Par Alexandre Cadieux 

L’ambiance de travail toxique rapportée depuis quelques mois à cause de la gouverneure générale a tourné l’attention des Canadiens et plus particulièrement des Québécois sur la pertinence de ce poste politique prestigieux. Il y a quelques jours à peine, des centaines de fonctionnaires ont rapporté un climat de travail très négatif à Rideau Hall. Julie Payette a donné sa démission sous les pressions de Justin Trudeau, à la suite d’un rapport d’enquête menée par le Bureau du Conseil privé. Cela étant dit, ce scandale politique a mis les projecteurs médiatiques sur ce fameux poste de Gouverneur général. Sur les différents médias sociaux et traditionnels, beaucoup de personnalités publiques du domaine, ainsi que la population, ont tempêté contre ce poste. 

Un poste historiquement dépassé…? 

Le poste de Gouverneur général avait été mis en place à l’époque ou le Canada était encore sous tutelle de la Couronne britannique. Il l’est d’ailleurs toujours techniquement, selon la constitution canadienne. À l’époque où le Canada relevait encore de l’administration britannique, un fonctionnaire ou un politicien anglais était désigné par le monarque afin de devenir Gouverneur général et veiller à ce que les intérêts de l’Angleterre soient toujours respectés en Amérique du Nord. À partir de 1952, les nominations pour ce poste étaient uniquement détenues par des Canadiens. Si on récapitule, le poste est à la base un lien intermédiaire entre le chef de l’État (La Reine) et le chef du gouvernement canadien (le premier ministre).  

Le Gouverneur général est le représentant de la Reine. Vulgairement, ce rôle n’a plus lieu dêtre à partir du moment où la Reine n’a plus de rôle décisionnel au Canada. Depuis le Statut de Westminster de 1931, le parlement canadien est souverain concernant l’adoption de ses législations. Par ce fait même, ce poste d’intermédiaire parait donc entièrement obsolète, mais il vient avec des pouvoirs décisionnels. Ces pouvoirs sont importants pour le bon fonctionnement de notre démocratie, cependant il serait pertinent de les adapter au 21esiècle.  

L’importance du contrepoids politique dans un régime parlementaire 

Dans le cas d’une monarchie constitutionnelle à régime parlementaire, il doit y avoir un contrepoids politique aux élus parlementaires. Dans le cas d’une élection avec un parti au pouvoir minoritaire, le rôle du gouverneur général est essentiel, puisque celui-ci peut déclencher des élections dans le cas d’une perte de confiance des représentants envers le gouvernement canadien. Son rôle permet aussi de sanctionner des mesures qui pourraient être vues comme extrêmes ou dictatoriales dans la pire des situations.  

L’importance de son rôle étant établie, il est désormais important de cependant reconnaître son côté royal dépassé. Le système politique actuel doit être réformé. Le poste doit être réinventé dans le but de finalement émanciper le Canada de son passé colonial. Il est bien den conserver des aspects identitaires et culturels, puisque celui-ci fait partie de l’identité canadienne. Cependant, l’émancipation du Canada envers la monarchie britannique serait la meilleure action à entreprendre. Cela serait le premier pas vers une nouvelle consolidation d’une identité canadienne, celle-ci étant de plus en plus fragilisée par les différents mouvements nationaux en émergence.   

Le changement institutionnel amène-t-il le changement identitaire 

Reprendre les pouvoirs du chef de l’État canadien illustrerait une nouvelle ère moderne pour le Canada, qui depuis trop longtemps semble affecté par cette image de pays affranchi de son passé colonial, mais qui garde toujours le collier de ses geôliers en souvenir. Se réapproprier ce rôle politique essentiel pourrait être un premier pas dans la réconciliation du Québec et du Canada, qui depuis trop longtemps sont sous-tension 

Ce rôle antique monarchique rappelle à tous les Québécois leurs tutelles sous la couronne anglaise et, pour des gens qui ont le double de mon âge, de mauvais souvenirs politiques… Pour diriger tous les Canadiens ensemble, il doit y avoir des changements institutionnels marquants. Réinventer le rôle du gouverneur et émanciper notre pays, une bonne fois pour toutes, de son maître européen serait la flamme nécessaire pour alimenter un nouveau mouvement identitaire au Canada.  

La participation des Canadiens dans ce changement majeur de système de gouvernance ne va pas tout réconcilier le lendemain. Ce sont les générations futures qui pourront bénéficier de ce legs identitaire et politique, qui leur permettront d’avancer ensemble, dans la même direction. 

Partager cette publication