Par Émilie Pinard-Fontaine

Le 1er novembre fut jour de première pour La question des fleurs au Centre culturel de l’Université de Sherbrooke. Créé en temps de pandémie, ce spectacle de l’agence Mickaël Spinnhirny réunit quatre chorégraphes et un couple de danseurs afin d’explorer le contact humain et le toucher en ces temps troublés.

Freinés dans leurs élans artistiques, quatre chorégraphes du Québec et de la France ont uni leurs forces et leurs talents artistiques pour créer une œuvre collective à distance. La fusion et la confrontation de leurs univers ont donné La question des fleurs, une représentation tout en simplicité et en fluidité interprétée par le couple composé de Daphnée Laurendeau et de Danny Morissette. Ce spectacle, poussé par le désir de retrouver le public après plus de 250 représentations annulées, a été créé en un temps record. Alors que la création en danse s’échelonne normalement sur deux ans, La question des fleurs a vu le jour en mai dernier.

Inspiration pandémique

Sans vouloir aborder de plein fouet la pandémie actuelle, les chorégraphes se sont laissé inspirer par des thématiques qui sont intrinsèquement liées : le toucher, le contact humain, la distance et même le souffle. En effet, les relations sociales contraintes par la distanciation physique et le souffle, par les masques et l’appréhension de contracter le virus par les voies respiratoires, sont au cœur de cette exploration corporelle.

Éloge de la simplicité

Sobriété. C’est le premier mot qui m’effleure lorsque l’éclairage se lève sur les danseurs. Le silence les enrobe alors qu’ils s’observent et que leurs corps se répondent. Les premières notes instrumentales du compositeur Laurier Rajotte se font entendre peu après, toutes en douceur afin de laisser place à l’exploration du souffle qui caractérise cette première partie chorégraphiée par Ismaël Mouaraki. C’est l’éveil, les partenaires s’apprivoisent dans cette section plus classique, pourtant chorégraphiée par un interprète de danse urbaine.

Les danseurs entrainent ensuite l’auditoire dans l’univers plus romantique de Christophe Garcia, dont l’approche de la danse est fortement liée à la musique. La fluidité et la complémentarité du duo sont à leur apogée dans cette portion très sensuelle du spectacle, fabuleusement accompagné du piano et des cordes.

Vient ensuite la poésie de Dominique Porte, qui repousse les limites de l’expression grâce à la musique des corps. Les accessoires, plante, fleur et eau, apparaissent dans cet univers où l’improvisation est de mise. En effet, Danny Laurendeau accepte le risque de chute lorsqu’il asperge la scène tout en courant autour de sa partenaire. L’imprévisibilité fait partie du jeu et l’interprète se rattrape si bien que les spectateurs ne peuvent que se demander si c’était chorégraphié… ou pas.

Le tout se conclut avec l’énergie créatrice brute, rigoureuse et viscérale d’Andrea Peña, présente lors de la représentation. Cette créatrice multidisciplinaire pousse l’exploration en reliant les danseurs par un ensemble de corde et de harnais. Les partenaires se tirent l’un et l’autre avant de s’équilibrer dans un jeu de poids et contrepoids qui met en évidence leur interdépendance.

Les danseurs, ce fil conducteur

C’est un grand défi autant pour les créateurs que pour les artistes de chorégraphier et d’interpréter quatre univers différents, un phénomène rare dans le milieu de la danse. Ce qui lie l’ensemble, ce sont les danseurs eux-mêmes qui contribuent à tisser le fil entre les chorégraphies. En participant au processus de création de chacun des artistes de manière intensive, ils se sont plongés dans chacun des univers afin d’unir le tout de façon harmonieuse et parfois même imperceptible.


Crédit Photo @ Centre Culturel, Université de Sherbrooke

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