L’Avare de Molière : un classique actuel

Par Nelly Pailleux

Les 29, 30 et 31 mars 2018 à la salle du Parvis de Sherbrooke, la troupe Les Mille Feux de l’Université de Sherbrooke présentait L’Avare, une comédie en cinq actes, créée en 1668 par Molière. Treize acteurs, deux metteurs en scène néophytes et plus de deux heures de spectacle ont su conquérir les amateurs de théâtre sherbrookois.

Pour Kristian Dimitrov et Alyne Aubut, les metteurs en scène du film, le défi était de taille : mettre en scène une comédie classique prenant place au 17e siècle en moins de huit mois… Et pourtant, ils l’ont relevé avec brio! En effet, leur travail a porté ses fruits puisque le public, en plus d’être présent, était comblé à la sortie du spectacle, à en croire les nombreux et réguliers rires entendus dans la foule. En guise d’introduction, les deux metteurs en scène font une courte présentation de leur pièce, dans un dialogue joué, plongeant leur audience directement dans l’ambiance théâtrale de la soirée. Quand ils concluent, en chœur, « Place à L'Avare », le glas est sonné.

Dans la salle, rien n’est laissé au hasard puisqu’avant et après le spectacle, ainsi que pendant l’entracte, joue en fond sonore une musique du 17e siècle : à un certain point, on entend même la musique d’une autre pièce célèbre de Molière, Le Bourgeois gentilhomme, composée par Lulli. Sur scène, le décor est une réussite : tapisserie ornée, fleurs dans un vase, canapé ancien, ainsi que certains détails bien pensés comme la présence de cadre vides : le personnage d’Harpagon est bien trop avare pour y mettre des peintures!

Tout comme le décor, la mise en scène est réglée au millimètre près : dans leurs magnifiques costumes, les personnages occupent tout l’espace et offrent même quelques contacts visuels avec le public qui ne font qu’augmenter le potentiel comique de certaines situations. Le texte de Molière est parfaitement interprété malgré quelques écarts au premier acte. Benoît St-Pierre Poulin joue un Harpagon à la fois ridicule et charismatique, dans un jeu puissant d’un personnage si affaibli par son vice. À noter également la performance de Gaële Lajeunesse dans le personnage de Frosine : sa voix haute perchée et son allure noble à l’excès rappellent à quel point Molière aimait caricaturer la haute bourgeoisie, malgré le fait qu’il s’en moquait éperdument. Enfin, les duos de Valère (Antoine Filosa) et Elise (Anouchka Toulemonde Mikolajczak) et de Cléante (Arnaud Marchese) et Mariane (Julie Landes) sont extrêmement complémentaires, tant dans leurs rôles que physiquement. Ils sont rayonnants de jeunesse et de pureté, et semblent comme possédés par leurs rôles, taillés sur mesure.

À la fin de la soirée enfin, les acteurs saluent leur public et viennent directement échanger avec eux. La pression peut enfin redescendre pour accueillir les félicitations. La troupe de théâtre Les Mille Feux a montré, une fois de plus, qu’elle a tout d’une troupe de professionnels. Une œuvre de référence interprétée avec une justesse et une fraîcheur notable. On en redemande!


Crédit Photo @ Les Mille Feux

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