Le polyamour : discussion avec une militante spécialiste de la question

Par Laurence Poulin

Alors que la fête la plus commerciale de l’année est à nos portes et que le questionnement sur sa réelle signification se perpétue année après année, je me suis questionnée sur un phénomène pas nécessairement nouveau, soit celui du polyamour. Afin de m’éclairer sur cette question, j’ai pu en discuter avec Marie-Pier Boisvert, directrice générale du Conseil québécois LGBT et diplômée de l’Université de Sherbrooke, ayant écrit sa thèse de maîtrise en littérature sur le sujet.

Un documentaire présenté il y a déjà maintenant deux ans, L’amour au temps du numérique de Sophie Lambert, avait été reçu avec consternation par plusieurs de la communauté étudiante. Le Collectif avait réagi à l’époque (Voir ce lien). Alysée Lavallée-Imhof l’avait critiqué en disant qu’il s’agissait de grandes généralisations, de clichés surfaits et de rapprochements hasardeux. Le documentaire avait rapidement fait mention du concept de relation ouverte. Mais qu’en est-il du concept de polyamour?

En définition

Il s’agit de la possibilité d’avoir plusieurs partenaires amoureux ou sexuels, le tout avec consentement et le savoir de toutes les personnes impliquées, me dit Marie-Pier. Une différence est toutefois importante à faire avec le concept de polygamie. Ce dernier, me rappelle-t-elle, a pris une connotation péjorative dans notre langage, pour des raisons religieuses. C’est un mot difficile à redorer.

En parcourant son mémoire, Partenariats pluriels - le polyamour dans trois romans québécois, je remarque que Marie-Pier considère que le polyamour a été repris de manière méprisante par les médias francophones. Il faut rappeler qu’il a été publié en 2015, alors que ses recherches initiales ont débuté en 2013. Les choses ont selon elle évolué depuis. « On en parle avec un peu moins de mépris, mais demeure une aura, comme si c’était des gens pervers. On en parle comme on parle un peu de la génération Y, des jeunes qui ne peuvent se contenter de personnes, comme si c’était des éternels insatisfaits ».

Une facette de la question est selon elle primordiale. En effet, surement peu de personnes peuvent considérer que l’ensemble de leurs besoins sont comblés par une seule personne. Nos amis et amies, notre famille, l’ensemble de personnes qui composent notre soutien moral et physique permettent de contribuer à notre bonheur. « On accorde une importance démesurée, comme si notre seule relation amoureuse était la panacée du bonheur. » C’est bien vrai que même si notre relation amoureuse nous comble, il est essentiel de nous procurer ce qui nous permet de nous réaliser dans un éventail de possibilités. Si l’on se questionnait, probablement que la plupart des gens pourraient dire que plusieurs personnes sont essentielles à leur vie.

En pratique

Toutefois, cet idéal qui nous est présenté comme la réponse à certains questionnements peut être beaucoup plus complexe dans la pratique. En effet, depuis que Marie-Pier a terminé sa maîtrise, elle a suivi l’évolution des théories et du traitement médiatique qu’on en a fait. « De plus en plus d’articles sont écrits sur la complexité au-delà de l’idée. »

Une des raisons principales qui pourrait l’expliquer selon elle est qu’il n’y a pas de script pour ce genre de relation comme il y en a dans la monogamie. Comme elle le dit, on nous présente, alors que l’on ne parle même pas encore des histoires d’amour conventionnelles dites monogames. Ainsi, pour le polyamour, « il s’agit de construire de nouvelles références, il faut tout inventer. C’est beaucoup de travail de tout inventer, nos modes de communications, nos références, planifier des sorties, où est-ce qu’on habite, notre gestion du temps, etc. »

Selon elle, dans la communauté, plusieurs se disent : « On passe plus de temps à planifier et gérer qu’à aimer. On dit souvent que dans une relation monogamique, la communication, c’est la clé, c’est encore plus important dans les relations polyamoureuses ».

Un de mes questionnements était à savoir si cette réalité était davantage associée aux jeunes, comme beaucoup d’autres phénomènes dits « nouveaux ». Bien évidemment, ce concept s’inscrit dans le fait que lorsqu’on est jeune, on amène de nouvelles idées, de nouvelles manières de vivre. On fait davantage de recherches là-dessus. Mais ça va plus loin; c’est lié à l’intersexionalité, aux droits des LGBT, à la lutte féministe, à l’éclatement de la famille, etc.

Ainsi, pour le polyamour, « il s’agit de construire de nouvelles références, il faut tout inventer. C’est beaucoup de travail de tout inventer, nos modes de communications, nos références, planifier des sorties, où est-ce qu’on habite, notre gestion du temps, etc. »

Une autre réalité est importante selon elle dans le polyamour, soit la réalité économique, liée entre autres à la crise du logement. En effet, il s’agit là d’un partage des ressources, d’un courant qui s’inscrit dans l’anticapitalisme, de considérer les gens avec qui tu habites plus que des colocs… Bien sûr, de nombreuses conditions doivent être réunies pour avoir la capacité de vivre ainsi, et ça reste un choix. Comme la monogamie. « Beaucoup de besoins matériels doivent être comblés avant même que tu penses avoir la capacité d’adopter ce modèle-là. Il reste qu’il est choisi surtout par des personnes privilégiées, mais de plus en plus l’accès à l’information est là. » Bien que ce modèle ne soit pas conventionnel, il est intéressant de voir comment de nouveaux modèles émergent et peuvent être expliqués par un ensemble de facteurs sociaux.


Crédit photo © Gabrielle Gauthier

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