L’athlétisme et le dopage sportif : une équation indissociable?

Par Léonie Faucher

Plusieurs champions de l’athlétisme kényan ont été déclarés positifs aux tests de dopage dans les dernières années. Le 2 mai 2018, c’est le champion olympique du 1500 m, Asbel Kiprop, qui a été pris sous l’influence d’érythropoïétine (EPO) selon la presse britannique. Bien que l’athlète se dise propre et nie l’allégation, le dopage en athlétisme augmente comme le démontre le cas de la Russie aux Jeux olympiques 2018.

La lutte antidopage au Kenya est-elle inefficace?

Le quotidien britannique The Guardian mentionne qu’un des meilleurs coureurs mi-distance de sa génération, Asbel Kiprop, a été déclaré positif à l’érythropoïétine. Cette hormone stimule la production de globules rouges et encourage davantage le flux d’oxygène dans le corps augmentant la performance sportive. Dans les cinq dernières années, c’est plus de 40 athlètes kényans qui ont été déclarés positifs au dopage. Plusieurs enquêtes de presse ont montré que la procuration de produits dopants dans les centres de l’athlétisme kényan était facile. En plus, le contrôle de l’agence antidopage nationale est tourné vers la conciliation et la tolérance, alors probablement que les yeux se ferment sur plusieurs cas de dopage. D’ailleurs, en 2015, le Kenya avait été jugé non conforme par l’Agence mondiale antidopage avant d’être rétabli pour les Jeux olympiques de Rio. Et si le dopage était le secret du Kenya en athlétisme?

Le champion contemporain testé positif

Asbel Kiprop, triple médaillé d’or du monde et médaillé d’or olympique au 1500 m, croit qu’il y a une erreur avec son échantillon et il se bat pour son innocence en niant les résultats positifs. L’échantillon avait été soumis en 2017 à la suite d’un test hors compétition. Mercredi soir, Kiprop a déclaré sur une publication sur WhatsApp envoyée à plusieurs médias : « J’ai lu les informations me liant au dopage. Comme athlète, j’ai été à la tête du combat contre le dopage au Kenya, une lutte à laquelle je crois fermement et à laquelle j’apporte mon soutien. » Un coup dur pour l’athlétisme kényan est à prévoir si l’athlète de 28 ans est confirmé positif à son test de dépistage de drogue. L’athlète craint pour son image : « Je ne voudrais pas détruire tout ce que j’ai construit depuis ma première course internationale en 2007. J’espère que je pourrai prouver que je suis un athlète propre de toutes les manières possibles. »

L’athlétisme, le roi du dopage!

Selon l’enquête de 2015 par Le Mouvement Pour un Cyclisme Crédible (MPCC) publiée sur leur site, l’athlétisme règne au sommet avec 62 cas de dopage en 2015. En 2017, le MPCC dévoile son nouveau tableau recensant les cas de dopage de tous les sports : l’athlétisme est toujours en première position avec 58 cas, devant le baseball (52 cas). L’athlétisme vit des temps difficiles, car le sport manque de visibilité mondiale. En effet, le public s’intéresse majoritairement à cette discipline une fois tous les quatre ans aux Jeux olympiques. Malgré le fait que la masse pourrait nommer le meilleur sprinter au monde, Usain Bolt serait l’exception qui confirme la règle : les autres athlètes demeurent dans l’anonymat en dehors des Olympiques.

Ainsi, l’athlétisme se bat pour sa médiatisation et pour ses commanditaires contre des sports populaires sur la scène mondiale comme le soccer, le rugby, le basketball ou le hockey. Malgré l’augmentation de la pratique de la course par la population, selon Frédéric Plante, journaliste chez RDS, l’intérêt envers les modèles inspirants d’athlétisme demeure extrêmement faible. En athlétisme, le revenu des athlètes est directement lié à leurs performances et à leur visibilité. Le spectacle offert par ce sport était difficile à vendre au public avant l’augmentation des allégations de dopage. Maintenant, d’après le journaliste, il est impératif d’augmenter le nombre de contrôles antidopage en s’assurant de l’intégrité parfaite des laboratoires participants au programme. Les coûts sont le moindre investissement pour faire regagner la confiance du public et des commanditaires envers le sport de l’athlétisme.

Au final, même les athlètes s’en trouveraient gagnants, si on prend l’exemple de la Russie où une nation entière a été punie pour le dopage. En effet, les athlètes russes n’ont pas pu participer aux Jeux olympiques de Pyeongchang sous le drapeau russe, vu les nombreuses allégations de dopages.

La Russie : revendeuse pour ses athlètes?

En 2016, la Fédération internationale d’athlétisme avait exclu la Fédération russe d’athlétisme des Jeux olympiques de Rio en raison d’allégations de dopage institutionnalisé. Loin d’avoir retenu la leçon, le verdict du Comité international olympique (CIO) exclut la Russie des Jeux olympiques de Pyeongchang 2018 qui est accusée d’avoir développé un système de dopage. Cependant, quelques athlètes sélectionnés pourront participer sous le drapeau neutre olympique. L’Agence mondiale antidopage (AMA) avait révélé un système de dopage des athlètes en juillet 2016 suite aux Jeux de Rio et après 17 mois d’enquête, la participation de la Russie est retirée.

Le fondeur canadien et skieur Alex Harvey en entrevue en direct à la télévision nationale norvégienne a dit : « Ça prenait une décision forte comme celle-là. Dans le passé, c’était toujours des athlètes qui étaient bannis, mais le système, lui, ne changeait pas. Il remplaçait avec de nouveaux athlètes sans se poser la question. Maintenant, des gens vont devoir s’en poser, des questions ». Le patineur québécois Laurent Dubreuil a salué la décision : « Je ne suis pas prêt à dire que c’est la faute de chaque individu et c’est pour ça que je trouve que c’est une bonne idée de bannir le pays parce que c’est le pays qui dope ses athlètes. »

Il s’agissait d’une première historique d’exclure un pays entier pour dopage, mais avec le fléau grandissant du dopage récurrent de centaines d’athlètes, de haut niveau comme de niveau amateur, une solution radicale serait-elle la bienvenue pour rétablir la balance?


Crédit Photo @ Lucy Nicolson

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