En février dernier, l’International Journal of Epidemiology a publié une étude qui déclare que les femmes qui boivent plus de lait que la moyenne augmentent leur risque d’avoir un cancer du sein de 50 %. Cette affirmation en a apeuré plusieurs, avec raison. Le cancer du sein est le cancer le plus répandu chez les femmes. C’est environ 26 900 Canadiennes qui allaient avoir un diagnostic de cancer du sein en 2019 et 5000 allaient en mourir, estime la Société canadienne du cancer. À la sortie de cette nouvelle, les Producteurs laitiers du Canada ont réagi en déclarant que l’étude vient à l’encontre de plusieurs autres études, notamment celle de Caroline Diorio, chercheuse au Centre de recherche du CHU de Québec-Université Laval, qui démontre que les produits laitiers faibles en gras réduisent le risque de cancer du sein. Alors, qui croire ? 

 

Par Ariane Lacerte

 

Dans sa rubrique « Vérification faite » le journal La Tribune répond à la question suivante, reçue d’un lecteur : « Il y a une étude parue récemment qui fait le régal de mes amis végétaliens, au sujet du lait qui augmenterait le risque de cancer du sein. J’ai lu le résumé qu’en a fait la chaîne télé CTV News, mais ça ne me semble pas très fouillé. Est-ce qu’on peut croire cette étude ? »

 

Une étude avec de nombreuses lacunes

En prenant le temps de lire le contre rendu de l’étude publiée sur le site web de l’International Journal of Epidemiology, il est facile de remarquer une faille dans le suivi des habitudes de vie. Bien que l’étude comptât plus de 52 000 Nord-Américaines pendant près de huit ans, les habitudes de vie n’ont été suivies que les six premiers mois. Qu’en est-il des 90 autres mois ? En prenant en compte les facteurs de risques énumérés par la Société canadienne du cancer, la consommation d’alcool, l’obésité et l’inactivité physique sont des facteurs majeurs. En huit ans, les habitudes de vie changent pour plusieurs et l’étude ne se base pas sur les nouvelles habitudes. La chercheuse Mme Diorio a mentionné à La Tribune que l’étude a d’importantes limites puisque « celles qui consommaient plus de produits laitiers étaient aussi, en moyenne, plus obèses, prenaient plus d’alcool, etc. En bout de ligne, il est bien possible que l’association qu’ils ont trouvée ne soit pas due aux produits laitiers. » 

 

De plus, l’âge moyen des 1 057 femmes qui ont été diagnostiquées d’un cancer au cours de l’étude était de 57 ans. Le cancer du sein est surtout observé chez les femmes âgées de 50 et 69 ans, mentionne la Société canadienne du cancer sur son site web. En fin de compte, 1 057 femmes sur 52 795 ont été diagnostiquées d’un cancer du sein, ce qui représente 2 % des participantes. La Société canadienne du cancer estime qu’une femme sur huit aura un cancer du sein, ce qui représente 12,5 % des Canadiennes. 

 

Le principal auteur de l’étude, le Dr Gary E. Fraser a déclaré : « Consommer aussi peu qu’un quart ou un tiers de tasse de lait de vache par jour augmente le risque de développer un cancer du sein de 30 %. En buvant un verre par jour, le risque grimpe de 50 %, et pour celles qui en boivent deux à trois tasses par jour, le risque augmente de 70 à 80 % ». Toutefois, l’étude établit une corrélation entre la consommation de lait de vache et le cancer du sein, mais n’arrive pas à expliquer cette dernière. 

 

Qu’en est-il de l’étude de Caroline Diorio ?

À la suite d’une étude réalisée sur 1546 femmes, Caroline Diorio et Élisabeth Canitrot, toutes deux de la Faculté de médecine et du Centre de recherche du CHU de Québec — Université Laval, sont arrivées à la conclusion que la consommation de produits laitiers faibles en gras pourrait abaisser le risque de cancer du sein. Selon les résultats des chercheuses, l’effet protecteur que procure la consommation quotidienne d’au moins deux produits laitiers maigres chez les femmes qui ne sont pas ménopausées serait comparable à celui du tamoxifène, un médicament qui réduit de 50 % le risque de cancer du sein chez les femmes susceptibles de développer cette maladie. 

 

L’étude des deux femmes indique que la densité mammaire est de 4,4 % plus faible chez les femmes qui consomment beaucoup de produits laitiers faibles en gras que chez celles qui en consomment peu ou pas. « La densité mammaire reflète l’abondance relative des glandes et des canaux dans le tissu mammaire. Cette variable, que l’on mesure au moment de la mammographie, est un indicateur du risque de cancer du sein », précise Caroline Diorio. À l’opposé, la densité mammaire est de 4 % plus élevée chez les femmes qui consomment beaucoup de produits laitiers riches en gras que chez celles qui en consomment peu ou pas.

 

En se fiant aux résultats des deux chercheuses, il serait bénéfique de consommer régulièrement des produits laitiers faibles en gras. Toutefois, Caroline Diorio et Élisabeth Canitrot affirment qu’il est trop tôt pour recommander la consommation de produits laitiers maigres. Elles ont espoir de réaliser sous peu une autre étude qui permettra de répondre à la question. 

 

En attendant de nouvelles études qui viendront démystifier le lien potentiel entre les produits laitiers et le cancer du sein, il revient à vous de décider d’en consommer. Comme a mentionné Jean-François Cliche dans son article, Le lait augmente le risque de cancer du sein, vraiment ? : « Le hic c’est qu’en science, une étude, c’est “juste une étude”, comme on dit. Certains travaux peuvent être particulièrement solides et déterminants, mais la règle générale est qu’on ne peut pas conclure grand-chose sur la base d’une seule étude. »

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