LaF : la conscience comme moteur artistique

Par Samuel Rhéaume

Surfant encore sur leur victoire aux Francouvertes 2018, les membres de LaF continuent de faire évoluer leur art de manière authentique et décomplexée. Sur Hôtel Délices, le plus récent album du groupe, ils disposent des mots en s’inspirant de leur propre réalité, qui indéniablement se veut universelle et propre à la nouvelle génération.

Continuellement se réinventer et plonger en apnée dans le quotidien est un exercice créatif qui va de soi pour Bkay, Jah Maaz et Mantisse, les trois voix derrière LaF. S’ils ont commencé ensemble dès l’âge de 15 ans à se livrer au rap dans les parcs, les trois jeunes hommes en sont maintenant rendus à une étape supérieure dans l’élaboration de leur sonorité et des propos traités.

« On questionne notre musique plus que jamais. Trouver un son, c’est une quête éternelle quand tu veux te réinventer. On est tellement encore là-dedans, la musique nous suit au quotidien et le questionnement est tellement plus grand maintenant », remarque Bkay.

Il faut dire que la victoire aux Francouvertes 2018 a été un tremplin important pour la formation montréalaise. En plus de toucher une somme de 10 000 $ et de bénéficier d’une plus grande visibilité médiatique, le groupe a tout mis en place pour faire de la musique sa principale priorité au quotidien. « On est sur une vague faisant sorte qu’on se met à temps plein sur notre musique. Ce n’est pas qu’un hobby, c’est devenu quelque chose qui nous suit tous les jours », explique Mantisse qui estime que la formation se situe encore dans une ère de post-Francouvertes.

En ne se fiant qu’à l’évolution purement musicale du groupe entre leur premier album Madame- Monsieur, qui se voulait être une sorte de « casse-tête » où les morceaux s’imbriquaient les uns dans les autres sous une forme plus impulsive, et Hôtel Délices, qui représente une somme des forces de tout un chacun dans un ensemble symbiotique d’arrangements sonores et de propos basés sur des constats personnels, on arrive à conclure que l’art évolue en parallèle avec ses créateurs.

« On ne sait pas ce qui va arriver demain. On travaille à construire quelque chose qui va nous amener ailleurs. La musique provient de nous, en évoluant personnellement notre musique va suivre. C’est une constante évolution », souligne Mantisse.

Le mouvement

La scène musicale du rap se porte très bien au Québec depuis quelques années. Le style se redéfinit et les sonorités se raffinent. C’est aussi qu’il existe un profond désir d’expression chez la jeune génération, et que le rap se veut le moyen de communiquer ce cri du coeur.

Pour Bkay et Jah Maaz, c’est exactement ce dont il est question avec leur musique.

« Notre manière d’écrire est très impulsive et intuitive. On a souvent l’impression de se parler à nous-mêmes dans nos chansons. Tant mieux si d’autres personnes peuvent se sentir interpellées », lancent-ils.

En abordant des sujets personnels qui sont étroitement liés à leur quotidien, les trois chanteurs creusent dans leurs émotions dans le but d’exprimer une vision collective qu’ils partagent. Dans les morceaux, le temps est une thématique récurrente. Ils prennent le temps de faire le constat sur les événements qui passent comme un inévitable chemin à emprunter. La manière d’y faire face? Miser sur le plaisir et le chercher continuellement.

« Ce que je vois plus dans notre génération et dans le cri qu’on veut lancer à la population, c’est le chill. On veut se réapproprier la musique en ne se préoccupant que d’avoir du plaisir. On ne domine aucun autre monde », admet Mantisse, qui estime que leur musique est fondamentalement réactionnaire, mais pas dénonciatrice pour autant.

Dans la chanson Drapeaux, ils font le point sur l’état dans lequel le monde entier se trouve en ce moment, sur Quart de siècle, ils prennent conscience du temps qui passe et sur le morceau Tous les jours, ils promeuvent l’hédonisme lent en opposition à la réalité du monde accéléré. Bref, une constante flâne tranquillement dans le message du groupe : un hymne à la lenteur bienheureuse.

Et si les trois chanteurs n’ont pas l’impression de livrer des messages politisés, et c’est vrai qu’ils sont assez loin des propos du dernier groupe hip-hop à avoir remporté les Francouvertes avant eux en 2000, ce serait se mettre la tête dans le sable que de croire qu’il n’y a pas une grande subtilité dans leur manière de le faire.

« Ce n’est pas une réponse directe au système. On est rendu là, on l’a absorbé et on est au-dessus de tout ça », résume Bkay. La formation travaille sur un prochain album qui devrait voir le jour en 2019.


Crédit Photo @ Alexandre Krzywonos

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