Par Andrée-Anne Roy

Je m’efforce de voir le bon dans les réseaux sociaux qui nous entourent, mais que connaissons-nous vraiment de ceux-ci outre le fait qu’ils nous permettent un partage un peu trop facile?

Récemment, la malchance ou la chance s’est arrêtée sur mon compte Facebook. Je me suis fait hacker, et ce, sans pardon. Cela m’a toutefois permis de faire ce ménage inimaginable pour lequel on ne prend jamais le temps de s’arrêter, le ménage de notre profil. Si on se permet d’accumuler énormément de trucs en l’espace d’une vie, je peux vous dire qu’en près de dix ans, on en accumule aussi sur Facebook. Ne serait-ce que les vieilles photos dont on est peu fier ou des « amis » que l’on ne saluerait pas dans la rue si on les croisait demain. Ce ménage-là semble anodin, mais vous êtes-vous déjà adonné à tenter d’éliminer des photos de votre préadolescence sur Facebook? Si vous n’êtes pas le détenteur du fichier d’origine, c’est quasi impossible. On finit par se tanner d’essayer et on laisse notre passé nous hanter.

À tous ceux qui, par moment, font le tour de leur liste de contacts en tentant de se départir de certains d’entre eux, je vous trouve courageux. Courageux de réussir à choisir parmi les gens que vous avez côtoyés. En fait, je me demande par quels critères il est possible de faire ce tri outre la méconnaissance des gens.

Pour ma part, je ne croyais pas avoir à me faire un autre compte aussi rapidement, mais on devient habitué d’être joint à tout moment de la journée. Je me suis également rendu compte à quel point mon bottin téléphonique était peu à jour. En plus de ne pas pouvoir être jointe, je devais moi-même trouver d’autres moyens de communication. Ça peut paraitre niaiseux, mais c’est vrai! On se plaignait il y a quelques années de ne plus conserver de numéros de téléphone en version papier, mais je peux vous dire que c’est à peine si on en conserve de manière électronique avec l’application Messenger qui nous suit partout.

C’est un coup sur la conscience que de devoir refaire un profil. Tu perds vraiment plusieurs années de souvenirs sans vraiment t’en rendre compte. À partir de maintenant, personne ne peut aller voir de quoi j’avais l’air en 2010 sans fouiller dans les albums photo cachés bien loin chez mes parents. Tu peux choisir plus sagement ce qui tu décides de présenter aux autres, mais au début tu as vraiment l’air de quelqu’un de plate, sans vie. De quoi démontrer que notre profil correspond à une image de nous-mêmes, mais en oublie aussi plusieurs facettes.

Entre vous et moi, le phénomène du piratage, c’est stressant. J’ai l’impression d’avoir quelque chose dans mon ordinateur depuis, et ça me fait peur. Je suis peut-être un peu hypocondriaque, mais ce n’est pas super rassurant de savoir que quelqu’un contrôle quelque chose qui t’appartient et que, malheureusement, tu ne peux rien y faire. Je sais que ce genre de chose arrive à tout le monde, mais moi, ça ne m’était jamais arrivé directement. Le web ne nous sécurise jamais à 100 % et c’est ce qui fait peur.

Toutefois, j’ai pu repartir à zéro sur plusieurs points et mon copain et moi avons tout de même trouvé très drôle de se remettre en couple sur Facebook malgré notre vie commune de près de quatre ans. On se sentait comme un jeune couple à nouveau. J’ai aussi pu redemander à des amis de longue date d’être ami avec moi, comme si on était encore au primaire ou au secondaire. Facebook m’a rappelé l’évolution à laquelle j’ai eu droit depuis mon secondaire. Je lui en remercie, et de la même manière, je tourne la page.

Si cette dernière session à l’université approche, je sens véritablement que ce ménage du printemps n’y était pas pour rien. Je ne crois pas vraiment au destin, mais je crois que les choses arrivent au bon moment, et pour moi, ça en était un. Se permettre un ménage ne signifie pas d’oublier notre passé, mais nous permet d’avancer en gardant non très loin nos souvenirs, les meilleurs comme les pires.

 

 


 

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