Par Anabel Cossette Civitella

Dans le cadre d’une campagne de promotion des véhicules électriques dans la région, le Conseil régional de l’environnement de l’Estrie a prêté pendant une semaine une Nissan Leaf au maire de Sherbrooke, Steve Lussier. Le Collectif l’a rencontré sur le siège passager de son nouveau jouet électrique.

Pour un amateur de motocross et de voitures, est-ce que c’est difficile de rouler électrique? Pas de bruit, moins de puissance…
Steve Lussier : Haha! Vous savez ça, que je fais du motocross! Ben non, je l’adore ma Nissan Leaf!

Nous nous installons dans la voiture, stationnée devant la mairie, en plein soleil. Je veux ouvrir ma fenêtre, mais M. le Maire m’arrête dans mon élan.

SL : On va se mettre l'air climatisé!

Est-ce que c'est écolo l'air climatisé dans une voiture électrique?
SL : Oui, quand même. Vous voyez le tableau de bord : 192 km d'autonomie si j'enclenche l'air climatisé et on tombe à 197 km si je l'enlève. Ça prend juste un peu de batterie… Alors, on va se la mettre!

Quelles sont vos surprises par rapport à cette voiture?
SL : L'autonomie. Pour l'instant, on n’a pas de bornes électriques ici à l'hôtel de ville. Mais la bonne nouvelle – suite à l'essai de cette semaine – c’est qu’on va demander deux bornes à la ville, parce qu'on est rendu là. D'ailleurs, j'étais bien content d'entendre que Sherbrooke est la ville qui a le plus de voitures électriques par habitant. Le fait d'avoir notre propre réseau d'électricité, Hydro-Sherbrooke, c'est un gros plus pour nous.

Quelle est la suite pour vous, avec cet essai? Est-ce qu'il pourrait y avoir une flotte pour les fonctionnaires de la ville, les élus, etc.?
SL : C'est demandé au niveau des services, d'aller un petit peu plus loin là-dedans, d'avoir un petit peu plus de véhicules électriques lorsque l'on fait nos achats de véhicules. Ce n'est pas possible pour [le Service de] police pour l’instant pour plusieurs raisons qu’on m'a expliquées. Par contre, ça n'est pas quelque chose que l'on va regarder non plus dans 10 ans. On est sur le projet actuellement. De toute façon, le gouvernement nous impose des règles de plus en plus au niveau du développement durable, donc ça pourrait faire partie de notre développement durable d'aller dans cette direction-là.

Parlons un peu de votre consommation personnelle. Vous avez combien de voitures en ce moment?
SL : J'en ai une.

Combien de motos?
SL : J'ai deux motos : un motocross et une routière. Mais je veux une moto électrique. Pour moi, c'est bien bien important. J'ai été le premier avec M. Charles Bombardier à avoir un motocross électrique d'une compagnie qui s’appelait Quantya. […] Les gens riaient de nous! Pourtant, il était très puissante à l'époque. Il avait un défaut, il s'usait trop vite, mais évidemment c'était un des premiers, il fallait lui donner une chance.

Dans votre quotidien, de manière plus large, quelles sont les actions les plus écologiques que vous posez?
SL : Quand j'ai fait construire ma maison, on a enlevé tout ce qui était les composantes au niveau de la colle, au niveau des matériaux. Vous voyez comment c'est important pour moi! Oui, c'était plus dispendieux, mais moi, je pouvais me le permettre. Je vise qu'un jour ça soit tout écologique même au niveau de la construction, ce qui serait très difficile à faire pour dire vrai. (Son conseiller assis sur le siège passager lui parle) Oh oui et j'ai un foyer de masse. Chez nous, je me chauffe avec un foyer de masse. (À l'intention de son conseiller) Merci beaucoup, tu connais bien ma maison!  […] Le foyer de masse, ça brûle 99,9 %, c'est vraiment à l’extrême. On peut mettre n'importe quelle sorte de bois. […] C'est super, parce que j'ai une terre à bois, alors chaque année, j'envoie quelqu’un couper les arbres morts, puis c'est mon bois. Je n’ai même pas besoin de tailler des arbres vivants.

Comment faire de Sherbrooke une ville leader en environnement dans le futur?
SL : Il le faut, de toute façon. Nos plans d'environnement sont tout à refaire au niveau du développement durable. L'eau, vous savez on a la meilleure eau en Amérique du Nord. On est deuxième, mais c'est quasiment la meilleure eau en Amérique du nord. Puis, on a la meilleure eau au Québec vis-à-vis de 25 municipalités, il faut le dire. Moi, je pense qu'on a fait déjà des pas de géants de ce côté-là.

Mais vous l'avez dit, les plans d'action sont à refaire pour l'action contre les changements climatiques.
SL : Oui, c'est obligatoire. Le gouvernement nous donne un certain nombre d'années pour atteindre un nouveau seuil au niveau de l'eau, mais pas juste ça, les gaz à effet de serre également dans chacune de nos villes.

Est-ce que vous avez une mesure concrète dont vous pourriez me parler, de quelque chose qui s'en vient?
SL : Oui, on est à revoir au niveau de notre zone verte [ndlr : pourcentage de la ville qui est une zone protégée], notre plan vert qu'on appelle. Vous allez voir ça bientôt et je pense que les gens vont être très contents. On upgrade, là. Évidemment, je n’ai pas le droit de dire les pourcentages, mais on s'en va un petit peu plus que ce qu'on devrait aller. […] Sherbrooke, dans le fond, s'est développée de façon très rapide, mais maintenant c'est à nous, la ville, à prendre le lead, puis dire : « Écoutez : c'est comme ça qu'on veut ça, c'est comme ça. » On a beaucoup d'entrepreneurs, mais c'est à nous de leur dire ce qu'on veut. Il y a eu du laisser-aller un peu, je dois le dire.

Lundi [18 juin] au conseil municipal, il y avait un groupe de cyclistes urbains qui vous ont demandé des engagements précis. Allez-vous faire plus d'investissements pour le vélo?
SL : On en fait déjà beaucoup. […] On fait en moyenne entre 8 et 9 km de pistes cyclables par année. Ça devient automatique. On est déjà à l'avant-garde nous autres. On fait une rue? Il faut le trottoir et il faut évidemment la piste cyclable qui vient le rejoindre.

Comment on ferait pour avoir deux fois plus de kilomètres de pistes cyclables par année, par exemple?
SL : C'est difficile. On essaye avec le gouvernement sérieusement. Je vais juste donner un exemple : faire traverser un pont en aluminium qui traverserait la 12e avenue. Vous savez, c'est un gros problème, parce que les gens veulent aller en vélo directement au CHUS et traverser l'autoroute. Le gouvernement ne nous donne pas l'autorisation de produire ce pont-là. Pourtant, il serait fait ici à Sherbrooke et pourrait être un bon exemple à travers le Québec. Je me bats actuellement avec le gouvernement pour le faire passer. Vous me faites penser que je rencontre M. Couillard tantôt, je vais lui en parler.

Y avait-il autre chose pour conclure?
SL : (Il rit) L’électrification des transports. Vous allez voir les publicités par rapport à ça. J'ai demandé aux communications d'aller de l'avant.

Je vous remercie. Je pense qu'on est rendu à 192 km d’autonomie, là.
SL : (Rires) À cause de l'air climatisé. Vous voyez que ça baisse!


Crédit Photo @ Anabel Cossette Civitella

Partager cette publication