culture editoAmy Tang et Daniel El-Khoury sont tous deux étudiants en droit-MBA à l’Université de Sherbrooke. Outre leur programme d’études, ils ont une chose en commun : leurs parents respectifs sont venus vivre au Canada pour y faire grandir leur famille. Rencontre avec deux étudiants canadiens dont les parents sont immigrants de première génération.

Par Julien Beaulieu

Amy, 20 ans, est née en Chine comme ses parents. Arrivée au Canada à l’âge de 4 ans, elle vit à Winnipeg pendant quelques années avant que sa famille s’installe finalement à Montréal. Même si elle retourne pendant plusieurs années passer ses étés dans son pays d’origine, elle va à l’école à Montréal en français et grandit au Canada. C’est la même chose pour Daniel, qui est d’origine libanaise. Contrairement à Amy, il est né au Canada, mais a vécu par la suite jusqu’à l’âge de huit ans au Liban, avant que sa famille ne revienne vivre pour de bon à Montréal. Questionnés sur leur sentiment d’appartenance nationale, Daniel et Amy répondent qu’ils se considèrent Canadiens. Mais quelle place occupent les cultures québécoise et canadienne dans leur vie?

Une culture mixte

Grâce à leur accès privilégié à la culture du pays d’origine de leurs parents et à la culture québécoise, Amy et Daniel affirment avoir développé une culture mixte. Ils n’ont pas choisi entre les deux, mais ont conservé certains éléments, les meilleurs, de chacun des mondes. Selon eux, c’est pour le mieux, même si cela a ses désavantages, surtout là où la diversité culturelle n’est pas la norme. « Les gens me voient différemment à Sherbrooke, note Daniel. Davantage qu’à Montréal. »

Cela en fait-il pour autant des citoyens du monde, capables de vivre partout et de s’adapter à n’importe quelle culture? Pour Daniel, ça dépend de chaque famille. Il considère que quelqu’un de fermé d’esprit ne saura jamais s’adapter. Amy croit qu’« il doit y avoir un partage entre les différentes cultures. Il faut inclure chaque communauté dans la société, pour que chacune y trouve sa place. »

La langue, véhicule de la transmission culturelle?

Selon Statistique Canada, un des facteurs démographiques derrière l’évolution de la situation de la langue française au Canada est l’immigration internationale. En effet, le recensement de 2011 indiquait que sur la moyenne annuelle de 235 000 immigrants arrivant au Canada, 80 % avaient une langue maternelle autre que le français et l’anglais. Ainsi, le recensement de Statistique Canada précise que « […] parmi les deux langues officielles du pays, la très forte majorité de ces immigrants ne connaissent que l’anglais, l’utilisent au travail et dans leur vie de tous les jours. De même, c’est surtout l’anglais qui, au fil du temps, finit par s’imposer dans les foyers de ces immigrants hors du Québec. » Faut-il toutefois en comprendre qu’avec la langue vient la culture, et que celle qui est transmise par les immigrants n’est donc pas la culture québécoise francophone?

Daniel ne le croit pas. Il explique : « Mes parents ne m’ont pas inculqué leur culture. Ils m’ont inculqué ce qu’ils croyaient être bon. » Pour les deux étudiants rencontrés, la culture avec laquelle ils sont le plus familiers est la culture populaire américaine, ce qui n’exclut toutefois pas l’ensemble du contenu québécois. Pensionnaire pendant quelques années, Amy a découvert grâce à ses amis les classiques de la culture québécoise. Elle connaît donc la plupart des chanteurs québécois et suit religieusement les matchs des Canadiens. Daniel dit être dans la même situation, avec la nuance que pour lui, le contact avec la culture québécoise s’est davantage fait par l’école.

Les parents de Daniel écoutent La Voix et Star Académie. D’ailleurs, Amy rappelle que les parents de Daniel, au Liban, parlaient français. « C’est donc normal que, par la langue, la culture québécoise soit plus accessible », explique-t-elle. Pour ses propres parents, l’adoption fut plus difficile, en raison de la barrière du français. «  À 35 ans, poursuit Amy, c’est difficile d’apprendre une nouvelle langue, facilement, sans accent. Mes parents ont énormément de difficulté avec la langue. Les deux comprennent le français et parlent anglais, mais pas parfaitement. » Les parents d’Amy réussissent cependant à vivre sans problème à Montréal. « Les parents d’Amy peuvent se débrouiller ici sans apprendre la langue, explique Daniel. Mais ailleurs, ils seraient obligés de l’apprendre. »

Partir

Même s’ils se considèrent privilégiés, Amy et Daniel ne répéteraient pas l’expérience d’émigrer dans un autre pays que le Canada avec leurs propres enfants. « Ce n’est pas la culture mixte que je cherche, c’est les valeurs qui m’ont été inculquées », explique Daniel. Amy renchérit : « Tu cherches simplement à donner tes valeurs. »

D’autre part, l’intégration, même réussie, se fait rarement facilement, et nécessite beaucoup d’efforts. Selon Daniel, « ça dépend beaucoup de la personne. Certains sont beaucoup plus ouverts à s’adapter. Même si tu es extrêmement ouvert, et selon ton âge, le point auquel tes valeurs sont ancrées en toi, ça ne fonctionnera pas nécessairement pour toi. » En 2013, au Québec, 69,1 % des immigrants permanents admis avaient moins de 35 ans. De ces personnes, 57,4 % déclaraient connaître le français et 83 % affirmaient se diriger vers le marché du travail. Ce sont là toutes des caractéristiques qui peuvent influencer le processus d’intégration des immigrants de première génération.

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