L’amour au temps du numérique, entre rose et bleu

Alysée Lavallée-Imhof

L’amour au temps du numérique, vous connaissez? Un documentaire, diffusé sur Télé-Québec, dont les protagonistes sont passés à Tout le monde en parle.  Histoire d’annoncer en grande pompe que les jeunes d’aujourd’hui, comme se plaît à dire la réalisatrice, n’aiment plus comme autrefois. Faute aux technologies, bien sûr, qui ne manquent pas de proposer d’affriolantes histoires d’un soir.

Guy A. a aimé. À tout le moins, il a prétendu. Mais il fut bien le seul – ou presque.

Absence d’apprentissage

Que dire si ce n’est que le documentaire présente une caricature grossière de notre génération. Entre l’épais carnet de Karine qui se plaît à noter soigneusement les adresses de ses conquêtes (plus de cent, quand même) et les allées et venues au gym de Stef, douchebag bien assumé, il va sans dire qu’on regarde, piqués par une curiosité presque malsaine. Parce que L’amour au temps du numérique ne vous apprend rien, hormis peut-être un apprentissage sommaire des applications comme Tinder et cie.

Génération et généralisation, voilà peut-être le grand défaut de ce documentaire qui prétend relater, à partir d’un échantillon atypique, la façon dont cette génération – la nôtre – vit ses amours à l’ère du numérique. M’enfin, je ne m’épancherai pas davantage sur cette sommaire critique. Parce qu’au-delà des rapprochements hasardeux et des clichés surfaits – qui ont, je dois bien l’admettre, captivé mon imaginaire –, une phrase, dite une fois, puis reprise par les autres, a retenu mon attention. On admet, sans gêne, l’existence d’un double standard : butiner de lit en lit, c’est un privilège réservé à la gent masculine. Pas aux filles qui ne manqueraient d’être des salopes, des putes. Parce que comme le dit Stef sans détour et avec une désarmante sincérité, il veut se « caser » avec une fille de bonne famille, avec pas trop de gars qui lui ont passé dessus.

Un simple idéal

C’est un double standard que l’on oublie souvent, dont on parle si peu ou à demi-mot comme si nos esprits étaient toujours imprégnés d’une morale chrétienne un peu prude. De par les années, des avancées notables ont permis aux femmes d’exercer un contrôle grandissant sur leur corps : suffit de penser à l’accès étendu aux moyens de contraception et aux cliniques d’avortement (décriminalisées en 1988). Sans oublier que notre ventre n’est plus le terreau fertile de politiques natalistes édictées au bon vouloir des gouvernements. Et pourtant, se dressent comme une ombre au tableau d’affreuses statistiques : une femme sur trois sera victime d’une agression sexuelle au cours de sa vie. Au-delà de la violation du corps, dernier rempart de l’intimité, il y a ce secret malsain qui perdure alors que les actes ignobles demeurent impunis. Comme quoi, même en 2016, les femmes ne sont pas totalement maîtresses de leur sexualité et de leur corps. L’amour au temps du numérique, bien qu’il ne compte guère parmi les bijoux du septième art, expose à tout le moins ces préjugés qui persistent tant bien que mal sous le couvert d’étiquettes réductrices comme « pute » ou « salope ». Comme quoi l’égalité des sexes demeure un idéal, loin d’être atteint, que l’on chérit parfois de loin.


Partager cette publication