Par Sarah Gendreau Simoneau 

Les coming out sont répandus dans plusieurs domaines autant dans la culture que dans la société. Dans les sports professionnels, tout dépend du genre de sport. Avant, pour un footballeur ou un hockeyeur, annoncer son homosexualité ne se faisait pas en étant actif dans le sport.  

Cet été, Carl Nassib des Raiders de Las Vegas dans la NFL et Luke Prokop des Predators de Nashville dans la LNH ont tous deux révélé être ouvertement gais à environ un mois d’intervalle. Pourtant, les deux annonces n’ont pas été perçues de la même façon, surtout sur les réseaux sociaux. Pourquoi cet écart dans l’ouverture d’esprit des gens? Et pourquoi n’est-ce que cette année que des hommes font le grand pas? 

La popularité à son comble 

Pour Carl Nassib, premier joueur actif de la NFL à révéler son homosexualité, l’annonce l’a propulsé au sommet de sa popularité. Son histoire est partout. Il est un des très rares athlètes professionnels nord-américains à l’avoir fait, pendant sa carrière. Ce qui fait que l’annonce est exceptionnelle, c’est que quelques joueurs ont déjà fait leur coming out auparavant, mais après avoir pris leur retraite seulement. Dans La Presse, il est expliqué qu’une poignée de joueurs universitaires ont également déjà avoué être gais, mais n’ont pas percé par la suite. 

La réputation de Nassib n’est plus à faire, mais que serait-il arrivé s’il était sorti du placard avant? Aurait-il joué au sein d’une équipe comme celle de Las Vegas ou sa carrière aurait pris fin plus tôt? Les commentaires auraient-ils été positifs comme c’est le cas cet été?  

Masculinité toxique au hockey 

Luke Prokop a été lui aussi un des premiers du sport nord-américain à avouer ouvertement être gai. Le Canadien évoluant à Nashville n’a que 19 ans et il est devenu le premier joueur de la Ligue nationale de hockey à s’afficher comme homosexuel. C’est une page d’histoire qui s’écrit en hockey professionnel. Gary Bettman, le commissaire de la LNH, a d’ailleurs souligné le courage de ce joueur et souhaite que cette annonce fasse avancer les choses pour la communauté LGBTQ+ évoluant au sein d’équipes de sports. « Les joueurs, les entraîneurs et le personnel ne peuvent donner le meilleur d’eux-mêmes que s’ils vivent pleinement et véritablement leur vie. » 

Cependant, si vous avez suivi ces deux annonces dans les dernières semaines, vous avez peut-être vu les commentaires des gens sous les publications des nouvelles sur les réseaux sociaux. Tandis que Carl Nassib recevait des éloges, Luke Prokop avait des commentaires négatifs de la part du public. Certains se demandaient même en quoi c’était une nouvelle et pourquoi on devait en informer toute la population. Poser la question, c’est y répondre. Comment ce sport a-t-il pu évoluer en décalage avec la société actuelle? Pourquoi annoncer son homosexualité en 2021 ébranle-t-il à ce point les colonnes du temple du hockey professionnel masculin? 

Brock McGillis, premier joueur de hockey professionnel à avoir affiché son homosexualité en 2016 après avoir accroché ses patins, explique que le hockey masculin en 2021 n’est qu’un calque de la réalité des années 1960 ou 1970. « Tous les joueurs sont présumés hétérosexuels et sont traités de la sorte. Des commentaires homophobes sont prononcés dans chaque vestiaire à tous les niveaux de ce sport, ici, en Amérique du Nord. » C’est encore une fois une démonstration de la masculinité toxique.  

Selon Guylaine Demers, professeure au Département d’éducation physique de l’Université Laval et spécialiste de l’homophobie dans le sport, « dans les sports collectifs comme le hockey, on apprend à devenir des hommes, de vrais gars. C’est un outil de socialisation extrêmement fort où on apprend à être combattif et agressif. Dans un vestiaire, l’opposé d’être un homme c’est d’être homosexuel ».  

You can play  

Une initiative a été mise sur pied pour créer une culture d’inclusion dans tous les sports, peu importe l’orientation sexuelle ou l’identité de genre des athlètes ou des entraîneurs, relate Le Devoir. La mission de You Can Play est de faire en sorte qu’un athlète doit être jugé et apprécié pour ses performances sportives plutôt que pour son orientation sexuelle.  

Cependant, pour Guylaine Demers, il faudrait plus qu’un organisme pour subvenir aux besoins criants et à la détresse des joueurs de la communauté LGBTQ+. « You Can Play mène des campagnes de visibilité depuis neuf ans, mais aucun coming out n’avait eu lieu avant que Carl Nassib le fasse au football et Luke Prokop, dans la LNH. Il y a certainement des pressions et des enjeux, qu’ils soient financiers ou non, sur l’évolution de leur carrière, qui font en sorte que les joueurs restent encore aujourd’hui dans le placard. » 

Ne serait-ce que dans les vestiaires au hockey, madame Demers évoque le fait que les joueurs sont affectueux entre eux, comme des claques sur les fesses ou des accolades, sans que ce soit perçu comme des gestes homosexuels. Si un des membres de l’équipe avoue son homosexualité, ces gestes pourraient peut-être être perçus comme ayant une connotation sexuelle. Guylaine Demers explique donc que « la crainte de perdre ce bonding avec ses coéquipiers est là, ce qui pourrait faire en sorte que ceux qui font leur coming out se sentiraient à part du groupe ». 

Un chemin ouvert à la diversité 

Carl Nassib et Luke Prokop ont pavé la voie à l’ouverture entourant un coming out. Il reste bien du chemin à faire pour que le monde des sports dits virils et masculins, ainsi que leurs partisans, acceptent sans contredit les annonces des athlètes comme ils l’ont fait. Si en parler dans les bulletins d’informations et sur les réseaux sociaux ouvre une certaine porte à d’autres joueurs de n’importe quelle ligue, pourquoi s’arrêter? Des jeunes s’identifient beaucoup à ces sportifs de haut niveau. Ils pourraient être poussés à, eux aussi, se dévoiler entièrement et être acceptés pour ce qu’ils sont vraiment. Le tabou de l’homosexualité doit devenir une banalité dans les sports d’équipes masculins. 

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