Le Boys Club ou la carte privilège

Par Laurence Poulin

Depuis quelques années, de plus en plus de personnalités utilisent leur tribune afin de témoigner leur vision du féminisme. Certaines d’entre elles ont eu l’effet d’un éclairage différent sur la vision que j’avais du féminisme. En effet, on peut les entendre ou les lire sur plusieurs plateformes. Elles se font de plus en plus entendre et comprendre dans les médias sur cette question. On leur laisse une place qui autrefois ne leur était soit pas donnée, soit pas même demandée.

Le principe du féminisme est parfois incompris ou bien vu comme négatif pour les hommes. C’est donc sur ce point que les interventions et présences médiatiques sont cruciales dans cette démystification et cette volonté de changer une certaine vision préconçue. En bref, voici quelques-unes de ces personnalités.

Koriass et le Boys Club

Il y a quelques semaines, j’ai pu assister à une conférence au Collège Champlain de Lennoxville donnée par le rappeur québécois Koriass. Celle-ci avait pour thème : Le Boys Club. Il y a présenté son point de vue sur l’égalité des sexes, en tant qu’homme représentant la génération Y. Il a commencé le tout en abordant le parcours qui l’a mené à prendre position ainsi qu’à la défendre publiquement. Sa prise de conscience lui est venue de l’histoire vécue d’une amie à lui. Elle se retrouve dans un texte paru dans Urbania, ayant pour titre Natural Born Feminist. À lire, si ce n’est pas déjà fait! C’est ce texte qui a été le moteur de sa démarche féministe engagée. Sa conception propre contribue à celles déjà présentées étant donné qu’il trouve important de s’adresser aux jeunes hommes (et femmes) et de contribuer à leur prise de conscience le plus tôt possible. Ce qu’il décrit comme le Boys Club est le principe suivant : c’est le fait de naitre dans un corps de garçon qui semble donner de facto plus de privilèges que de naitre dans un corps de fille.

Une sorte de carte d’accès à des privilèges. Un privilège, c’est un pouvoir ou une immunité particulière qu’on détient sans avoir fait d’effort pour l’obtenir, et qui nous facilite la vie sans qu’on l’ait demandé. En voici quelques exemples concernant les hommes : marcher seul le soir sans avoir peur d’être harcelé ou attaqué; ne pas être porté à penser que votre sexe est intrinsèquement plus faible avec des phrases comme « Tu lances comme une fille! », ne pas être jugé sur votre choix de ne pas vouloir d’enfants, échanger un sourire ou un mot avec un étranger sans que ce soit perçu comme une invitation sexuelle. Pour Koriass, cette « carte privilège » ne devrait pas avantager qu’un seul sexe et c’est de cet inconfort qu’est aussi née sa volonté de s’engager.

Lors de cette conférence, une personne en transition de genre a soulevé un fait intéressant. Étant né dans un corps de fille, mais se définissant dorénavant comme un garçon, il a remarqué que certains passe-droits ou avantages lui sont octroyés, et ce, que parce qu’il s’inscrit au genre masculin. La vision présentée par Koriass concernant le féminisme égalitaire prend toute son importance lorsqu’il rappelle que le féminisme n’est pas une volonté de mettre la femme en position supérieure à l’homme, mais bien de contribuer à l’égalité entre tous et toutes.

Liz Plank, la Feminist Faboulus

Elizabeth Plank. Liz Plank. Feminist Faboulus. Trois noms associés à cette journaliste d’origine montréalaise que l’on décrit comme la voix féministe de la génération Y. Tout comme Koriass, elle rejoint les jeunes et fait exploser les clics, les vidéos virales et le nombre d’abonnés sur ses réseaux sociaux. Elle tire avantage de ces plateformes pour aborder certains tabous avec intelligence et audace.

Un privilège, c’est un pouvoir ou une immunité particulière qu’on détient sans avoir fait d’effort pour l’obtenir, et qui nous facilite la vie sans qu’on l’ait demandé.

Dernièrement, une de ses vidéos, celle concernant le ‘‘transparen-she’’, aborde avec humour la solution ‘‘parfaite’’ à ce que les femmes devraient vêtir pour éviter les jugements et se conformer aux attentes sociales. Liz Plank contribue à défaire les mythes et rendre le féminisme attirant pour ceux qui ne le considèrent pas comme crucial.

Les brutes : Judith Lussier et Lili Boisvert

Mais qui sont Les brutes ? Judith Lussier et Lili Boisvert se décrivent comme des filles de la génération Y qui ne se laissent pas marcher sur les pieds, qui disent les vraies choses, les vraies affaires, mais de leur point de vue. Selon elles, une brute, ça a plein d’idées, plein de théories, mais ça n’aime pas les zones de confort.

C’est pourquoi, par leurs capsules diffusées à Télé-Québec, Les Brutes « jettent un regard drôle et irrévérencieux sur des sujets dans l’air du temps ». Elles tournent en dérision les raisonnements fallacieux, débattent entre elles et avec les autres en utilisant l’humour, mais surtout, elles bousculent les conventions. Elles le font entre autres par des vox-pop, des expériences sociales, des entrevues et des mises en scène. Elles abordent divers sujets tels que les privilèges, la séduction prédatrice, le mansplaning, l’utilisation du masculin pour désigner l’ensemble d’un groupe, le réseautage ou encore le complexe du White savior.


Crédit photo © Urbania

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