Par Elena Naggiar

Un livre que j’ai décidé de lire afin de comprendre ce qui créait autant de buzz. J’ai fini le roman en moins d’une semaine et je comprends maintenant pourquoi L’amie prodigieuse d’Elena Ferrante est demeuré dans le palmarès des librairies québécoises tout l’été.

Une histoire aux teintes vicieuses et aux épisodes violents, voilà la toile de fond du récit que raconte Ferrante. L’amitié qui lie Raffaella Cerullo, dite Lila, et Elena Greco se construit sur des fondations de jalousie et de défiance qui donnent le ton aux futures relations interpersonnelles des deux gamines. L’œuvre prend place à Naples, après les ravages des deux guerres, dans un quartier pauvre et sale où tous et toutes semblent au bord du gouffre. Le passé a laissé une hargne palpable entre les familles et l’honneur de celles-ci prime sur leur bonheur et sur leur amour pour leurs enfants.

L’histoire est marquée par les hostilités de Lila et d’Elena qui essayent tant bien que mal de s’éloigner de leurs parents et de leurs mœurs de plèbe aigrie par la pauvreté. Leur échappatoire? L’école. Les deux fillettes vont se concentrer corps et âme dans leurs devoirs et leurs lectures pour prouver aux autres enfants du quartier qu’elles sont différentes, qu’elles sont intelligentes et qu’elles pourront faire quelque chose de leur vie. Bien que les deux gamines soient brillantes, Lila a une facilité nettement supérieure à rédiger, lire et compter qu’Elena. Qui plus est, Lila le sait et elle le fait sentir à tous que c’est elle la meilleure. Mais Lila n’est pas seulement intelligente, elle est également très méchante et elle ne rate pas une occasion pour blesser autrui. Des pierres jetées au visage, des menaces au couteau et des coups de pieds sont les armes de prédilection de la petite Cerullo.

Le règne de Lila se termine brusquement lorsque celle-ci est interdite par ses parents de poursuivre ses études au lycée, alors que son amie Elena se voit continuer. La soudaine rupture de réalité entre les deux amies cause davantage de compétition entre celles-ci et Lila n’hésite pas à emprunter tous les livres de la bibliothèque du quartier pour tenter de s’instruire et prouver à Elena qu’elle peut apprendre sans l’aide de personne. Elena subit longtemps les méchancetés de Lila, mais plutôt que de montrer son désespoir, elle adopte un ton tout aussi arrogant et défiant. Si bien que, loin du quartier, on se demande si la méchante n’est pas réellement Elena.

L’adolescence des deux héroïnes napolitaines est aussi fascinante que destructrice. Elena est vouée à une carrière scolaire exemplaire, alors que Lila est confinée dans son quartier d’enfance, mariée à peine à 16 ans et rongée par la pensée que sa vie sera exactement pareille à celle de ses parents.

L’auteure décrit l’époque avec justesse et utilise des mots si évocateurs que la détresse psychologique des personnages devient la nôtre. On est submergé par l’histoire et la suite d’événements violents et romanesques. Bien que la fin nous laisse sur notre faim, on peut se consoler avec la lecture du deuxième tome Le nouveau nom, dans lequel Ferrante poursuit ses descriptions vivantes au souffle unique.


Crédit photo © instantanesfutiles.fr

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