Même si on pensaiqu’un vent frais, se nommant 2021, allait asperger nos vies de son eau de rose, une nouvelle frappante est venue teinter le dernier mois de 2020 : Gilbert Rozon a été acquitté. Le roi de Juste pour rire, aujourdhui libre comme lair, avait été accusé de viol et d’attentat à la pudeur et la justice n’aura pas pu prouver «hors de tout doute raisonnable» quil aurait commis les gestes pour lesquels il avait été accusé. Quand la nouvelle est tombée, il y a eu non seulement une déception, mais surtout un certain malaise : qu’envoyons-nous comme message pour la suite des choses? 

Par Simon RD 

Bien que la justice soit ce qu’elle est au Québec, il faudrait se permettre une bonne réflexion quant aux répercussions et aux messages que ce type de décision peut avoir. Un grand mouvement de dénonciation est venu rafler l’air québécois ces derniers temps. À commencer par le #MeToo, jusqu’à la vague de dénonciations en début d’été dernier, qui a fait tomber des personnalités publiques telles que Julien Lacroix et Marie-Pier Morin. C’était sidérant et à la fois encourageant : la société faisait un pas vers l’avant. En effet, on dénonçait ceux qui croyaient être au-dessus des émotions et droits d’autrui pour le bien de leur ego! Mais là, au mois de décembre, une bonne claque en pleine figure pour les victimes telle qu’Annick Charrette. 

La justice et briser le silence 

Cependant, il faut être clair, il est certain que le juge et le jury, qui ont traité la cause, croyaient la plaignante. L’idée, c’est qu’au Canada, tu es coupable que lorsqu’il a été prouvé «hors de tout doute raisonnable» que tu aies commis les actes pour lesquels tu as été accusé, et donc, que tu es coupable. On peut suggérer que ce principe empêche certaines personnes de faire des années en prison par erreur comme certains cas aux États-Unis. 

Briser le silence doit être l’une des choses les plus difficiles pour une victime. De surcroît, briser la barrière du «sentiment de la honte» ou bien vaincre la peur de ne pas être crue doit être l’une des preuves indéniables de courage et d’audace pour les victimes. Pour Annick Charrette, l’une des plaignantes, la décision du juge en décembre dernier a  être toute une claque au visage.   

Le malaise 

En entendant la nouvelle, j’ai cogité un peu sur le sujet et j’ai senti un certain malaise. Une aversion m’envahi quant à donner mon opinion sur des événements qui touchent les femmes, surtout par peur d’avoir un syndrome de l’imposteur masculin. Mais, je dois quand même dire que j’ai ressenti un grand dégoût. C’est comme si par cette décision, on envoyait un message clair aux femmes et aux victimes, un message qui stipule que même si vous brisez le silence, il y a peu de chances que vous gagniez. Or, il faut admettre qu’il y a des causes qui sont gagnées par des victimes, mais le cas de Gilbert Rozon est tellement médiatisé qu’il devient «l’exemple en soi». La société veut évoluer, mais quelque chose l’empêche de changer.  

La rédemption et l’opinion publique 

Ce qui amène à parler aussi d’un autre malaise plus général; celui de notre rapport face aux accusés. En fait, on dirait qu’on aime beaucoup l’idée de rédemption chez les agresseurs sympathiques. On parle rarement du courage de la dénonciation et de la réhabilitation des victimes. On aime plus parler des fausses accusations ou des efforts de réhabilitation et du chemin vers la rédemption des accusés. 

Pas étonnant qu’on aime les méchants sympathiques dans les films. Peut-être qu’on écoute trop de films. Un bon exemple, Julien Lacroix, comme par hasard, décide de mettre un pied dans l’eau voir si elle est chaude, même pas un mois après qu’Éric Salvail et Gilbert Rozon aient été acquittés en lançant un message d’homme en pleine rédemption. Mais, ce qui est plus troublant encore, c’est l’accueil du public, complètement déconcertant. L’opinion publique a le pardon facile!  

Tout d’abord, il faut spécifier que je crois en la rédemption. En effet, je suis le premier à savourer le film Taxi Driver, où Travis Bickle tente de s’impliquer dans la vie de la jeune prostituée pour faire la paix avec son passé teinté de violence dans les marines. Toutefois, devenir une bonne personne et la meilleure version de soi, c’est l’aventure d’une vie. Pas d’une demi-annéeC’était quand même des allégations de 12personnes. La réflexion ne propose pas que Julien Lacroix doive sombrer dans la honte et la déchirure pour le reste de ses jours, mais il est permis de douter d’une transformation digne d’une épiphanie après six mois. 

Pour résumer décembre-janvier, Gilbert Rozon est acquitté d’une accusation de viol et d’attentats à la pudeur, Éric Salvail est aussi acquitté de ses accusations, Julien Lacroix est devenu une nouvelle personne après six mois et Charles Lafortune fait miséricorde à Marie-Pier Morin!  

Durant le podcast de l’humoriste Thomas LevacJonathan Roberge avait fait une succulente analogie concernant ces gens du showbiz et «le gars qui joue du piano» dans un souper et que tout le monde aimeEn bref, l’humoriste avait dit que tout le monde aime le gars qui sait jouer du piano, mais ne connaipas son vrai visage parce qu’il a l’air d’un bon gars et l’avait comparé à beaucoup de monde dans le showbiz. Sauf que le gros barbu, lui, passe souvent pour le méchant en apparence, mais la réalité en est tout autre. Mais, j’ai une nouvelle pour M.Roberge, le gars qui joue du piano, même s’il est accusé des pires choseson va continuer à l’aimer pareil, parce que lui, il a compris comment manipuler le monde et sa rédemption fait de lui la victime qui vole son rôle à la vraie victime, c’est de même qu’on est, on dirait. 

Gilbert Rozon, le diable vert, a donc encore pu crier : «Maman, c’est fini» 

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