La vache qui rit

Par Julia Poulin

Je me rappelle avec une vividité étonnante l’heure du lunch à la maternelle où on m’obligeait à terminer mon berlingot de lait si je voulais aller rejoindre mes amis dans la cour de récréation. Présentée comme un pilier incontournable de l’alimentation, la consommation de produits laitiers nous a été martelée dans notre esprit depuis tout petit sans que la plupart d’entre nous remettent en cause ce dogmatisme de la protéine laitière.

Dans le récent remaniement du Guide alimentaire canadien de janvier 2016, le lait nous est recommandé à teneur de trois portions par jour. Cette mise à jour a fait l’objet de vives critiques par un rapport sénatorial et de nombreux nutritionnistes qui suggèrent la révision complète de ce dernier afin qu’il reflète la science actuelle. On demande aussi un guide alimentaire indépendant de l’industrie et des lobbys. Les recommandations gouvernementales proviennent souvent d’experts ou de personnalités scientifiques qui ont des affiliations morales ou financières avec l’industrie laitière. Il semble en effet plutôt inquiétant que ce soit les producteurs laitiers qui élaborent les suggestions quant au nombre de verres de lait que nous devrions boire.

L’adage bien célèbre « Dit moi ce que tu manges et je te dirai ce que tu es » qui étudie notre rapport avec l’alimentation trouve une application intéressante dans notre lien avec le lait, consolidé depuis notre tendre enfance sans qu’on connaisse réellement la façon dont on recueille cette boisson, la souffrance animale qu’elle procure et l’impact environnemental qui s’y rattache. Aux dernières nouvelles, nous sommes la seule espèce qui consomme le lait d’un autre animal à l’âge adulte, après le sevrage. Par ailleurs, selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), entre 70 et 75 % de la population mondiale présentent une intolérance aux produits laitiers à l’âge adulte, reflétant l’indisposition naturelle de l’homme à l’égard du lait et de ses dérivés. Par définition, le lait de vache est destiné aux petits veaux, afin qu’ils puissent gagner une centaine de kilos en quelques mois. En effet, le lait de vache contient des molécules IGF-1 qui favorisent la multiplication cellulaire puisqu’elles sont bourrées de facteurs de croissance. C’est naturellement l’IGF-1 qui, au soutien avec leurs hormones de croissance naturelle, aidera les enfants à grandir. Toutefois, des études sérieuses suggèrent aussi que ces mêmes molécules pourraient bien avoir des répercussions délétères à l’âge avancé, car elles entraînent le développement de toutes les cellules de l’organisme, y compris les cellules cancéreuses et précancéreuses.

La réalité derrière le pré, la ferme et la vache sur notre carton de lait

Afin de produire du lait, la vache doit être en gestation et mettre bas à un veau. Comme l’explique Élise Deslauniers dans son livre Vache à lait, pour être utile, les vaches seront donc continuellement inséminées tout au long de leur vie, les femelles deviendront des vaches laitières, et les mâles de la viande de veau. Au niveau nutritionnel, l’auteure prône que les produits laitiers ne sont pas essentiels à un régime alimentaire équilibré. Bien qu’ils soient une importante source de calcium et de vitamine D, on retrouve ces éléments tout aussi bien dans des sources végétales comme les épinards, le chou cavalier, le lait de soya fortifié, etc. C’est d’ailleurs l’argument soutenu par les concepteurs américains indépendants de L’assiette santé de l’Université Harvard dans laquelle les produits laitiers sont exclus du menu en révélant qu’il ne s’agit pas d’une source de calcium qu’on devrait privilégier. Quant à la vitamine D, ces chercheurs soutiennent que la meilleure source demeure naturellement l’exposition contrôlée au soleil et recommande, en hiver, des suppléments pour tous et de l’exercice physique.

De surcroît, je ne peux couvrir l’étendue du débat laitier en omettant de parler du fardeau environnemental que représentent les vaches laitières. Le documentaire Cowspiracy révèle que 2500 vaches produisent autant de déchets qu’une ville de 411 000 habitants. De plus, 1000 gallons d’eau sont requis pour produire un seul gallon de lait. Somme toute, l’objectif de cet article n’est évidemment pas de démoniser le lait, mais de soulever une réflexion quant aux mythes véhiculés par la société à l’égard de son aspect nutritionnel et de sa nécessité. À ce sujet, disons-le clairement, le lait n’est pas essentiel à la santé, mais le calcium et la vitamine D le sont. À vous maintenant d’y réfléchir.


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