« L’agriculture, le nouveau business » au Sénégal

Par Dorian Paterne Mouketou – Stagiaire en coopération internationale au Sénégal

La beauté du Sénégal ne réside pas que dans ses paysages ou dans la cohésion sociale que reflète sa mosaïque ethnolinguistique et religieuse. Le pays de la Teranga parvient à séduire par son sens de l’initiative et de l’innovation et son désir de devenir un géant économique dans la région. En tant que stagiaires Québec sans frontières, nous avons la chance d’observer les retombées réelles des projets du gouvernement dans le pays.

Le programme économique : la clé du succès sénégalais

Le Sénégal est un pays qui se porte relativement bien, économiquement. Il est la quatrième puissance économique régionale après le Nigéria, le Ghana et la Côte d’Ivoire. Le secteur primaire enregistre la plus grande croissance, notamment grâce aux efforts déployés dans la production agricole. Bien que seulement 16 % des terres soient cultivables, l’agriculture offre des possibilités d’emplois pour plus de 50 % de la population. Le secteur agricole représente seulement 16 % du produit intérieur brut (PIB) du pays, mais représente des opportunités incontestables pour les populations rurales, souvent peu alphabétisées. 

L’agriculture sénégalaise demeure essentiellement pluviale et saisonnière, reposant sur les cultures de rentes et les cultures vivrières. Même si la croissance du pays s’élève au-dessus de 6 % depuis 2014, les retombées économiques ne profitent pas à toute la population. En effet, l’embellie économique ne fait que creuser ses écarts de revenus, puisqu’elle ne réduit pas la pauvreté. De plus, le pays enregistre un taux d’alphabétisation de 39 %, en plus d’afficher l’un des plus mauvais taux d’alphabétisation féminin (seulement 29 %). 

L’agriculture à la rescousse des populations rurales

Dans ce contexte, l’agriculture est devenue le nouveau business. Le gouvernement sénégalais a mis ce secteur économique au cœur de son Plan Sénégal Émergent (PSE), un plan ambitieux d’investissements et d’infrastructures visant l’émergence à l’horizon 2035. En se dotant d’un Programme de Relance et d’Accélération de la Cadence de l’Agriculture au Sénégal (PRACAS), le but est de permettre l’autosuffisance en riz par la riziculture irriguée et pluviale, en plus de la production d’arachides par une approche de développement de maraîchage, ainsi que de l’horticulture. 

Plusieurs initiatives ont ainsi vu le jour dans cette perspective de développement agricole. Le Sénégal a notamment créé une agence nationale d’insertion et de développement agricole, l’ANIDA, pour l’insertion des jeunes agricultrices et agriculteurs dans des exploitations agricoles modernes et intégrées. De plus, la mission de l’agence est d’appuyer l’initiative privée dans le domaine agro-sylvo-pastoral. Non seulement cette initiative permet de maximiser les retombées dans le domaine agricole, elle assurera également des possibilités d’emplois pour des jeunes et toutes les personnes désirant s’investir dans ce nouveau business.

L’ANIDA œuvre principalement dans trois types d’exploitations aménagées, notamment les fermes familiales, les fermes villageoises et les aires agricoles émergentes (corridors céréaliers et horticoles). La ferme agricole de Mont Rolland est la ferme villageoise dans laquelle nous travaillons présentement dans un cadre d’activités génératrices de revenus. Située dans la région de Thiès, la ferme de Mont Rolland, dont la structure ressemble à une entreprise coop, est formée de 20 membres. Cette initiative gouvernementale a permis l’insertion et l’employabilité des jeunes de la communauté, en plus d’avoir facilité l’intégration des femmes (environ 40 % des membres) dans les fermes-écoles partout au Sénégal. 

L’économie sociale au service de la communauté

Les fermes-écoles opèrent selon un modèle d’économie sociale. Celle-ci prend forme par le biais d’entreprise qui ne cherche pas le profit à tout prix, mais qui existe d’abord pour remplir une mission sociale et qui doit, tout de même, avoir une rentabilité économique. Les actions ou les règles d’une entreprise d’économie sociale doivent refléter cinq finalités. D’abord, celle-ci doit servir les membres ou la communauté, et ne se concentre pas que sur le profit. Elle doit avoir une autonomie dans sa gestion face à l’État. Au Sénégal, l’État aide à propulser et à équiper les entreprises des moyens dont elles ont besoin à leurs débuts, puis celles-ci sont gérées de façon tout à fait indépendante. 

Une entreprise à vocation sociale est gérée démocratiquement. Aucun petit groupe ne détient le pouvoir au sein de l’entreprise. Les décisions sont prises collectivement lors des rencontres hebdomadaires ou lors des assemblées générales. Les personnes et le travail prévalent sur le capital dans la répartition des surplus et des revenus. De ce fait, le but premier de l’entreprise n’est pas d’enrichir les actionnaires ou les investisseurs, mais plutôt de favoriser les conditions socio-économiques des membres ou de la communauté. Enfin, l’économie sociale repose sur les principes de la répartition, de la prise en charge et de la responsabilité individuelle et collective. 

La solidarité internationale et l’autonomisation

La solidarité ou la coopération internationale constitue un ensemble d’initiatives internationale qui ont pour but l’amélioration des conditions socio-économiques des populations dans les pays en voie de développement. L’objectif principale des organismes en coopération internationale est de contribuer au renforcement des capacités des acteurs locaux, publics ou privés, notamment à réaliser leur propre développement sur une base durable. En ce sens, il est essentiel de soutenir les communautés locales dans leurs initiatives à long terme. 

Au Sénégal, cette approche se concrétise effectivement par le biais des ateliers participatifs animés par les stagiaires QSF. Il est primordial de donner aux communautés locales la possibilité de penser par elles-mêmes et d’agir pour elles-mêmes, tout en renforçant la place des jeunes et des femmes dans l’insertion et le développement agricole. Par-là, la solidarité internationale constitue un apprentissage autant pour les stagiaires que pour les membres des entreprises coop où les projets se déroulent.

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