La responsabilité sociale de l’art urbain

Par Benjamin Le Bonniec

Pour certains, les oeuvres dart surgissant au coeur de nos villes méritent de demeurer universelles et garder le strict anonymat. Cest notamment ce que défendait, il y plus de 25 ans, le philosophe Michel de Certeau dans son livre Linvention du quotidien, Arts de faire. En ce sens, il faudrait estimer que loeuvre aura pour objectif de donner un sens à un lieu à lorigine vide, faire de lespace un lieu plein, un lieu rempli et existant. Transformer un non lieu en espace sacré relèverait le challenge principal de lart au sein de lespace public. Dès lors, on se retrouverait dans une disposition où chaque oeuvre exposée dans un lieu dit public détiendrait une part de responsabilité sociale.

 

La recherche dun public

La ville, plus globalement l’espace public, est un lieu où transite un public qui en soit n’en est pas un. Comment considérer un public alors que de nombreux passants ignorent les oeuvres se présentant à eux au détour d’une rue ou au milieu d’un parc ? En envisageant les choses de la sorte, on pourrait alors largement estimer l’absence d’un véritable public pour les oeuvres d’art situées dans l’espace public. Pourtant, il est évident que ces oeuvres touchent un certain public spécifique allant au-delà des professionnels du milieu. En effet, nous trouvons des amateurs d’art jusque dans nos rues et l’intérêt pour l’art urbain apparaît grandissant ces dernières années; rien que la mouvance street art avec Banksy notamment, apparaît comme un parfait exemple. Il faut en finir avec ces conceptions qui estiment que l’on continue encore de produire de l’art pour faire de l’art, plus largement de la culture pour la culture.

Des oeuvres responsables socialement

Car aujourd’hui, l’art présent dans l’espace urbain détient graduellement une place prépondérante dans les consciences collectives et possède une responsabilité à l’échelle de la société. Souvent boudées, ces oeuvres demeurent présentes non justement pour faire de l’art pour l’art, mais en raison de la mission qu’est la leur à l’échelle d’une communauté moderne en pleine évolution. La responsabilité de l’art public est sociale, en ce sens qu’elle permet de démontrer l’allant d’une population vers la modernité. Outre les avancées techniques et technologiques, la culture a toujours contribué à favoriser une évolution des pensées, à éclairer une population parfois obnubilée par son quotidien et qui ne demande qu’à être éclairée. Cela fut le cas dans le passé de la littérature (cf. éditorial), la musique aussi joue ce rôle progressiste vers le changement. En faisant sortir les oeuvres d’art des musées, des galeries et des collections privées, on donne l’accès aux masses à quelque chose à l’origine quasiment inaccessible. Et c’est là que tient toute la valeur de cette responsabilité sociale. En devenant accessible dans l’espace public, l’oeuvre a le mérite de susciter l’émoi d’une population, qu’elle éveille la curiosité ou bien l’aversion.

Un caractère éphémère pour un public temporaire

En présentant des oeuvres dans l’espace public, on s’attache donc à favoriser l’accès des dites oeuvres à l’ensemble de la société. Mais pour que celle-ci continue d’aller de l’avant, perpétue sa progression, il demeure nécessaire de maintenir le caractère éphémère des oeuvres. Une oeuvre d’art restant perpétuellement ancrée deviendra progressivement altérée, du moins, ne jouera plus son rôle novateur. Pour cela, il apparaît nécessaire de maintenir le caractère éphémère de celle-ci. D’autant plus que le public également est continuellement en mouvement et changeant inlassablement, la mobilité de nos sociétés est un constat évident.

Dès lors, par sa nature, l’art public détient cette responsabilité dite sociale à l’égard de la société, donc d’un public, bien que partiellement réceptif. Montréal et l’ensemble des villes québécoises multiplient ces dernières années des actions dans ce sens. Nous voyons pulluler des oeuvres dans tous les quartiers et la multiplication des murales est tout autant de satisfactions dans cette mission que l’on pourrait considérer d’ordre public.


Cet article a été rédigé en parallèle à cet éditorial de Benjamin Le Bonniec.

Partager cette publication