La sécurité dans les zones de conflit : un enjeu prioritaire pour la Croix-Rouge

Par Judith Doré Morin

Issu de la volonté d'améliorer les soins reçus par les soldats blessés en temps de guerre, le symbole de la croix rouge apparaît au cours du 19e siècle. Il permet alors aux belligérants d'identifier et d'assurer la sécurité du personnel médical sur les champs de bataille. Encore aujourd'hui, cet emblème protecteur est reconnu et protégé internationalement. Toutefois, tel que le souligne Jean-Baptiste Lacombe, auparavant intervenant pour Médecins sans frontière et Oxfam Québec, la sécurité des individus demeure un enjeu prioritaire pour les organisations humanitaires telles que la Croix-Rouge canadienne.

La sécurité, une question de priorité

Au cours des années précédentes, Jean-Baptiste Lacombe a été appelé à intervenir en République centrafricaine, dans une zone occupée par trois groupes rebelles. Un soir, des membres de l'équipe sont enlevés et ce n'est qu'après des négociations ardues qu'ils retrouvent leurs collègues. En réponse à cet évènement, la Croix-Rouge canadienne évacue son personnel de la région pendant cinq mois. Bien que cela demeure un constant dilemme éthique, l'organisation considère la sécurité de ses membres plus importante que celles de populations locales.

Les conflits contemporains comportent plusieurs risques pour le personnel humanitaire. La multiplication des groupes armés et des organisations humanitaires sur un même territoire, l'influence politique régionale ainsi que l'utilisation des technologies figurent parmi les éléments qui menacent désormais la sûreté des membres de la Croix-Rouge lors de leurs missions. Le conférencier soutient tout de même que les accidents de la route ainsi que les problématiques sanitaires constituent les plus grands risques pour le personnel intervenant lors d'urgences internationales.

Les organisations humanitaires usent de diverses stratégies, telles que la dissuasion et la protection, pour assurer leur sécurité dans les zones de conflit. En ce qui concerne la Croix-Rouge canadienne, celle-ci mise sur son acceptabilité au sein des populations. Cette stratégie se base sur le postulat que les groupes belligérants n'attaquent pas les organisations humanitaires lorsqu'ils considèrent que celles-ci sont bénéfiques pour leur communauté. Ainsi, l'acceptabilité, de même que l'identification claire du personnel œuvrant sur le terrain et l'élaboration de plans d'évacuation constitue un facteur fondamental de la sécurité des membres de la Croix-Rouge en zone dangereuse.

La Croix-Rouge, une responsabilité élargie

Au fil du temps, le rôle des individus portant l'emblème protecteur s'est diversifié. Les organisations humanitaires œuvrent de plus en plus afin d'améliorer les conditions de vie des populations plus vulnérables. Elles visitent parfois des centres de détention afin d'obtenir certaines informations et inciter les individus armés à traiter les personnes incarcérées de façon digne. Elles peuvent également chercher l'appui des autorités locales pour augmenter l'accessibilité des soins, ou encore escorter des groupes afin d'amoindrir les comportements de violence dirigés vers ceux-ci.

Dans les camps de réfugiés, le personnel humanitaire se charge de réunir les membres de familles divisées. Au besoin, il oriente les individus vers les organisations offrant certains services particuliers, tels que de l'aide juridique ou un soin complexe. Pour ce faire, la coordination et le partage des ressources entre les organisations, autant le savoir que les biens, sont essentiels.

En tout temps, le personnel de la Croix-Rouge s'efforce d'assurer la dignité, l'accès, la participation et la sécurité de tous et de toutes lors de leurs interventions. Ainsi, les principes de protection, de genre et d'inclusion sont mis de l'avant dans chaque action. Cela se reflète notamment par la mise en place de centres communautaires multifonctionnels au sein des camps abritant des personnes réfugiées. En offrant plusieurs services au même endroit, cela réduit les risques de marginalisation des usagères et des usagers.

Le travail humanitaire, une véritable vocation

Jean-Baptiste Lacombe détient une maîtrise en droit international et en Sciences politiques. Animé par le désir de découvrir de nouvelles cultures et d'exercer un métier lui permettant d'agir auprès de communautés vulnérables, il choisit de se dévouer au travail humanitaire.

Jean-Baptiste Lacombe est actuellement gestionnaire d'intervention rapide pour la Croix-Rouge canadienne. À tout moment, il peut donc être appelé à intervenir dans un autre pays en cas de catastrophe naturelle, de conflit ou de toute autre urgence. Chacune de ces missions imprévisibles est de courte durée, généralement entre quatre et six semaines, mais de forte intensité.

Au Bangladesh, Jean-Baptiste Lacombe était chef d'une équipe qui organisait un service de clinique mobile pour les personnes nécessitant des soins de base. Depuis le mois d'août dernier, près de 688 000 individus ont traversé la frontière séparant le Bangladesh du Myanmar en raison des violences subies dans leur pays. Dans le district de Cox's Bazar, où le travailleur humanitaire a passé six semaines, des abris de fortune se construisent au fur et à mesure que de nouvelles vagues de personnes réfugiées arrivent. Dans ces camps précaires, il est difficile de trouver une source de revenus permettant d'accéder à des produits de base tels que du savon ou un sceau pour puiser de l'eau. De plus, la prochaine saison des pluies menace d'inonder près de 100 000 personnes résidant dans ces camps.

L'olivier, un symbole d'espoir

Le conférencier conclut sa présentation avec une note d'espoir. Au cours d'une mission en Jordanie, il rencontre un homme réfugié depuis peu. En dépit de toutes les épreuves qu'il a traversées, cet homme choisit d'investir son énergie dans la croissance d'un olivier. Planté à proximité de son abri de fortune, l'arbre devrait donner ses premiers fruits d'ici douze ans. Ainsi, par cette activité anodine, cet homme témoigne de l'espoir qu'il porte pour l'avenir de sa communauté. Pour Jean-Baptiste Lacombe, cette rencontre lui prouve qu'il est possible de passer au travers de toutes les difficultés inhérentes aux conflits contemporains.


Crédit Photo @ La Croix-Rouge

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