Le féminisme à travers les époques

Par Alexia LeBlanc

Le 26 mars dernier, Upop Sherbrooke, en collaboration avec les Grands-Ducs de Wellington, recevait Isabelle Boisclair, professeure en études littéraires et culturelles à l’Université de Sherbrooke. Ses recherches portent notamment sur les représentations des identités de sexe/genre à travers les textes littéraires contemporains. En survolant des écrits de grands penseurs féministes, la professeure voulait démontrer que le féminisme est un mouvement qui ne date pas des années 1960 et 1970, comme certains peuvent le croire, et qu’il faut continuer d’animer le sujet si notre parole veut être entendue.

Les années 1700

Certains écrits féministes remontent aux années 1700, alors que le terme n’avait pas encore été inventé, mais que des intellectuels souhaitaient déjà des changements radicaux dans la mentalité des sociétés de l’époque.

Une figure marquante fut, entre autres, la philosophe Gabrielle Souchon qui publia en 1700 un traité s’intitulant Du célibat volontaire. La vie sans engagement. Pour elle, le mariage était une entrave à l’accès à la culture pour les femmes. Déjà, à cette époque, elle dénonçait le fait que, pour les femmes, il n’y avait que deux options possibles : le mariage ou la vie religieuse. Elle revendiquait la reconnaissance d’un « troisième état », le célibat, où la gent féminine pourrait se réaliser en dehors de ces deux autres alternatives.

Un autre philosophe de l’époque aux idées révolutionnaires est François Poullain de La Barre. Écrivain et féministe français, certains de ses écrits dénonçaient les nombreux préjugés de la société envers les femmes. Nous étions à l’époque où les femmes savantes étaient méprisées, car elles ne correspondaient pas aux critères « normaux » les définissant à ce moment, mais les textes de La Barre réclamaient l’égalité sociale entre femmes et hommes, et ont fait de lui l’un des précurseurs des théories féministes. Il est d’ailleurs le premier à avoir mis en parallèle « préjugé » et « sexe » et demandait à ce que les femmes aient un meilleur accès à l’éducation, en plus de pouvoir bénéficier davantage de choix de carrière, notamment dans le domaine scientifique. Pour différentes raisons, le philosophe est condamné à mort, quelques années plus tard, et s’empoisonne afin d’éviter l’échafaud.

Une autre grande politicienne du 18e siècle, Olympe de Gouges, incarne aujourd’hui un emblème par les mouvements pour la libération des femmes. En plein dans la Révolution française, le texte de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen est écrit, et de Gouges rédige à son tour La déclaration de la femme et de la citoyenne. Dans l’article premier, elle répond point par point à ce qui est écrit dans la réelle déclaration, mais en la féminisant. Selon elle, la femme devait cesser d’être exploitée du fait de son sexe et l’universalisme de la déclaration était en fait trompeur. De plus, de Gouges a rédigé un document important sur l’esclavage des Noirs ; elle revendiquait une réelle révolution. Son sort fut aussi tragique, puisqu’elle fut exécutée en 1793.

Les années 1800

Ne pouvant tous les nommer, un autre précurseur du féminisme, du 19e siècle cette fois-ci, a marqué l’histoire par son essai De l’assujettissement des femmes, en 1869. Il fréquenta la même femme mariée, Harriet Taylor, pendant vingt ans, et l’épousa à la mort du mari de celle-ci. À leur mariage, il fit une déclaration de droits injustes : « étant sur le point, si j’ai le bonheur de recevoir son consentement, de m’unir par les liens du mariage avec la seule femme que je n’ai jamais voulu épouser, et étant donné que nous sommes tous deux en désaccord complet et absolu avec la nature du mariage tel qu’il est défini par la loi, et ce pour différentes raisons, dont le fait qu’il confère juridiquement à l’une des deux parties signataires du contrat, l’autorité et le pouvoir […] ». Son amour pour Harriet l’a poussé à dénoncer l’injustice dont pouvaient être victimes les femmes malheureuses au sein de leur union amoureuse, mais qui ne pouvaient échapper à la situation en raison des lois sévères. Selon lui, la liberté des femmes, après le mariage, n’avait aucune raison d’être restreinte.

Une autre révolutionnaire de l’époque, Clara Zetkin, était une enseignante, une journaliste et une femme politique marxiste allemande, née en 1857. On lui doit, entre autres, la célébration de la Journée des droits des femmes, le 8 mars. Elle proposa la création de cette journée lors d’une conférence internationale des femmes socialistes, à Copenhague, en 1910, avec comme buts premiers de revendiquer le droit de vote des femmes, le droit au travail et la fin des discriminations au travail.

La Journée des droits des femmes aujourd’hui : un coup de marketing?

Officialisée en 1977 par les Nations Unies, cette journée incarne les nombreuses luttes féministes sur les continents européens et américains au cours des siècles précédents. Par contre, elle est sujette à quelques critiques depuis les dernières années.

Certains féministes aujourd’hui reprochent à cette journée d’être devenue un coup de marketing pour les grandes entreprises. Qu’elles en profitent pour offrir de gros rabais sur des produits féminins et que cette commercialisation de la journée nous ferait oublier son objectif premier : lutter pour l’égalité des sexes. Ils affirment aussi que, certes, on présente des documentaires sur quelques figures emblématiques des théories féministes et on continue de faire circuler le nom de quelques héroïnes, mais que nous ne prenons pas assez d’actions pour faire avancer les choses. De ce fait, plusieurs pensent qu’il faudrait abolir cette journée, qui a perdu sa vraie signification. Par contre, pour d’autres, elle représente les efforts de nombreuses femmes à travers les années, et qu’une journée dans l’année pour rappeler aux gens que la lutte existe toujours est mieux qu’aucune journée du tout.

Isabelle Boisclair a présenté plusieurs autres figures féministes au cours de sa présentation au Boquébière. Selon elle, il faut continuer de former les gens au féminisme pour voir les choses changer. Comme elle l’a expliqué, il faut que 40% d’un groupe soit éveillé à la condition des femmes pour que des actions soient prises. Il est donc important de continuer d’en parler, tout en remerciant les hommes et les femmes qui ont, dans le passé, risqué leur vie pour que l’égalité des sexes soit atteinte un jour.


Crédit Photo @ Université de Sherbrooke

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