La tolérance par le passé, au présent et à l’avenir

Par Frédérique Lévesque

La tolérance a un passé, un présent exploré par le monde intellectuel et vécu par la population dans différentes sphères, et certainement un futur, espérons-le, lumineux.

L’origine du mot tolérance est liée à la religion et acquiert un peu après le XVIe siècle un statut juridique afin d’assurer un climat de tolérance sociale à l’égard des minorités religieuses (Habermas 2013). La tolérance donne donc naissance à des droits.

Aujourd’hui, son utilisation s’est étendue. L’UNESCO articule sa définition de la tolérance autour du respect des modes et des manières d’expression de l’humain. Il s’agit aussi d’apprécier les différences. Il faut souligner le mot apprécier, car cela semble être oublié.

L’indifférence, ce n’est donc pas la tolérance.

Il faut toutefois faire attention à l’amalgame respect-tolérance, car il existe une différence non négligeable entre les deux. Le respect concerne la personne et la tolérance concerne notre conduite. Elle n’est pas liée à l’individualité, car la tolérance est politique et sociale (Guillot 2009).

La tolérance est une action. Je pars de là. Ainsi, l’objectif est de penser la tolérance en demeurant dans l’agentivité plutôt que dans la passivité vis-à-vis des différences culturelles, identitaires, etc.

Malgré les précisions, n’en demeurent pas moins les différentes interprétations. Rien que dans la sphère philosophique, il y a des divergences. Certains philosophes des lumières attribuent la tolérance à la faiblesse de l’homme : devant sa défaillance inévitable, l’homme se doit à lui-même la tolérance. D’autres la voyaient comme un défi immense lorsque celui qui se positionne contre l’intolérance doit demeurer tolérant envers les intolérants (Goubier-Robert 1998).

La tolérance en amour est également un angle intéressant d’application du concept où les interprétations sont diverses. Généralement, il s’agit de ne pas appliquer de moule normatif aux relations.

La tolérance, c’est sortir du traditionnel cadre chrétien avec ses nombreux interdits et valoriser la pluralité des formes d’amour (Delon 2000). La tolérance, toujours selon Delon, serait l’épanouissement du corps et l’exploration du plaisir.

C’est un concept intéressant, dans un contexte actuel où le paradigme entourant les relations sexuelles s’élargit graduellement grâce aux luttes féministes, entre autres. En effet, le plaisir prend ou reprend une place importante, qu’il soit féminin ou masculin.

Dans notre vie personnelle, amoureuse et dans nos relations sociales, les normes en général et la volonté d’uniformité, dans un contexte de diversité reconnue des êtres humains, semblent oppressives. Parmi d’autres, la diversité des goûts est d’ailleurs un argument en défaveur de l’imposition de normes sociales lorsqu’il s’agit de relations amoureuses.

Une tolérance active, c’est dans la solidarité de l’autre, quel qu’il soit. C’est agir en s’abstenant de juger les moyens d’expression des gens (Patrick 1997). À l’inverse, la tolérance, c’est aussi agir en célébrant la diversité comme une richesse.

Le philosophe et politologue canadien Charles Taylor, lors d’une conférence sur l’intolérance Beyond Toleration, pose une question, ici éminemment pertinente à mon avis : « L’importance accordée aux droits aujourd’hui peut-elle seulement avoir l’effet d’un bouclier contre l’intolérance? ».


Crédit photo © Seronet

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