Le Brio : racisme, malaises et fous rires

Par Katrine Joncas

Le racisme fait l’objet d’un problème toujours au cœur du monde actuel. La manière de dire ou de faire les choses, ou encore une simple expression faciale s’avérant discriminatoire face à un autre individu se qualifie de racisme. Le Brio, réalisé par Yvan Attal, sorti en France en novembre dernier, prendra l’affiche au Québec dès le 23 mars prochain. Dans ce film, l’exposition au racisme ne fait aucunement place à une parcelle de censure : ce sont des paroles crues, encore aujourd’hui exprimées par des gens de notre monde, qui sortent de la bouche des personnages. Une réalité fracassante illustrée dans un long-métrage qui laisse place au malaise ainsi qu’aux fous rires.

Résumé

L’histoire débute alors que Neïla Salah (Camélia Jordana), une jeune femme d’origine algérienne, se dirige vers son premier cours de droit à l’université parisienne d’Assas. Ayant une réputation qui ne lui fasse pas vraiment honneur, son professeur (Pierre Mazard), vu le retard de l’étudiante Daniel Auteuil, l’humilie grandement devant tous les autres étudiants dans la salle de classe. Alors qu’il insulte la jeune étudiante de façon flagrante en la bombardant de préjugés concernant sa nationalité, un étudiant filme tout l’échange entre les deux personnages principaux. Les propos dénigrants et non professionnels du professeur Mazard se rendent donc bien vite entre les mains du président de l’école.

Suite à cet épisode, l’enseignant se voit convoqué au bureau du président puisque ce n’est pas la première fois qu’il fait l’objet de telles accusations. Après avoir tenté de le raisonner un peu, le responsable demande à Pierre Mazard d’entraîner Neïla pour le concours d’éloquence afin que l’université puisse gagner la première place et ainsi atteindre le prestige qu’elle vise. De cette façon, Mazard pourra échapper à un congédiement. C’est lors des nombreuses séances de coaching que les deux individus aux opinions et à la personnalité bien différentes apprendront respectivement à mieux se connaître et peut-être même à s’apprécier.

Du profond malaise au rire intense

Même s’il traite d’un sujet assez sérieux et très actuel, Le Brio cache quelques moments où le rire est au rendez-vous. L’évolution lente et mitigée de la relation entre les deux personnages demeure un élément clé du côté humoristique de ce long-métrage. Le sentiment ressenti est très imprécis : d’un côté, le personnage de Pierre est détestable puisqu’il évoque des propos qui sont d’un racisme évident et cruel, mais d’un autre, il parvient à sortir Neïla de sa carapace et à l’amener à un niveau élevé dans l’art de la persuasion. Il en devient presque difficile d’accepter de rire aux propos plus humoristiques émis par Mazard puisque malgré la bonne action qu’il réalise en aidant Neïla, son intention n’est pas totalement honnête et ses pensées narcissiques et racistes demeurent. Le côté dramaturge mélangé avec les passages plus humoristiques arrive vraiment à accrocher l’esprit. En fait, cela est un des points fascinants de ce film : le sujet premier, soit le racisme, est au fond très sérieux, mais il est abordé de façon tellement évidente et ancré dans une situation précise que l’habitude s’installe rapidement. C’est d’ailleurs impressionnant à quel point aucune censure n’est utilisée. Les propos racistes exprimés sont clairs et ne laissent place à aucun doute et c’est ce qui frappe le plus fort. L’effet alarmant des propos suscite des réflexions, notamment concernant les répercussions qu’ont de tels propos sur une seule et même personne.

Un peu trop banal?

Malgré les réflexions plus positives engendrées par le film, des questionnements peuvent aussi être émis concernant le possible abus des propos de type racistes exprimés, qui sont utilisés pour exposer la situation. Ils insultent directement les personnes qui sont d’une nationalité autre que la leur. De plus, sans vouloir annoncer un divulgâcheur, le professeur Mazard n’en vient pas réellement à être moins raciste envers les personnes qui lui sont différentes. Non seulement il entretient toujours des propos malsains à l’égard des autres, mais il enseigne aussi à son élève à ne pas se préoccuper de l’opinion des autres. Bien sûr, lui enseigner à avoir une meilleure confiance en elle est très positif. Par contre, ne serait-il pas mieux d’enseigner à ceux qui tiennent des propos racistes les vraies bases du racisme et le réel mythe qui se cache derrière celui-ci? C’est lorsqu’on se pose ces questions que le but ultime du film devient flou. Dès les premières minutes, on s’attend déjà à une finale soulignant l’importance d’accepter les autres et de ne pas porter de jugements, mais ce n’est pas à cela qu’on est finalement exposé. Le problème est donc bien établi dans le récit du film, mais la réelle morale ne l’est pas du tout, puisqu’aucune conséquence n’est attribuée à celui qui fait preuve de racisme, et c’est là qu’est le véritable problème.

Malgré le côté nébuleux quant à la réelle morale de l’histoire, Le Brio demeure un bon film. Les personnages deviennent attachants même si le téléspectateur ne le souhaite pas vraiment, et le ton humoristique mélangé aux éléments dramaturges parvient à capter l’esprit. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que Camélia Jordana, l’interprète de Neïla, a remporté le César du meilleur espoir féminin pour son rôle. Notamment, le film aborde aussi le sujet du féminisme, entre autres par la force de caractère du personnage de Neïla, ainsi que par quelques éléments qui montrent l’indépendance féminine, dont le fait que la mère de l’étudiante est célibataire. C’est donc idéal suite à la récente journée internationale de la femme qui a eu lieu le 8 mars dernier. Brièvement, c’est un film léger qui amène à rire et à se fâcher tout autant qu’à réfléchir.

Le Brio sort en salle le 23 mars dans les cinémas du Québec.


Crédit Photo @ tva.canoe.ca

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