La tolérance, une remise en question?

Par Catherine Villeneuve-Lavoie

Depuis quelques semaines déjà, la culture du viol semble être au cœur du programme médiatique. Pourtant, elle n’est pas nouvelle. Ce qui est nouveau par contre, c’est de vouloir la tolérer. En effet, selon Martine Delvaux, « on parle de plus en plus d’une culture qui ne dit pas son nom, qui tout en permettant le viol, en minimise toujours la réalité ». Une culture que nous forçons de transmettre, qui banalise et plonge les victimes de violences sexuelles dans une chute sans fin, d’une société qui place la victime sur le banc de l’accusé, et comme si le viol pouvait être toléré. Et c’est sur ce même assouplissement d’une culture qui encourage et blâme ensuite les femmes d'en être coupables que l’on doit cautionner. On parle de cette forme de tolérance à l’égard des violences sexuelles. Car la tolérer, c’est en quelque sorte décider de l’accepter.

La culture du viol est-elle devenue tolérée, et ce, devant une culture qui vient perpétuer l’humiliation d’une femme sur les ondes avec des propos dégradants, ou tout simplement parce que celle-ci a décidé de ne pas porter une robe hors de prix sur la scène de l’ADISQ? Car la seule chose que l’on peut reprocher à cet animateur, c’était d’avoir ajouté un brin d’humour, et à cette artiste, d’avoir fait honte à l’industrie. Cette forme de tolérance comme moteur d’une culture populaire contribue sans cesse à la normalisation de la culture du viol, bombardant des masses considérables d’auditeurs d’idées, d’images, de sentiments et de normes qu’ils finissent par intérioriser. Et par le fait même, ainsi tolérer des contenus sexistes, plaçant la femme comme objet de marketing, que ce soit par l’entremise d’une chanson pop, ou pour vendre une nouvelle collection de vêtements haute couture. Et c’est sur cette même normalisation que s’appuie la société de consommation; l’individu intériorise donc ce que véhicule la société, ce qui va orienter ce qu’elle décide de tolérer ou à l’inverse, décide de dénoncer. Et c’est en quelque sorte l’addition de tous les éléments présents dans notre quotidien qui provoquent une certaine banalisation du viol. Cette crise de la culture, auparavant élaborée par Arendt, se manifeste désormais au sein de cette société de masse qui « engendre la ruine de tout ce qu’elle touche ». D’où l’importance de sa proposition concernant une réflexion sur la nécessité de penser le monde dans le but de dénoncer cette tolérance à l’égard de la standardisation de la culture du viol.

On dit que c’est généralement devant un peuple en colère que les premiers droits ont été accordés. Pourquoi alors ne formerions-nous pas l’ensemble des ressources qui nous ont été données et qui sont liées à la possession d’un réseau durable de relations, comme nous l’a enseigné auparavant Bourdieu? Soyons cette volonté qui provient de notre environnement social et soyons ensemble l’éveil du mouvement et d’une vraie tolérance. De ce fait, plongeons-nous droit devant dans cette remise en question, pour mettre les rêves qu’on nous promet depuis longtemps au cœur d’un changement social, ces ensembles de propositions du réel et des propositions pour l’avenir. Appliquons enfin une doctrine de résistance qui nous permet de nous unir, femmes et hommes de ce monde, de nous rallier enfin sur le même banc à égalité, celui des victimes, des combattants et des opprimés, afin de dénoncer cette tolérance à l’égard des violences sexuelles et autres. Battons-nous enfin pour la tolérance des victimes et non celle des agresseurs. Car pourquoi créer des maux plus grands que les maux qu’ils provoquent déjà?


Crédit photo © Le Plus

Partager cette publication