La promotion des œuvres littéraires : cap sur Amazon

Par Katrine Joncas

Depuis l’arrivée des diverses technologies permettant aux consommateurs de se procurer leurs lectures via Internet ou de simplement réaliser leurs lectures à l’aide de leur tablette électronique ou sur leur téléphone cellulaire, les auteurs de ce monde peuvent faire face à plusieurs difficultés quant à la promotion de leurs œuvres littéraires. Le Collectif s’est intéressé à la façon de faire du marchand du Web Amazon, qui propose une plateforme originale aux auteur(e)s.

Amazon Author

C’est une toute nouvelle plateforme leur permettant de gérer leurs livres qu’Amazon a proposée aux auteurs en décembre dernier. Plus précisément, le marchand du Web s’intéresse aux auteurs indépendants en leur offrant une méthode numérique leur permettant de publier leurs œuvres et de bénéficier de plusieurs avantages, dont la personnalisation de leur profil. Cette nouvelle initiative d’un des grands acteurs du Web est une excellente nouvelle pour les auteurs qui peinent à obtenir des revenus grâce à leurs œuvres lorsqu’ils tentent de publier par l’entremise des maisons d’édition.  

Une rivale pour les maisons d’édition

Afin de s’associer au plus grand nombre d’auteurs possible, Amazon leur propose une foule d’avantages qui ne sont pas accessibles lorsqu’ils font affaire avec les maisons d’édition. D’ailleurs, Amazon commercialise les œuvres en les mettant à la disponibilité du public uniquement; les publications ne sont pas mises à la disposition des marchands, c’est donc Amazon qui a l’exclusivité sur la vente de celles-ci et les œuvres ne sont disponibles nulle part ailleurs, offrant ainsi une certaine exclusivité. De plus, cette nouvelle plateforme est disponible aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Allemagne, en Espagne, en Italie, en Inde et au Japon : la France s’avère donc être envieuse de ce programme (et le Québec aussi).

Ce n’est pas la première fois qu’Amazon entreprend des techniques pour faciliter la promotion des œuvres des auteurs. Rappelons-nous 2015, alors que le marchant Web avait dévoilé une toute nouvelle manière de rémunérer les auteurs, le Kindle Edition Normalized Page Count. En fait, depuis 2015, lorsque les auteurs publient une de leurs œuvres sur la plateforme Kindle, elle aussi gérée par Amazon, ceux-ci ne sont pas payés par le nombre de copies vendues, mais par le nombre de pages lues. En fait, plus les lecteurs lisent de pages, plus les auteurs sont payés. Grâce à un « multiplicateur de rémunération », la plateforme est en mesure de différencier les œuvres qui se lisent du début à la fin de celles dont quelques pages seulement sont consultées à titre de référence, comme les dictionnaires. Cette idée avait été bien perçue par les auteurs qui étaient ainsi invités à intégrer davantage d’intrigues dans leur récit et alors produire des œuvres mieux appréciées.

Une nouvelle moins positive pour le Québec

Bien qu’Amazon offre une place avantageuse aux auteurs de plusieurs pays qui n’arrivent pas à percer par l’entremise des maisons d’édition, c’est une tout autre réalité qui se fait sentir au Québec. En fait, il a été réalisé que 60 % des bibliothèques cégépiennes détenaient un logiciel de recherche dirigeant les utilisateurs vers le site Web d’Amazon. Simplement, lorsque les étudiants ou le personnel effectuent une recherche sur le site Internet de la bibliothèque, ils aperçoivent la page couverture des ouvrages sur laquelle ils peuvent cliquer. Ainsi, en cliquant, ils sont directement dirigés vers la plateforme d’Amazon.

Dans un monde où la concurrence américaine se fait sentir dans plusieurs domaines, notamment celui de la culture au Québec, ce sont de sérieux questionnements qui se posent lorsqu’il est question de publicité dans un cadre éducatif. D’ailleurs, comme l’a rapporté dans Le Devoir Jean-Yves Laporte, professeur au Département de littérature et de français au Cégep Édouard-Montpetit situé à Longueuil, « ce n’est pas le rôle des bibliothèques de cégep de diriger des clients vers Amazon ». En effet, en prenant la peine de se rappeler la réelle tâche qu’ont les bibliothèques dans les écoles, il est évident que l’éducation à la lecture ainsi qu’à la recherche d’information passe avant la promotion d’un géant marchand du Web.

Par contre, la raison de cette réalité est bien simple : les cégeps y gagnent, en quelque sorte. En fait, puisqu'aucune image ne peut être procurée gratuitement, c’est dans le but d’intégrer des images sur les sites Internet des bibliothèques que 29 cégeps ont pris comme entente avec Amazon de rediriger les utilisateurs sur leur site en échange des photos des œuvres.  

L’exposition des étudiants à ce genre d’entente, quoique subtile, avec un géant du monde numérique envoie un drôle de message quant à la notoriété des bibliothèques. Le fait de ne pas dépenser une somme supplémentaire pour obtenir des images ne démontre-t-il pas indirectement que la qualité des services de bibliothèque en ligne passe au deuxième rang lorsqu’il est question d’économie?

Alors qu’il offre des plateformes avantageuses permettant aux auteurs de plusieurs pays indépendants d’avoir une meilleure reconnaissance et ainsi promouvoir davantage leurs œuvres littéraires, le géant marchand du Web Amazon n’offre pas une expérience totalement appréciée par les Québécois. En fait, la firme fait sentir sa présence dans le monde culturelle depuis quelque temps. Notamment, non seulement elle s’intéresse à la vente de productions d’auteurs, mais elle a aussi annoncé récemment vouloir produire le livre à succès Problème à trois corps écrit par Liu Cixin. C’est d’un pas assuré que la firme semble vouloir faire son entrée dans le monde des grandes productions; est-ce réellement sa place? En tout cas, de toute évidence, elle a le budget pour le faire!

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