La La Land… ou plutôt Moonlight!

Par Paskale Leblond Champagne

Alors que La La Land avait été prononcé gagnant de la catégorie meilleur film et que l’équipe était montée sur scène pour entamer son discours de remerciement, on vint annoncer le quiproquo qui fit rapidement les gros titres : un mélange dans les enveloppes venait altérer le résultat offrant ainsi la victoire à… Moonlight! C’est dans un cafouillage embarrassant que ce film a remporté la statuette tant convoitée lors de la 89e cérémonie des Oscars qui se tenait le 26 février dernier  au Dolby Theatre de Los Angeles.

Bien que plusieurs films auraient mérité le trophée, il faut dire que Moonlight était particulièrement marquant. Réalisé par Barry Jenkins, le film suit l’évolution de Chiron, un jeune Afro-Américain qui admet éprouver des sentiments pour les hommes. Le récit suit le protagoniste durant trois étapes importantes de sa vie, l’enfance, l’adolescence et la vie adulte, d’où la brillante division du visage sur l’affiche officielle du film. Épuisé par les insoutenables moqueries de ses camarades et les menaces physiques qui le guettent chaque jour, Chiron vieillit et apprend à se cacher sous des airs de dur à cuire. Le récit, poétique et touchant, guide une réflexion sur le difficile parcours vers l’acceptation de soi.

Moonlight, inspiré de l’autobiographie de Tarell McCraney, brille par son réalisme : il n’en est rien ici des films aux multiples effets spéciaux. Les thématiques sont vraies, touchantes. Plusieurs facettes de l’homosexualité sont exploitées sans toutefois tomber dans les clichés, contribuant d’ailleurs au poignant succès du long-métrage.

Les dialogues, tout comme les relations entre les personnages, sont crédibles. Bien que Chiron soit un homme de peu de mots et qu’il est parfois frustrant de le voir muet comme une taupe, le scénario est complet et suffit grandement : comme le dit si bien le proverbe, à qui sait comprendre, peu de mots suffisent. Par différentes techniques bien brillantes, Barry Jenkins a su offrir un film rempli de subtilités. Le rythme lent et la longueur des scènes – qui pourront déplaire à certains – permettent de bien saisir les non-dits et de mieux comprendre les personnages ou d’anticiper leurs réactions.

Les choix cinématographiques de Barry Jenkins sont forts. À plusieurs reprises durant les dialogues, la caméra adopte une position de presque point de vue, ce qui donne l’impression au spectateur de s’adresser directement au personnage et de prendre part activement au film. Brillant!

Bien que Moonlight n’ait que frôlé l’Oscar pour la direction photo (félicitations à La La Land), sa nomination est grandement justifiée! Les images sont saisissantes et contribuent également à immerger le spectateur, autant au sens figuré qu’au sens propre. Lorsque le jeune Chiron apprend à nager, la caméra qui sert à immortaliser le moment de complicité entre lui et son mentor est à moitié sous l’eau, tentant pourtant de capter toutes les images à la surface. Indubitablement l’une des scènes les plus marquantes du film.

Moonlight est assurément un film à voir, ne serait-ce que pour l’impeccable jeu des acteurs. Chapeau à Mahershala Ali notamment, qui a remporté l’Oscar pour le meilleur acteur de soutien! Les personnages sont tourmentés et tout dans leur regard rend leur fardeau crédible.

Un peu à la manière de 1 :54 de Yan England, bien qu’un peu moins dramatique, Moonlight guide une importante réflexion sur l’affirmation de soi, l’homosexualité et l’intimidation, et mérite d’être vu!


Crédit photo © Moonlight

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