Le français au service des réfugiés

Par Billie-Anne Leduc

Savez-vous lire? Si vous répondez non : quels subtils menteurs vous faites! Maintenant, saviez-vous que 800 000 Québécois ne peuvent lire ni les instructions des médicaments qu’ils se procurent à la pharmacie ni le menu du St-Hubert? Alarmant, vous me direz… Collège Frontière est là pour ça. Situé dans les locaux de votre université, Collège Frontière est un organisme d’alphabétisation pancanadien – depuis 1899! – ayant pour mission d’apporter un soutien là où le besoin se fait sentir, tant en alphabétisation, en francisation qu’en sensibilisation à la lecture dès le plus jeune âge. Notre action repose entièrement sur la dévotion de nos bénévoles qui s’impliquent dans les activités de tutorat, d’aide aux devoirs, de cercles et de tentes de lecture.

Collège Frontière a organisé, ce 20 janvier 2016, un panel de conférencières œuvrant dans les domaines de l’accueil des réfugiés et de la francisation, réunies sous le thème titre Les défis de l’alphabétisation des réfugiés d’ici et d’ailleurs. La conférence était divisée en trois volets.

La première conférencière est Mireille Elchacar, agente de développement régional d’Amnistie internationale. Le sujet des réfugiés syriens a probablement été abordé autour de la table à votre party de Noël, mais connaissez-vous les faits? Saviez-vous qu’actuellement, dans le monde, Amnistie internationale a recensé 60 millions de réfugiés? Un réfugié n’est pas un immigrant, puisqu’il n’a pas le choix de quitter son pays. En ce moment, 60 % de la population syrienne vit dans un environnement dangereux, sans compter ceux qui prennent la mer sans gilet de sauvetage – une tentative désespérée. À ce jour, 250 000 morts. On s’étonnera aussi que les pays qui accueillent plus de 86 % des réfugiés dans le monde sont des pays en voie de développement, et que de l’autre côté, des pays plus riches payent des millions en clôtures et en forces policières pour les empêcher de passer, bref, de survivre.

La deuxième conférencière est une tutrice bénévole à Collège Frontière, ancienne intervenante au Centre d’éducation populaire de l’Estrie, Marilyne Roy.

Sa conférence porte sur les difficultés au quotidien des réfugiés. On n’y pense pas, mais pour eux, faire l’épicerie, prendre l’autobus et appeler la banque sont des épreuves aussi pénibles que l’épreuve uniforme de français. Marilyne nous raconte qu’un de ses apprenants ne faisait que répéter ce qu’elle disait :

  • Bonjour, comment ça va?
  • Bonjour, comment ça va bien.

Les apprenants, même si certains le cachent mieux que d’autres, sont rongés par l’inquiétude dès qu’il est question de mettre un pied dehors. Marilyne avait beau pratiquer des heures avec son apprenant voulant obtenir une carte de bibliothèque, lorsqu’il fut devant la préposée, dans ce grand bâtiment rose, il n’alla qu’à l’essentiel : « Moi bibliothèque carte. »

Sans oublier que, parfois, la personne qui se trouve devant vous pour apprendre le français doit se rappeler le rendez-vous chez le dentiste de son fils, le rendez-vous du médecin pour sa femme, les papiers qu’il a à poster, etc. La charge de responsabilités est énorme, et c’est pourquoi Marilyne affirme sans hésitation que ces personnes sont des plus résilientes et qu’elles détiennent un courage sans borne.

La troisième conférencière est une professeure titulaire en travail social à l’Université de Sherbrooke, Michèle Vatz-Laaroussi. Ses recherches tendent vers les femmes réfugiées au Québec, leurs situations particulières, leurs visions.

Si vous étiez forcé de quitter dans l’heure votre domicile, quel objet prendriez-vous? Une des femmes questionnées a choisi, pour sa part, d’emporter sa machine à coudre. « Non non, ce n’est pas moi qui vais la transporter, c’est l’avion! Et je pourrai être riche avec ça! »

L’importance, dans tout apprentissage, est le sentiment de réussite, mais en étant constamment rebuté par une barrière de langue, il est malheureux d’éprouver une sensation d’échecs récurrente. Heureusement, à Collège Frontière, nous entourons d’encre bleue les mots bien écrits, et si l’apprenant aime le hockey, nous lui faisons écouter des matchs commentés en français. Si vous êtes là, assis sur les bancs de l’université, c’est que vous avez appris et déployé vos compétences grâce à de bons professeurs et à de gentilles personnes qui ont tenu votre main qui tenait le crayon durant plusieurs années. Maintenant, soyez sûrs que toutes les mains que vous tendrez afin d’inculper le plaisir d’écrire à autrui vous reviendra mille fois : en gratitude, en remerciements abondants, en sourires et en écoute.

Prochaine conférence de Collège Frontière : 22 février

Lieu et heure à surveiller.


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