Le pouvoir de la grève

campus-edito-creditalexandrabasqueL’Université de Sherbrooke n’était pas à son premier conflit qui dégénère en un arrêt de travail. Plus d’une grève est venue perturber le calme habituel du campus, très souvent au sujet du renouvellement de la convention collective des employés. Regard sur les conflits précédents à l’UdeS.

Par Alexandra Basque

1998

La dernière grève déclenchée par le Syndicat des chargées et des chargés de cours de l’Université de Sherbrooke (SCCCUS) remonte au 12 novembre 1998. Le SCCCUS demandait des normes plus strictes en ce qui concerne l’affichage des cours offerts aux chargés de cours ainsi qu’un respect de l’ancienneté - deux aspects qui sont revenus sur le tapis cette année. L’arrêt de travail de 1998 durera 2 semaines et 3 jours avant que les membres du syndicat acceptent l’offre patronale. Malgré cette perturbation des cours, la session s’était terminée comme il était prévu, le 18 décembre.

2005

Quelques années plus tard, c’est au tour des étudiants d’exprimer leur mécontentement, non pas à l’égard de l’Université de Sherbrooke, mais envers le gouvernement Charest (surprise!). Quelque 9 000 étudiants de l’UdeS ont fait la grève durant environ 6 semaines pour manifester contre les coupes de 103 millions de $ dans le régime d’aide financière aux études. Avec près de 250 000 étudiants descendus dans les rues, cette grève était à l’époque « le plus vaste mouvement de grève étudiante de l’histoire du Québec ».

2011

Six ans plus tard, le Syndicat des employées et des employés de soutien de l’Université de Sherbrooke (SEESUS) déclenche une grève qui perdurera pas moins de quatre mois, du 26 août au 14 décembre, soit durant la session d’automne complète! Encore une fois, cette grève résultait des négociations infructueuses au sujet du renouvellement de la convention collective du SEESUS et des insatisfactions sur le plan de l’équité et des grilles salariales.

Comme le stipule le Code du travail, seuls des cadres peuvent effectuer les tâches du personnel en grève; ainsi, les 140 cadres de l’UdeS avaient tenté de pallier l’absence des 1400 employés de soutien, notamment en élaborant des comptoirs d’urgence. Il va s’en dire que le bon fonctionnement des cours et l’accès aux services ont été affectés.

Les négociations entre le syndicat et la partie patronale avaient tardé à se mettre en branle de façon sérieuse, et tout comme dans le conflit auquel les chargés de cours font face aujourd’hui, un conciliateur fut engagé pour faire avancer le dossier.

2012

Nul besoin de faire un retour sur les événements du printemps érable. Cependant, le souvenir de cette longue grève peut inquiéter les étudiants sur le dénouement de leur présente session. Comme 2012 l’a démontré, on sait quand une grève commence, mais on ne sait jamais quand elle se terminera…

Des menaces

Dans certains cas, l’annonce de menace de grève était parvenue à faire débloquer les négociations et à faire trouver un terrain d’entente plus rapidement. Ce fut notamment le cas à l’UdeS, en 2002, alors que les professeures et les professeurs titulaires menaçaient de faire la grève si les négociations sur leur convention collective n’aboutissaient pas. L’Université proposa une offre qui fut acceptée à 68% par les membres du syndicat, et en 2004, dans les mêmes circonstances, le SCCCUS accepta l’offre patronale à 86% alors qu’il menaçait de faire la grève.

Moyen de pression par excellence

Quelques conclusions peuvent être tirées de la comparaison des différents conflits:

  1. La grève est le dernier moyen dont disposent les travailleurs pour obtenir entièrement ou partiellement leurs demandes, et cet exercice du droit doit être respecté. Comme nous l’avons vu, la grève découle souvent de négociations infructueuses.
  2. La grève, ce n’est pas du bonbon pour personne. De un, les grévistes n’empochent pas de salaire durant l’arrêt de travail; ils reçoivent certes une compensation, pour autant qu’ils participent à un certain nombre d’actions de manifestation. Lors de la grève du SEESUS en 2011, le syndicat déboursait 325 000$ par semaine, à raison d’une indemnisation hebdomadaire de 375$ par syndiqué. De deux, les étudiants peuvent payer cher le coût d’une grève du personnel enseignant, quoiqu’une session se soit rarement, voire jamais, vue annulée.
  3. Une grève impliquant du personnel enseignant qui perturbe les cours semble faire arriver à une entente plus rapidement (2 semaines en 1998 avec les chargés de cours contre 15 semaines en 2011 avec le personnel de soutien). L’Université aurait-elle comme stratégie de faire piétiner les négociations le plus longtemps possible, par souci d’économie, jusqu’à ce que la situation devienne nuisible pour les étudiants ou pour le bon fonctionnement du système?

Bref, la grève du SCCCUS de 2014 n’entrera probablement pas dans l’histoire, avec à peine une durée de deux jours. Le déclenchement du moyen de pression ultime aura occasionné l’accélération des négociations et aura permis de conclure une entente rapidement, fort heureusement avant que les étudiants en paient le prix.

Partager cette publication