Alors que plus d’un braille à la «dictature» et hurle à l’atteinte à son droit à la libârrrrrté, le bientôt ex-président Trump se fait couper le sifflet par Twitter, média social sur lequel il gazouillait en direct de son «trône» depuis maintenant quatreans. Même si la population mondiale attendait qu’on lui ferme le «casseau» pour de bon, cet événement permet d’ouvrir sur un sujet devenu viral en 2020 : la liberté d’expression. Si la dictature est une calamité, qu’en est-il de la libre expression d’informations dangereuses, mensongères et inexactes? Où se situe donc la ligne entre libre expression et diffamationEntre encadrement légitime des communications et dictature? Chose certaine, 2020 aura été un terreau fertile pour propulser ce débat à l’avant de la scène avec la présence de l’intraitable Trump, de la pandémie et des divers mouvements sociaux émergents (grossophobie, dénonciation des violences sexuelles, «black lives matter», etc.).  

Par Véronik Lamoureux 

Depuis déjà quelques années, on peut bien sentir les plaques tectoniques des opinions se frotter les unes aux autres, mais la période d’incertitude a finalement scié en deux toute forme de terrain d’entente en ce qui a trait à la liberté d’expression. Gros ou grosses, noirs ou noires, autochtones ou amérindiens, Julien Lacroix est-il un écœurant ou non, Trump destitué ou non… petit effleurement timide du débat qui remplit nos oreilles, qu’elles soient consentantes ou non.  

Le 8janvier dernier, pour faire suite aux événements violents survenus lors de la prise d’assaut du Capitole le 6janvier, Twitter était le premier des médias sociaux à annoncer qu’il bannissait de façon permanente le président sortant Donald Trump de sa plateforme : «Après un examen minutieux des récents tweets du compte @realDonaldTump et du contexte les entourant, nous avons décidé de suspendre de façon permanente le compte.» Or, dans la même semaine, Facebook, Instagram, Twitch, Snapchat, YouTube et plusieurs autres applications connues avaient aussi réagi à une vidéo dans laquelle Trump s’exprimait sur la «fraude» électorale. Les multiples plateformes ont décidé de suspendre le compte du «twit» pour un certain délai. 

Ces gérants d’estrade 

De tels événements ne peuvent que nous ramener aux préoccupations que nous avons chez nous. En effet, le mot dictature n’aura jamais été aussi à la mode qu’au cours de ces derniers mois, et ce, même si peu semblent connaître sa véritable définition. Désireuse d’éduquer mes concitoyens et concitoyennes, j’ai fait une recherche sur le Petit Robert en ligne. Voici donc la définition du mot dictature :  

«1. HISTOIRE (ANTIQUITÉ ROMAINE)Magistrature extraordinaire, la plus élevée de toutes, chez les Romains. 

 2. Concentration de tous les pouvoirs entre les mains dun individu, dune assemblée, dun parti, dune classe. Dictature militaire. 

 3. AU FIGURÉPouvoir absolu, suprême. tyrannie. La dictature des lobbys.» 

Il est quelque peu amusant d’entendre les complotistes et les négationnistes de cette pandémie hurler à la dictature. Le fait d’avoir le droit de critiquer le gouvernement est justement un luxe que les citoyens des pays en dictature n’ont pas. Au cours des dernières semaines, on a pu lire des gens proposer de pendre les dirigeants… dans un pays sous dictature, ces gens seraient sans doute morts ou emprisonnés.  

De plus, il importe de se questionner sur le concept de dictature en lui-même : comment un pays en arrive-t-il à être sous le joug d’un dictateurUn dictateur, par définition, est un individu qui crie plus fort que les autres, qui a un charisme qui lui permet d’être suivi, un peu comme un genre de «gourou» politique. Actuellement, Legault est loin d’avoir une haute cote de popularité et sa crédibilité est mise à mal chaque jour, même chose pour Arruda.  

Par contre, qui gueule et prend toute la place sur les médias sociaux? Les fameux négationnistes qui colportent des idées fausses, par exemple la bizarre idée que les médecins sont manipulés par le gouvernement qui les presse d’inscrire «COVID-19» sur tous les dossiers de leurs patients pour faire augmenter les cas. Ces gérants d’estrade, les récalcitrants, sont beaucoup plus à même de devenir des dictateurs. Ils en ont toutes les caractéristiques : émotivement instables, hyper polarisés, ils vont à l’encontre des règlements en place en invoquant des raisons soi-disant altruistes (au nom de la liberté, au nom de la justice sociale, au nom de peu importe quoi pour éviter de dire au nom de leurs nombrils). 

La poule ou l’œuf? 

Est-ce bien ou mal de faire taire certaines voix néfastes sur les médias sociaux? La ligne est fine comme dans tous les sujets impliquant l’éthique. En fait, ce qu’il est important de comprendre, c’est que plusieurs concepts dans la vie ont tendance à suivre ce modèle de la poule et de l’œuf. Si on se souvient bien du concept, il s’agit de déterminer ce qui est arrivé en premier lieu : la poule, ou l’œuf? Quand on parle de dictature et de démocratie, on peut discerner très clairement au Québec des époques de grande liberté suivies de périodes de noirceur et de dictature.  

Si l’on pense à l’époque de la Grande Noirceur avec Duplessis et tout de suite après, au mouvement de contre-culture hippie, tout porte à croire que la dictature sèche et la liberté «olé olé» sont situées sur un même pôle. Entre les deux concepts, il existe l’équilibre qu’on conserve un temps avant de retourner inéluctablement dans l’un ou l’autre des extrêmes. Ainsi fonctionne la psyché, ainsi va le monde.  

Chose certaine, personne ne se plaindra qu’on ferme la trappe à un homme narcissique et dangereux comme Donald TrumpMa réflexion finale est donc celle-ci : la liberté d’expression, est-ce une liberté qui s’applique de manière discrétionnaire selon la santé mentale d’un individu? Si oui, je pense que Facebook et les autres plateformes auraient un travail de tri important à faire dans les profils de certains conspirationnistes. Peut-être s’agit-il d’une valeur personnelle, mais je suis pour l’équité et si l’on coupe la parole à un être comme Trump, on devrait pouvoir la couper également à des gens qui nuisent à la sécurité de leurs concitoyens et concitoyennes en incitant à la violence et en martelant des faussetés au gré de leurs désirs du moment.  

Mais encore une fois, ce n’est qu’une réflexion. 

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