La santé psychologique des universitaires : un enjeu alarmant

Par Katrine Joncas

Le 19 novembre dernier, TVA Nouvelles a publié un article relatant les résultats d’une étude effectuée par l’Union étudiante du Québec (UEQ), en collaboration avec la firme Léger au sujet de la détresse psychologique. Les résultats à ce sondage en ont fait réagir plus d’un alors que ceux-ci démontrent que 58 % des universitaires souffrent de détresse psychologique. Ces résultats, en plus des commentaires apparaissant en dessous de l’article publié sur la page Facebook de TVA Nouvelles, sont assez alarmants.

Bien que l’étude réalisée par l’UEQ n’ait récolté que 16 % de réponses, ce sont quand même 24000 étudiants provenant de 14 universités différentes qui se sont prononcés dans le sondage, selon l’article publié par TVA Nouvelles. Plus précisément, les résultats obtenus démontrent que «19 % des répondants présentent des symptômes dépressifs modérément sévères ou sévères», «9 % des répondants ont eu des idées suicidaires au cours des 12 derniers mois» et «1 % des répondants ont fait au moins une tentative de suicide». La pression de performance, la compétition et le manque de soutien entre collègues semblent être des variables reliées à ces chiffres surprenants. Toutefois, selon le Président de l’UEQ, c’est la solitude qui démontre le plus de variables dans l’étude effectuée auprès des universitaires. Ainsi, il souligne que la compétition doit être réduite et le soutien par les pairs augmenté.

L’Université, une adaptation souvent nécessaire

Alors que pour certains l’entrée à l’Université ne représente que la suite logique à leur parcours scolaire, pour d’autres, cela signifie également d’emménager en appartement et de quitter le nid familial. Alors qu’à elle seule, l’université présente son lot de défis lié à aux méthodes d’enseignement et à la charge de travail imposée par les différents cours, s’ajoutent souvent à cela la nouveauté de vivre seul ou avec des colocs, de prendre soin de soi, d’apprendre à se nourrir convenablement et à s’occuper d’un logement, bref, à vivre sans l’aide de ses parents, ou du moins à vivre plus indépendamment. Tout cela sans compter le travail étudiant, souvent nécessaire pour arriver à payer toutes ces nouvelles dépenses. Ainsi, pour certains, l’entrée à l’université est un chemin calme et joyeux, alors que d’autres la voient davantage comme un long chemin rocailleux demandant une sérieuse adaptation de leur mode de vie. Alors que cette expérience est différente pour chacun d’entre nous, comment est-ce possible de juger celles et ceux qui en seraient affectés psychologiquement? Et comment est-ce possible de se juger entre générations, alors que les contextes dans lesquels nous évoluons sont complètement différents les uns des autres? Tout ça semblerait possible, du moins c’est ce que laissent croire plusieurs commentaires quelque peu inquiétants, disons-le, publiés sur les réseaux sociaux au sujet de la détresse psychologique des étudiants universitaires.

Des réactions pimentées de jugements et d’incompréhension

Selon le Président de l’UEQ, cité dans l’article publié par TVA Nouvelles, «il y a quelque chose à faire, pas juste en termes de traitement, mais aussi en prévention». Toutefois, ce n’est pas tout le monde qui réagit ainsi en entendant cette statistique. Emma Archambault, étudiante de troisième année au baccalauréat en communication appliquée à l’Université de Sherbrooke, s’est vue interpellée par les commentaires désobligeants de plusieurs personnes à l’égard des étudiants universitaires dans la section commentaires de la publication : «Je me suis aperçue que plusieurs personnes critiquaient les étudiants et étudiantes en les traitant de ¨mous¨, de ¨bébés gâtés¨, de ¨pas faites forts¨, de ¨génération perdue¨, etc. La réponse à ces commentaires était majoritairement ¨ok boomer¨». C’est d’ailleurs davantage pour ces commentaires insensés que l’étudiante a ressenti le besoin de s’exprimer et de faire part de son opinion sur sa page Instagram.

En effet, plusieurs penseront sans doute que, dans tous les cas, les commentaires apparaissant sous les publications des médias sur les réseaux sociaux ne sont pas toujours matures et sensés. Évidemment, mais n’est-ce pas là alarmant que des gens, qui ne sont pas nécessairement passés par l’Université, dénigrent la situation psychologique d’universitaires? Pour l’étudiante, c’est difficile de voir des gens «cyberattaquer les autres» autour du sujet de la détresse psychologique et la réponse «ok boomer» provenant de la génération touchée «est utilisée de façon inconvenable sur les réseaux sociaux». L’étudiante ajoute également avoir lu et signalé un commentaire suggérant, en d’autres mots, le suicide aux étudiants en détresse, démontrant ainsi les commentaires sans limites pouvant être exposés sur ce genre de publications.

Alors que plusieurs prônent l’entraide et le respect envers les autres, autant qu’envers les générations plus vieilles et plus jeunes, ce genre de commentaires ne démontre que le contraire et tend peut-être même à créer un écart, voire même une certaine compétition entre les générations. «En généralisant et en attaquant des générations de cette façon-là, on creuse un fossé encore plus grand entre les personnes âgées et les jeunes», pense Emma Archambault.

Rectifier le tir

Ici, à l’Université de Sherbrooke, le délai pour voir un psychologue est d’un à deux mois. Toutefois, il est possible d’obtenir une consultation d’urgence dans un délai de 24 à 48 h. De plus, des informations concernant la santé psychologique sont communiquées relativement régulièrement aux étudiants. Comme le souligne Emma Archambault, l’université «envoie des courriels sur les services d’aide psychologique et d’orientation offerts, et ce, à chaque session». Toutefois, c’est impossible d’être convaincu que la communauté étudiante prend connaissance de ces informations. Ainsi, peut-être faudrait-il implanter des formations plus complètes afin de démontrer l’importance de prendre soin de soi et de demander de l’aide en cas de détresse psychologique. Or, selon l’étudiante qui s’est montrée volontaire à répondre à quelques questions dans le cadre de cet article, «la gestion du stress […] ça va plus loin que juste une formation.» Selon l’étudiante, des cours de développement personnel seraient pertinents et permettraient aux étudiants, peu importe leur programme d’étude, de «mieux s’écouter et réaliser leurs besoins».

Besoin d’aide? C’est important d’en parler!


Crédit Photo @ Béatrice Palin

Partager cette publication

Laisser une réponse