Par Josiane Demers 

Comment entourer et soutenir un athlète pour qu’il ait les meilleures chances possibles de remporter une médaille olympique? C’est à travers son parcours d’athlète et ensuite d’entraineur que Dominick Gauthier semble avoir voulu répondre à cette question en co-fondant, avec Jennifer Heil et JD Miller, l’entreprise B2dix 

Son passé d’athlète olympique est incontestablement charnière dans son approche avec les futures étoiles sportives canadiennes. Classé deuxième mondial dans la saison précédant les Jeux olympiques (JO) de Nagano en 1998, le skieur de bosses se déchire le ménisque du genou droit, deux semaines avant la cérémonie d’ouverture. Malgré certains avis professionnels contraires, Dominick tient mordicus à participer à la compétition et termine au 17erang. Cette étape lui permet de n’avoir aucun regret et contribue à forger l’entraineur qu’il devient 

« Ce que j’ai compris, c’est que la seule chose qu’un athlète contrôle, c’est ce qu’il fait en amont, à l’entrainement et en préparation. Après, aux grands moments, surtout aux Jeux olympiques qui ne viennent qu’aux quatre ans, il y a tellement de choses qui peuvent arriver qu’il ou elle ne contrôle pas, comme des blessures, une contreperformance ou tout simplement un compétiteur qui fait la descente de sa vie. » Dominick Gauthier 

Les balbutiements 

Après sa retraite, Dominick Gauthier entreprend des études en finances à l’Université Laval. Il est alors sollicité pour occuper le poste d’entraineur de l’équipe canadienne de ski acrobatique pour les JO de Salt Lake City, ce qu’il accepte. C’est à travers cette expérience qu’il constate que le Canada ne fait pas le nécessaire pour aider les athlètes à gagner des médailles. Dans un souci d’égalité, le pays souhaite partager les ressources de façon équitable. Bien que louable, cette méthode est trop souvent inefficace dans une course aux médailles.  

Avec Jennifer Heil, qui obtient une quatrième place crève-cœur à ces jeux, l’entraineur est en recherche de solutions. Ils réfléchissent ainsi à un système parallèle qui aura une approche « sur mesure » pour l’athlète. Appuyés financièrement par des entreprises privées et des philanthropes, ils réussissent à engager, entre autres, un préparateur physique, un psychologue et un ostéopathe qui sont les meilleurs pour elle. « Quand on entoure un athlète de la meilleure façon pour lui ou elle, les résultats ont plus de chances de venir », explique Dominick en soulignant la victoire de Jennifer aux JO de 2006 à Turin.  

C’est à ce moment que nait B2dixCette approche ciblée et entrepreneuriale prouve qu’elle fonctionne alors que l’organisation va chercher 3M$ afin de financer 17athlètes pour les JO de Vancouver, dont 12 obtiennent des médailles. « De fil en aiguille, depuis 2006, nous avons pu récolter environ 35millions du secteur privé et de la philanthropie », ajoute-t-il. 

Il est évident qu’au début, certaines fédérations ou certains responsables de programmes gouvernementaux voyaient B2dix comme des agitateurs ou des compétiteurs. Avec le temps, l’entreprise gagné la confiance de ces derniers en démontrant que son approche est complémentaire et non compétitive.  

L’athlète en priorité 

L’organisation implique l’athlète à 100% dans toutes les démarches. « Nous sommes là pour eux! Ce sont des adultes qui sont presque les meilleurs au monde, quand ils deviennent assez matures, il faut les inclure dans la planification, pour nous, c’est ça la clé », soutient M.Gauthier.  

B2dix ne verse pas de salaire à ses athlètes. Les dirigeants s’assoient avec le sportif afin de cibler les besoins auxquels son plan d’entrainement ne répond pas. Ils pallient les lacunes qui l’empêchent d’atteindre les résultats désirés. De plus, la fondation est experte dans le domaine de la performance, ce qui lui permet d’apporter de nouvelles idées et de « challenger » le statu quo. L’innovation s’inscrit certainement dans sa mission.   

La sélection 

B2dix laisse sa marque depuis quelques années sans faire de recrutement actif. Les athlètes qui désirent profiter des services contactent l’entreprise de leur propre chef, dans la majorité des cas. Quatre critères déterminent leur sélection 

Premièrement, le potentiel réel de gagner des médailles aux prochains JO ou à ceux d’après est évalué par des experts. Ensuite, une analyse détaillée des besoins du candidat est effectuée pour s’assurer que l’organisation palliera réellement une lacune. Troisièmement, Dominick Gauthier mentionne l’importance du travail d’équipe : « c’est une relation donnant-donnant, on ne veut pas sentir qu’on force les choses ».  

Finalement, considérant que la fondation bénéficie de la générosité de plusieurs donateurs, elle tient à ce que ses athlètes s’impliquent socialement. « Nous demandons aux athlètes qu’ils soient non seulement de bons modèles, mais qu’ils s’impliquent dans la communauté et dans la société en soutenant des causes », explique l’entrepreneur.  

Cela est cohérent avec l’initiative Actif pour la vie de B2dix qui «fait la promotion du développement des aptitudes physiques chez les jeunes et donne des outils aux parents et aux éducateurs en ce sens ». 

La crise sanitaire 

Comme dans tous les domaines, la pandémie de COVID-19 a eu un impact sur l’organisation. Il est évident que cette incertitude pèse sur les athlètes.  

« Nous nous sommes assurés que tout allait bien psychologiquement pour les athlètes. Nous avons beaucoup mis l’emphase là-dessus. Aussitôt que nous avons appris le report des jeux, nous leur avons dit, pour les rassurer, qu’on les supportait jusqu’à la cérémonie d’ouverture à Tokyo. » — Dominick Gauthier 

Pour l’instant, tout le monde s’entraine dans l’optique que les jeux auront lieu, bien qu’ils seront inévitablement tenus d’une manière différente. Le problème majeur en ce moment, c’est que plusieurs compétitions à travers le monde sont annulées, donc certains sportifs ont de la difficulté à se qualifier pour les JO.  

Le mouvement olympique 

Dominick Gauthier, comme plusieurs autres, est parfois critique du mouvement olympique. Alors que certains groupes en appellent au boycottage des jeux de Beijing en 2022, ce dernier se désole du choix de la Chine comme hôte, mais refuse que la société fasse porter ce fardeau aux athlètes. En effet, ces sportifs dédient souvent leur vie à l’atteinte du rêve olympique et n’ont rien à voir dans les décisions parfois politiques ou économiques du Comité international olympique (CIO). « Il ne faut pas utiliser les athlètes pour prouver un point », conclut-il. 


Fournie @Dominick Gauthier

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