La pornographie : moins inoffensive qu’on pense?

Culture-Pornographie-Jonathan_CoutureAvec la place grandissante qu’occupe la pornographie dans les médias, Internet et la publicité, la société occidentale voit la sexualité être de plus en plus banalisée. Comme en a témoigné le blogueur Mathieu St-Onge l’année dernière à Tout le monde en parle, ce phénomène naissant semble cultiver un terreau fertile au développement d’une nouvelle forme de dépendance plus préoccupante qu’on ne pourrait le croire. Revue des effets psychologiques, sociologiques et physiologiques de la pornographie.

Par Jonathan Couture, Véronique Lachance et Raphaël Dufort Rouleau.

Bien que le sens commun renvoie l’idée que la pornographie est inoffensive et qu’elle semble être une façon intéressante de vivre une sexualité en l’absence d'un partenaire, elle semble comporter des risques qu’il vaut mieux connaître : aliénation sexuelle et dépendance physiologique.

Premièrement, pour certains hommes, la pornographie devient un mode préférentiel de sexualité (et même une nécessité) au détriment de relations avec des femmes réelles. (Proulx, 2013) Malarek le constatait dans son étude de 2013; parfois, la pornographie pourra mener l’homme à consommer de la prostitution et à vivre une sexualité à l’image de ce qu’il voit, c’est-à-dire plus violente.

Deuxièment, ce problème, qui se manifeste entre autres dans des comportements comme la masturbation compulsive et la fréquentation excessive de sites pornographiques, affecte un grand nombre d’hommes et particulièrement les plus jeunes, dont le cerveau n’est pas encore complètement formé. (Florence Sandis, 2012) Les mécanismes physiologiques à la base de cette dépendance semblent expliquer une partie de son fondement.

Une satisfaction qui pose problème

Dans la pornographie, l’acte sexuel ne fait référence à rien de plus qu’un échange de corps à corps. Ce n’est que la satisfaction d’un besoin physiologique. Les conséquences de l’addiction sexuelle sont multiples et ont des impacts importants pour les dépendants et leur entourage. Il semble que la sexualité ne s’établit dorénavant plus exclusivement dans un rapport humain, mais tend à s’inscrire dans une consommation passive qui exclut l’aspect relationnel. Il est possible de penser qu’il y a ainsi une perte de sens de la sexualité et de l’intimité qui engendre un vide intérieur profond chez les dépendants. Les femmes et les hommes sont maintenant considérés comme des objets sexuels interchangeables, qui n’ont d’utilité que dans la réalisation de fantasmes. (Valleur, 2002) Dans son ouvrage Les sex addicts, Florence Sandis constate qu’au fur et à mesure que les addicts progressent dans la dépendance sexuelle, leur estime de soi diminue et ils en viennent à avoir honte du fait de ne pas être capables de se défaire de leur dépendance. Pour éviter ces émotions négatives, ils s’isolent et continuent de consommer à l’excès. C’est un cercle vicieux dans lequel ils sensibilisent davantage leur cerveau à cette aliénation sexuelle.

Sur le plan affectif, ce problème aura des effets négatifs sur la relation du dépendant avec sa conjointe. Certains hommes, n’étant plus capables d’être allumés autrement qu’avec la pornographie, ont des dysfonctions érectiles lors de relations sexuelles. De plus, comme la pornographie favorise les inégalités hommes femmes, certains dépendants s’inspirent de ce qu’ils voient et mettent de la pression sur leur partenaire afin de pratiquer une sexualité brutale et humiliante. Toujours selon Malarek, l’image de la femme est désormais avilie : sa jouissance à elle n’est plus considérée, son rôle se limitant à être dévouée à l’homme et à son plaisir à lui.

Simple dépendance psychologique ?

Cette accoutumance a des effets physiologiques. En effet, il a été démontré que lors du visionnement d’images pornographiques, le striatum ventral, situé dans la zone cérébrale du plaisir, serait deux fois plus actif chez les dépendants que chez les sujets sains. (Withnall, 2013) Dans le même ordre d’idée, les images pornographiques suractivent le système dopaminergique du plaisir, ce qui entraîne une augmentation des taux de dopamine dans le cerveau, ayant pour effet de renforcer les comportements qui mènent à regarder ces images. Toutefois, elles ne touchent pas le deuxième système responsable de la sécrétion des endorphines et nécessaire au sentiment de satisfaction (Doidge, 2007). C’est donc dire que les dépendants sexuels n’utilisent qu’un seul des deux systèmes du plaisir normalement activés lors d’une relation sexuelle. Ils ressentent un plaisir intense et momentané lorsqu’ils consomment une sexualité dénaturée, mais ne sont jamais totalement satisfaits.

Peut-être est-il à penser qu’une sexualité épanouie ne peut se passer de son volet relationnel ?

 

 

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