Le Canada a parlé : à quoi s’attendre pour les prochaines années en politique et retour sur les élections

Par Camille Leblanc

Au lendemain de la 43e élection générale, c’est avec peu d’étonnement que le gouvernement libéral dirigera le pays en posture minoritaire. Justin Trudeau a réussi à « sauver les meubles » après une difficile fin de mandat qui laissait présager une remontée du Parti conservateur. La campagne ne semble toutefois pas avoir fait basculer de nombreuses intentions de vote et les résultats ont su confirmer les prévisions des sondages. Les partis devront donc travailler ensemble dans un Canada à la figure désunie.

Résultats : faits saillants

C’est avec une avance de 36 élus sur les conservateurs que le Parti libéral gouvernera jusqu’en 2023. Ces 157 candidats libéraux se retrouvent principalement dans les provinces atlantiques, en Ontario et au Québec alors qu’aucun candidat libéral n’a été élu en Saskatchewan ni en Alberta. Les conservateurs ont pour leur part conservé leurs candidats dans les prairies, et fait des gains dans l’Est, en Colombie-Britannique et dans la région de Québec pour en arriver à 121 sièges à la Chambre des communes, leur donnant le statut d’opposition officielle. Le NPD s’est vu s’écrouler dans la province québécoise, et passe de 40 à 24 sièges. Cette chute peut être attribuée à la remontée fulgurante du Bloc Québécois, qui sera représenté par 32 candidats. Les verts n’auront pas su gagner du terrain autant qu’ils l’auraient désiré, en passant de 2 à 3 candidats, avec le gain fait par Jenica Atwin dans la circonscription de Fredericton au Nouveau-Brunswick. Finalement, le Parti populaire ne sera pas représenté au parlement, Maxime Bernier ayant perdu sa course en Beauce. Il est à noter que la députée sortante Jody Wilson-Raybould s’est fait réélire en tant qu’indépendante dans Vancouver Granville, après qu’elle se soit dissociée des libéraux suite aux scandales en lien avec SNC-Lavalin.

Dans la circonscription de Sherbrooke, c’est une soirée agitée qu’auront vécue les deux candidats en tête. Dans une course très serrée, les 634 voix d’avance d’Élizabeth Brière auront fait passer la circonscription de l’orange au rouge au détriment de Pierre-Luc Dusseault. La candidate peut être fière d’être aujourd’hui la première femme élue dans cette circonscription au fédéral. La ministre sortante de l’Agriculture et de l’agroalimentaire, Marie-Claude Bibeau, a pour sa part réussi à garder son électorat fidèle pour un autre mandat avec les libéraux dans Compton-Stanstead.

Finalement, le Québec s’est fait entendre, le Bloc ayant raflé plusieurs circonscriptions de toutes allégeances, passant de 4 sièges en 2011, à 10 sièges en 2015, pour aujourd’hui avoir 32 représentants à Ottawa. C’est un Yves-François Blanchet fort que l’on a pu entendre lors de son discours post soirée électorale. Il a d’ailleurs présagé qu’il était ouvert à travailler avec les autres partis, tant et aussi longtemps que « ce qui est proposé est bon pour le Québec ».

Un gouvernement minoritaire : vers une coalition ?

Pour être majoritaire, un parti doit remporter un total d’au moins un siège de plus que la moitié, soit 170 sièges sur 338. C’était le cas depuis 2008, mais cette année, aucun parti ne s’est rendu à ce nombre. Ainsi, il devient plus difficile pour un parti de faire avancer des projets à la chambre, et celui-ci doit donc faire des compromis. C’est une situation qui encourage la collaboration, mais qui peut aussi s’avérer problématique dans le cas où on n’arrive pas à s’entendre sur certains enjeux.

Avec les résultats du 21 octobre, quelques analystes politiques envisageaient la possibilité d’une coalition entre les libéraux et d’autres partis afin que l’opposition n’empêche pas l’avancée de projets controversés. Par exemple, les rouges et les oranges compteraient au total 181 sièges s’ils se mettaient ensemble. Leurs partis visent plusieurs objectifs similaires dans leur programme et il pourrait être facile de les voir s’allier sur des sujets tels que des politiques fiscales qui avantagent la classe moyenne ou l’environnement. Toutefois, cela ne sera peut-être pas nécessaire étant donné qu’il ne manque que 13 appuis au Parti libéral pour avoir la majorité, un soutien qui peut se trouver au sein d’autres partis comme le Bloc. Justin Trudeau a d’ailleurs exclu la possibilité de former une coalition avec le NPD lors d’une conférence de presse le 23 octobre. Reste à voir comment les élus sauront faire preuve de collaboration tout au long de ce mandat.

Les promesses à surveiller

Parmi les promesses phares du Parti libéral que nous verrons se réaliser dans les prochains quatre ans, il y a la baisse d’impôts pour la classe moyenne qui augmentera le montant imposable de 12 000 $ à 15 000 $. C’est une proposition qui trouvera son appui auprès des conservateurs et qui pourra être facilement réalisée.

En environnement, le parti a aussi promis qu’il amplifierait la taxe carbone et que sous sa gouvernance, le Canada deviendrait carboneutre d’ici 2030. La tarification passera donc de 20 $ à 50 $ la tonne pour les provinces n’imposant pas de prix sur le carbone.

Les télécommunications sont un autre enjeu sur lequel les autres partis s’entendent unanimement et c’est celui de taxer les grandes multinationales étrangères telles que Netflix, Facebook, Google et Amazon. Le Parti libéral et le NPD ont aussi promis une réduction des coûts associés à la téléphonie mobile, alors que le Canada est un des pays où ces services sont les plus chers au monde.

Toutefois, les enjeux pétroliers et la question de la loi 21 sauront peut-être diviser et être source de frictions à Ottawa. En effet, le développement du pipeline Transmountain se fera certainement avec l’appui conservateur, ce qui néanmoins restera un sujet de controverse environnementale au sein des provinces telles que le Québec ou avec les peuples autochtones. Justement, le Québec sera aussi sujet à une contestation de sa loi sur la laïcité qui causera sans aucun doute, avec 32 bloquistes au parlement, des tensions prévisibles.


Crédit Photo @ Journal Métro

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