaux de France. Ces colons français n’étaient pas non plus tous de confession catholique, plusieurs ayant même fui des conflits religieux.

Le 19e siècle marque aussi l’arrivée de nombreux immigrants irlandais, catholiques. Ou protestants. Emportant dans leurs bagages leur histoire, plusieurs ont même pris fait et cause pour le Parti patriote contre l’Empire britannique lors de la rébellion de 1837-1839. Ces immigrants irlandais ont aussi grandement enrichi la culture québécoise. On leur doit en partie la tradition musicale celtique, à l’origine de la musique néo-traditionnelle québécoise.

Par ailleurs, le Parti patriote fut, en quelque sorte, un grand ambassadeur de l’intégration. Il a en effet été le premier parti politique de l’Empire britannique à vouloir accorder les mêmes droits aux citoyens d’origines juives ainsi que le droit de vote aux Amérindiens.

Cette période de la Nouvelle-France et l’avènement du régime britannique n’est pas sans rappeler la réalité actuelle de plusieurs Québécois issus de l’immigration. Venus au Québec pour fuir de graves conflits politiques, ils sont de confessions religieuses diverses et maîtrisent rarement la langue française à leur arrivée.

Le néo-Québécois

Bien sûr, l’intégration des vagues successives de nouveaux arrivants ne s’est pas faite sans chocs culturels et de valeurs. Heureusement, l’État québécois moderne s’est doté d’une politique de l’interculturalisme en vue de faciliter l’intégration des nouveaux arrivants. Celle-ci prône la francisation, sans pour autant bannir l’usage d’autres langues.

Comme on le voit, la trajectoire identitaire québécoise est une magnifique aventure humaine. La collectivité québécoise a su inviter les néo-Québécois à poursuivre la construction de cette identité québécoise évolutive. Ainsi, le « nous » québécois n’est pas basé sur des considérations ethniques, mais sur les prémisses d’un nationalisme civique, où tous les citoyens sont égaux devant la loi et les institutions.

C’est cette vision qui unit aujourd’hui, en toute fraternité, des millions de Québécois et de Québécoises en vue de faire du Québec une nation ouverte sur le monde et respectueuse de sa propre diversité.


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