L’ADISQ : Jusqu’au bout de la nuit

Par Lanie Dufour et Lydia Santos

On ne peut pas passer à côté de ce fameux thème qui est revenu à plusieurs reprises lors du 38e gala l’ADISQ animé, encore une fois, avec brio par Louis-José Houde qui a su apporter une ambiance conviviale et, bien évidemment, son lot de blagues durant cette soirée. Voici donc un bref retour qui, probablement, durera jusqu’au bout de la nuit pour certains dans l’après-gala.

Un résumé de la soirée

Riche en émotions, le gala a commencé par un spectacle d’ouverture assez varié qui alla de Richard Séguin aux 2frères, en passant par Ingrid St-Pierre, puis Koriass et Yann Perreau. D’ailleurs, à ce moment, on ne peut passer à côté de l’arrivée de Louis-José Houde jouant, de son mieux, de l’immense cor des Alpes, qu’il a bien pris soin de mentionner. Arborant sa voix typique, propre à lui-même, notre Louis-José a tout de même pris le soin de porter une attention particulière au déclin de l’industrie musicale et de spécifier l’importance culturelle de celle-ci, comme l’ont fait aussi quelques artistes lors de leur discours de remerciements.

Plusieurs Félix ont été remis à nos artistes québécois : on ne peut pas parler du gala sans noter l’omniprésence des 2frères qui étaient en nomination dans cinq catégories et qui en ont remporté deux. On a eu la chance de voir quelques chanteurs et chanteuses prendre le contrôle de la scène et livrer une performance tels que Cœur de pirate, les Cowboys Fringants, les sœurs Boulay, Safia Nolin, Véronique Dicaire, Ginette Reno et nul autre que Céline Dion. De plus, petite mention spéciale à la ministre du Patrimoine canadien ainsi qu’à Luc Fortin, ministre de la Culture et des Communication pour leur présence.

Les remerciements font toujours partie des moments les plus attendus durant la soirée, car ils laissent place parfois à certains malaises. Somme toute, nous avons été épargnés cette année, malgré les messages transmis par Safia Nolin, les sœurs Boulay et Marc Dupré qui ont quand même retenu l’attention.

Moment tant attendu de la soirée, la remise du Félix honorifique à René Angélil a su donner une larme à l’œil, en raison du touchant discours de la grande Céline Dion. Les applaudissements longs et chaleureux ont créé une atmosphère lourde, mais pleine de compassion. Splendide dans sa longue robe noire, la chanteuse retenait ses larmes de peine et de misère, mais elle a tout de même tenu à remercier au nom de René, de ses enfants et bien sûr en son nom, tous les artistes pour l’hommage fait à son mari. Celle-ci a conclu sa présence sur scène avec une interprétation d’Avec le Temps de Léo Ferré, tout en délicatesse. Elle n’a pas voulu faire un spectacle vocal à tout casser, mais plutôt réconforter les gens.

Tout au long du gala, on a pu admirer des nouveaux talents et des vétérans. Tous étaient fraternels et semblaient heureux de se rassembler pour reconnaître le génie artistique de chez nous. Aussi, on ne peut pas ne pas nommer la magnifique Marie-Mai qui, toute vêtue de blanc, s’est présentée avec sa belle bedaine de six mois. La chanteuse a notamment gagné le Félix de l’interprète féminine de l’année. Tout émue, celle-ci a, entre autres, remercié son conjoint David Laflèche qui était sur scène avec elle, comme directeur musical pour le gala.

L’authentique Jean Leloup est aussi monté sur scène et, fidèle à lui-même, a prononcé un discours quelque peu désorganisé, mais qui demeure attachant. L’artiste a, quant à lui, reçu le Félix du Spectacle de l’année – auteur-compositeur-interprète et celui d’interprète masculin de l’année. Félicitations et confettis à tous les artistes ainsi qu’au public ont conclu ce gala de l’ADISQ 2016.

Les réactions populaires

À la suite de cette 38e édition, plusieurs enjeux et remarques ont été soulevés sur les réseaux sociaux.

Un hommage est normalement rendu aux défunts ayant marqué l’industrie de la musique au Québec. Pas cette année. Est-ce voulu ou est-ce un simple « oubli »? Plusieurs ont partagé leur mécontentement face à l’absence de cette tribune. Principalement sur Twitter, plusieurs chroniqueurs du Réseau des sports (RDS), entre autres, et autres personnalités du domaine sportif n’étaient pas d’humeur qu’aucune mention n’ait été faite, même pas un clin d’œil à Bob Bissonnette.

Maintenant, parlons des remerciements. Un segment qui crée toujours une vague! Pas besoin de chercher bien loin dans nos fils d’actualités lors d’une telle soirée d’envergure pour lire les étonnements, les déceptions et les joies des téléspectateurs. Le discours légèrement décousu de Jean Leloup n’a pas tant fait jaser. Mais bon, c’est ce qui fait son charme…

Une partie du public semble avoir été dérangée par les remerciements de Safia Nolin. Alors que Radio-Canada partageait sur sa page Facebook « les remerciements colorés » de l’artiste, les abonnés n’y allaient pas de main morte. Nous pouvons lire plusieurs reproches sur son poids, sa tenue vestimentaire et surtout sur son vocabulaire. Certains s’indignent au moindre sacre alors que d’autres en rient. Il n’y a pas que du négatif. Beaucoup ont également souligné son originalité, son intégrité, sa simplicité et son authenticité.

À la lumière des commentaires des Québécois (publications sur la page Facebook de Radio-Canada et dans les mots-clics), beaucoup semblent inquiets de l’avenir de la musique au sein de notre belle province. Mais devons-nous nous concentrer sur l’image projetée par les artistes ou bien sur leurs œuvres? Bien sûr qu’il y a une certaine norme à respecter lors des galas, mais est-ce que les artistes peuvent se sentir brimés par les standards télévisuels? Cela pourrait expliquer pourquoi le tapis rouge accueille des gens habillés de façon plus casual et d’autres en tenues plus glamour.

Qu’en est-il de l’industrie? L’enjeu important n’est pas le code vestimentaire. Le Gala de l’ADISQ récompense la relève et les artistes s’étant démarqués dans notre culture musicale. De plus, selon ICI Radio-Canada musique (2016), « [l]a directrice générale de l’Association québécoise de l’industrie du disque, du spectacle et de la vidéo (l’ADISQ), Solange Drouin, a lancé un cri d’alarme […]. Elle affirme que la situation actuelle dans l’industrie de la musique est intenable. » Les ventes d’albums numériques auraient chuté de 25 % dans la dernière année au Québec.

Une conscientisation portant sur l’état de la musique au Québec mérite d’être au cœur du Gala. Il faut informer et être informé sur ce qui se passe dans la culture musicale. Que réserve l’avenir pour les impressions, les achats et les spectacles? Les chanteurs, musiciens, producteurs, compositeurs et autres agents du domaine musical doivent s’unir pour assurer la pérennité de leurs professions. Comme nous le démontre l’ADISQ, surmonter les banques d’écoute de musique en continu et le piratage représente un éternel combat.

Ce 38e Gala de l’ADISQ fut un beau rassemblement pour souligner la diversité et la créativité dont les artistes font part au courant de leur carrière.


Crédit photo © ADISQ.com

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