«Le corps au bout de la route»

Par Catherine Foisy

 

Entrevue avec Marie Bécotte,

directrice générale de la maison Aube-Lumière 

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Dans un communiqué de presse émis le 3 novembre dernier, la Maison Aube-Lumière de Sherbrooke rendait public sa décision: à compter du 1er février 2016, il sera possible pour un patient en fin de vie d’avoir recours à l’aide médicale à mourir. Non seulement elle est la première des 29 maisons de soins palliatifs québécois à l’offrir, elle est la première au Canada.

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Mise en contexte 

Avant toute chose, il est important de savoir que l’assistance à mourir, qui deviendra possible dans les établissements de santé du Québec, n’est pas imposée aux maisons de soins palliatifs. Des 29 maisons de soins palliatifs, 26 ont formellement déclaré ne pas souhaiter offrir à leurs patients cette possibilité. Leur principal argument? Celles-ci stipulent que leur mission est de soulager les douleurs insoutenables de leurs patients, pas de leurs enlever la vie.

C’est une manière de voir les choses, certes, mais pas celle de la maison Aube-Lumière. Située à Sherbrooke, la maison de soins palliatifs ne souhaitait se prononcer sur la question lors de l’annonce de la loi, en juin 2014, faute de manque de ressources. De la formation, tant à l’interne que chez les bénévoles, était ce qu’ils souhaitaient avant d’administrer cette dose fatale, explique Marie Bécotte, directrice générale de la maison, lors d’une entrevue accordée au Collectif.

 

Les faits saillants de l’entretien 

La loi 2 touche l’accessibilité aux maisons spécialisées en soins palliatifs. Marie Bécotte affirme: «Le Gouvernement va devoir débloquer des budgets, parce que pour l’instant, il n’y a plus de place.»

Il faut savoir que pour devenir patient sous leur enseigne, il faut qu’un diagnostic de moins de trois mois soit posé. Est-ce que cela voudrait-dire que toute personne qui franchit la porte de votre établissement pour en devenir patient est admissible?

D’un ton teinté d’assurance, Marie Bécotte explique: «Avant d’en arriver là, on dispose de moyens pour accommoder la personne. La personne a-t-elle des douleurs physiques, psychologiques? Dans un premier temps, on fera un bilan avec elle dans le but de la soulager et lorsqu’il n’y a plus de façon de le faire, il y a cas de sédation palliative continue; on augmente les doses de médicaments, et dans certains cas, elles deviennent si fortes que le patient finit par s’endormir, il est dans un coma d’une durée indéterminée en attendant la mort. Il dort jusqu’à ce que son corps ne soit plus en vie, ce corps au bout de la route.»

On comprend alors que ce n’est qu’une question de temps. «Dans la nouveauté, ce sera une dose et le patient mourra. La différence se fait au niveau des proches», renchérit-elle.

«Sur 200 personnes qui passent par ici, on parlera d’un 2-3% au plus», nous confie-t-elle.

C’est sur une note à la fois triste et touchante que l’entretien s’est terminé: «Le patient est au cœur de nos décisions. Nous sommes des spécialistes en environnement de fin de vie; nous croyons alors que nous sommes les meilleurs pour offrir l’aide à mourir», dit-elle.


© LeDevoir

Pour lire l'éditorial de Catherine Foisy inextricablement relié à cette entrevue, après-vous.

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