La préservation au sommet de la discussion

Par Mai Lie Caya

Le 11 avril dernier, la communauté étudiante de l’Université de Sherbrooke  s’est présentée au Centre culturel dans l’objectif de faire part au reste des invités de sa vision d’avenir du Mont-Bellevue. La Ville de Sherbrooke et l’université se penchent sur l’importance de la protection et de la gestion du territoire naturel s’étalant sur plus de 200 hectares. Les deux propriétaires avancent donc cette idée que le parc du Mont-Bellevue puisse faire partie du patrimoine naturel.

Le parc représente le seul endroit dans la ville sherbrookoise où les amoureux de la nature peuvent s’abandonner à leurs activités sportives en montagne. Or, la fréquentation du Mont et son usage courant mènent l’université et la ville à se poser des questions quant à la manière de protéger l’environnement naturel sans compromettre l’usage récréatif. La solution songée par les copropriétaires est notamment d’inscrire le parc du Mont-Bellevue en tant que réserve naturelle.

Le joyau de l’UdeS

L’Université de Sherbrooke souhaite reconnaître le parc comme réserve naturelle dans le but d’assurer la protection de l’environnement à long terme. Pour l’occasion, la ville et l’université organisaient un atelier de consultation pour discuter des recommandations et de la vision à long terme du parc du Mont-Bellevue. La vice-rectrice à l’administration et au développement durable de l’UdeS Denyse Rémillard se prononçait d’ailleurs sur le sujet en affirmant fièrement que la consultation menée d’abord auprès des universitaires servirait d’occasion favorable à la redéfinition de « l’avenir d’un territoire qui fait partie de notre environnement quotidien et qui possède en même temps une grande valeur écologique». La conseillère en éducation au développement durable de l’UdeS Véronique Bisaillon appuyait que le parc du Mont-Bellevue « [représente] un élément caractéristique du paysage sherbrookois qui est intimement lié à l’histoire de la ville et de l’université.  La réflexion sur la protection du parc que mènent la ville et l’université vise donc à prendre les moyens nécessaires à la maintenance du territoire sur le long terme ».

L’influence des pressions sur le milieu

Le projet de réserve naturelle pour le parc du Mont-Bellevue reprend les activités du plan d’aménagement dont la mise en place de stratégies préventives faisait défaut. En effet, la préservation du parc devient une préoccupation d’actualité avec la croissance des pressions sur le milieu. Les copropriétaires du parc ne peuvent rester indifférents à l’égard du nombre grandissant de visiteurs. La popularité du Mont fait non seulement émerger des conflits d’usage, mais aussi, l’abondance d’usagers et d’usagères succède à des enjeux de sécurité. De plus, l’absence de contrôle des activités de développement du parc a favorisé la multiplication de sentiers informels. Par contre, la gestion de la propriété demeure la même et aucun panneau de signalisation n’a été ajouté depuis l’ouverture des autres sentiers. Considérant la place que le parc du Mont-Bellevue représente pour l’identité de l’université et pour la ville, l’établissement d’enseignement souhaite remédier aux pressions croissantes dans le but de développer le parc comme il se doit.

La face pratique du Mont

Les trois quarts du terrain couvert par le Mont-Bellevue appartiennent à l’Université de Sherbrooke. Ainsi, chaque année, le parc permet au corps professoral et étudiant de mener des recherches au cœur de la forêt. Comme Véronique Bisaillon le souligne, « [l’université] souhaite préserver ce joyau pour les fonctions écologiques qu’il assure, parce qu’il s’agit d’un lieu qui permet à l’UdeS d’y déployer sa mission d’enseignement et de recherche et enfin parce qu’il s’agit d’un endroit fabuleux où l’on peut pratiquer différentes activités de plein air pour le mieux-être de la communauté universitaire et la population en général ». Par ailleurs, le personnel enseignant des programmes en écologie, en géomatique, en éducation physique et autres offre même des cours dans le parc. Ainsi, la conseillère en développement durable de l’UdeS considère l’importance d’une conciliation entre des mesures déployées pour protéger la nature avec l’amélioration de l’expérience des membres utilisateurs.

Un milieu qui fourmille d’individus

L’usage du parc se répand de plus en plus. L’engouement des activités sportives et physiques se manifeste. Le Mont-Bellevue, en été comme en hiver, permet aux âmes sportives d’effectuer des activités multiples : ski alpin, ski de fond, raquette, vélo de montagne, glissade sur tube, randonnée, course à pied, etc. De plus, la proximité du mont avec l’université permet aux universitaires et au personnel enseignant de traverser les sentiers de la forêt à pieds pour se rendre à l’UdeS. Les espèces qui cohabitent dans ce milieu naturel partagent ainsi leur environnement avec les membres utilisateurs du parc.

La réserve naturelle comme solution

Le Mont-Bellevue ne peut s’inscrire en tant que réserve seulement si le ministre du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques en convient. Une fois que le statut de réserve naturelle est octroyé, le parc bénéficie d’un protocole de conservation des caractéristiques biologiques, écologiques et paysagères ainsi qu’il dispose de mesures d’encadrement relatives à l’usage du parc. Le Québec compte donc 210 réserves naturelles et le parc du Mont-Bellevue viendrait s’ajouter à cette liste. Le but d’octroyer le statut de réserve naturelle au Parc consiste à ce qu’il détienne une protection légale nécessaire à la pérennité des diverses vocations du territoire au travers du maintien de ces caractéristiques. Comme Véronique Bisaillon le précisait, « par vocation, on vise bien sûr la vocation de milieu naturel et ses attributs écologiques, mais aussi la vocation récréative et éducative du territoire». En appliquant le statut de réserve naturelle, le parc jouirait de mesures préventives relatives à son développement en équation avec la biodiversité du milieu naturel assurant ainsi une protection à long terme de l’environnement. Le parc serait dès lors protégé contre la volonté d’intenter un développement urbain autour de l’espace vert, activité à l’origine de la dégradation du milieu naturel. De plus, le statut de réserve naturelle n’implique pas la tarification des entrées aux membres utilisateurs. Cette initiative respecte donc l’utilisation habituelle des visiteurs à emprunter les divers sentiers du parc.

Une mission de prévention à la dégradation

Le premier élément sur lequel l’université se penche est notamment l’existence du vaste réseau de sentiers informels. Ces derniers, bien que pratique pour les visiteurs, seront fermés à des fins de « revégétalisation » du milieu. Une autre mesure de protection du parc insisterait sur la sensibilisation et sur la mission d’engagement des parties prenantes dont le but serait d’améliorer la gestion du territoire. Par exemple, Véronique Bisaillon suggérait la mise en place d’un « programme de suivi de l’intégrité écologique du parc qui pourrait être intégré à certaines activités pédagogiques offertes en écologie, en géomatique appliquée et au Centre universitaire de formation en environnement et développement durable, par exemple. Nous avons cette chance d’avoir différents spécialistes et nous souhaitons les impliquer dans ce projet ».


Crédit Photo @ Gabrielle Gauthier

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