Le journal d’un philosophe

P11A` 53 ans, Michel Onfray a de´ja` e´crit plus de soixante livres, traduits dans plus de 25 pays. Il pre´sente chez Flammarion « Le magne´tisme des solstices » qui est en fait le cinquie`me tome de son Journal he´doniste. Porte ouverte sur l’un des philosophes les plus connus de notre e´poque et, par le fait me^me, l’un des plus critique´s.

Fe´lix Morin

A` la base, l’ide´e de journal est de´ja` e´trange. Les journaux intimes sont publie´s apre`s la mort des philosophes a` l’habitude. Pourtant, lorsqu’on connait la manie`re dont Michel Onfray pense la philosophie, cela est cohe´rent. Pour lui, la philosophie doit servir a` mener une vie philosophique et a` construire notre existence. Cet « existentiel », pour reprendre le terme qu’il utilise pour Camus, nous montre, a` travers son journal, comment il me`ne sa « vie philosophique ».

Pour ma part, je vois dans ce livre la meilleure synthe`se qu’il aurait pu faire de l’ensemble de son œuvre. Plusieurs textes sont des re´sume´s clairs et pre´cis de livres qu’il a de´ja` faits. En ce sens, ce livre serait celui que je donnerais a` une personne qui voudrait voir l’ensemble des the`mes qu’il affectionne.

Il y a, dans ce livre, de tre`s beaux textes sur les philosophes qu’il che´rit. Le texte sur Jacques Derrida (L’animal que donc il fut) est re´ellement touchant et on sent l’admiration qu’il avait pour cet homme. Celui sur De´mocrite (Bru^ler d’une chaleur retire´e) ou` il de´veloppe sur ce philosophe qu’il adore, qu’il oppose a` Platon et qu’il pre´sente comme e´tant notre contemporain. Il y aussi le texte sur Jean Meslier, ce cure´ athe´e qui a e´te´ l’un des premiers a` e´crire textuellement « Il n’y a point Dieu. », qui proposait dans son livre « Testament » l’ide´e de contrat he´doniste, ce qui ne manque pas de plaire a` Michel Onfray, he´doniste et athe´e lui aussi. Hommage a` Montaigne et a` son ide´e de « te^te bien faite », etc.

Il y a aussi de nombreux hommages a` des artistes dans ce livre. Aimant de l’art contemporain, il y de´fend Wim Delvoye et son fameux « Cloaca ». Il te´moigne, dans le texte « L’art de ne pas mourir du monde », d’une grande admiration de Ge´rard Garoust. Hommage touchant parce que tant de choses semblent les e´loigner a` premie`re vue.

Il y a aussi un texte, « Dialectique de la lai¨cite´ », qui est tre`s d’actualite´ en France, mais aussi pour nous. En fait, il fait une histoire rapide de la lai¨cite´ et

de son e´volution en partant de la pre´histoire jusqu’a` nos jours pour terminer cela avec la phrase : « La lai¨cite´ fut une belle histoire. » Dans une entrevue qu’il a faite dernie`rement, il disait qu’il travaillait sur un livre du nom de Puissance et de´cadence, ou` il traitera pre´cise´ment de cela. Ce sera certainement tre`s inte´ressant... et pole´mique!

Si un jour il y a un autodafe´ de l’œuvre de Michel Onfray, ce livre sera a` sauver pour ne rien perdre de sa pense´e. Un beau livre a` lire pour entrer en philosophie.

Partager cette publication