L’agir autour de la violence sexuelle au sein des communautés universitaires

Par Camille Néron

Au début de l’année 2014, l’Université d’Ottawa doit suspendre les activités de son programme de hockey masculin, car une jeune femme aurait été agressée sexuellement par un ou plusieurs joueurs. Par la suite, deux des joueurs de l’équipe universitaire des Gee-Gees sont officiellement accusés d’agression sexuelle à l’endroit de l’étudiante de 21 ans.

À la fin de l’année 2015, une étudiante de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) porte plainte pour harcèlement sexuel. Une plainte motivée, selon l’article d’Anne-Marie Provost paru le 15 janvier 2016 pour Ici Grand Montréal, par « une conversation sur Facebook […] entre des étudiants de la Faculté de science politique et droit, qui tiennent des propos jugés dégradants et inquiétants envers des femmes de la faculté » et plus précisément par la menace de viol qu’on y retrouve.

Deux cas de harcèlement et de violence à caractère sexuel en contexte universitaire fortement médiatisés, mais non moins isolés. Je m’interroge : à quel point ces événements sont-ils présents au sein d’une communauté supposément éduquée? Bien que les preuves de tels comportements semblent se multiplier, des chercheuses et chercheurs souhaitent amener des données concrètes à la question.

Une étude à propos

Effectivement, l’étude Enquête sur la sexualité, la sécurité et les interactions en milieu universitaire dirigée par Manon Bergeron (Ph. D.), professeure au Département de sexologie de l’UQAM, s’y intéresse. Impliquant six universités au Québec, dont l’Université de Sherbrooke, le projet vise, peut-on lire sur le site officiel du projet, à « établir un portrait des différentes situations de harcèlement ou de violences sexuelles en contexte universitaire » pour ainsi développer « une réflexion au niveau de la province et des politiques institutionnelles ».

L’élément novateur par rapport à d’autres études similaires : on souhaite y inclure autant les étudiants que les membres du personnel, dégageant ainsi un portrait beaucoup plus exhaustif de la situation. Par ailleurs, toujours sur le site officiel, les responsables de l’étude précisent qu’il ne faut pas nécessairement avoir été témoin ou victime pour répondre au questionnaire : « Il est important de donner la parole aux personnes affectées, mais aussi aux autres membres des collectivités universitaires, afin d’obtenir un portrait complet des besoins. »

Les données seront recueillies jusqu’à la fin du mois de février par l’intermédiaire d’un questionnaire en ligne confidentiel disponible sur le site Internet du projet.

Cours d’initiation à l’autodéfense pour femmes

Parallèlement, je souhaite présenter le cours d’autodéfense pour femmes donné par Jean-Noël Blanchette (Ph. D.) au Centre sportif de l’Université de Sherbrooke et les motifs qui le sous-tendent. D’un point de vue utopique où l’on vivrait dans une société saine dépourvue de violence et où l’on n’aurait pas à en documenter les occurrences, un tel cours serait inutile. Les femmes ne devraient pas s’attendre à être agressées – ce qui est malheureusement souvent le cas, la violence physique et sexuelle étant à mon avis pernicieusement normalisée – et n’auraient ainsi pas à s’outiller contre une forme ou une autre d’agression.

Dr Blanchette a commencé l'étude du karaté en 1970 et obtient en 2014 un 8e dan et le titre de « Hanshi ». Il soutient en 2003 une thèse doctorale en sciences humaines des religions à l’Université de Sherbrooke dans laquelle il réfléchit aux dimensions spirituelles et philosophiques des arts martiaux. C’est en 1978 qu’il crée plus spécifiquement une méthode d’autodéfense pour femmes, encore enseignée à ce jour.

En entrevue, il mentionne que la méthode a spécifiquement été pensée pour les femmes, car les techniques de combat des arts martiaux étaient jusqu’alors en grande majorité adaptées « au potentiel physique des hommes et répondaient à des situations n’impliquant que des hommes ». Or, le physique des femmes étant différent, notamment en ce qui a trait à la force et à la composition musculaire, il fallait aborder l’étude du combat différemment. Il fut parmi les premiers à créer des simulations d’agressions avec équipement protecteur afin d’avoir une meilleure connaissance des réactions et conditionnements des femmes en situation critique.

Dr Blanchette s’est donc attaché aux particularités physiologiques des femmes et aux situations vécues plus spécialement par celles-ci. Dans sa méthode, notons la pertinence des techniques de travail au sol (la femme se retrouvant souvent couchée ou jetée au sol lors d’une agression sexuelle) ainsi que des esquives et des dégagements des mains et du corps (utiles en cas de force physique moindre que celle de l’agresseur). Différents coups frappés, positions d’alerte et conseils pratiques sont également enseignés. Le contenu du cours se veut simple et accessible en plus d’avoir été conçu en fonction des paramètres de la loi.

L’instructeur souhaite sensibiliser ses élèves « à un éventail de situations, allant de l’intimidation à l’agression physique ». Toutefois, un cours d’autodéfense « n’offre aucune garantie », mais plutôt des outils. Les automatismes de défense viennent avec une pratique assidue et rigoureuse. « Les gens recherchent une pilule magique, ajoute-t-il, une quelconque solution jugée facile avec laquelle on pourrait se prémunir contre n’importe quelle agression sans entraînement à long terme » et certains voient le cours d’autodéfense comme tel – un mode de pensée qui doit évidemment être rectifié.

Son principal conseil : être à l’écoute de ses émotions, de son intuition par rapport aux situations critiques. « L’être humain a naturellement un système de défense et on ne l’écoute pas assez souvent », précise-t-il. D’ailleurs, la plupart des gens lui ayant livré un témoignage de leur agression mentionnent avoir « senti » que quelque chose n’allait pas avant qu’elle ne se produise. On a trop tendance à vouloir raisonner et à se convaincre que le malaise ressenti n’est pas justifié, alors qu’il faut, au contraire, être sensible à son instinct.

Par ailleurs, Dr Blanchette est d’avis que ce savoir devrait d’abord être transmis de femme à femme. Il encourage donc celles ayant une expérience en karaté (ceinture brune ou noire) à suivre la formation d’instructrice en autodéfense. Pour communiquer avec lui : shinbu@videotron.ca.


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