Par Carl Perron 

Il sagit de quelque chose qui n’aurait même pas lieu d’être. Pourtant, le racisme existe bel et bien. Encore de nos jours, il frappe de nombreuses personnes. Je fais dès lors mon mea culpa envers les différentes communautés noires, mais lorsqu’on parle d’actes racistes, tout de suite, nous pensons aux atrocités qui sont commises contre ces gens. Cependant, la montée d’actes racistes qui se produit actuellement se fait aux dépens des Asiatiques.  

Selon plusieurs, il s’agit d’un contrecoup de cette pandémie. Comme le virus provient de la région de Wuhan en Chine, les Asiatiques en font les frais. Les gens se moquent qu’ils soient Chinois, Vietnamiens ou Coréens; ils viennent de la même place, alors ils ont tous un lien avec la COVID-19.  

Un acte haineux et non isolé 

Encore la semaine passée, une jeune femme a été victime de ces actes barbares. Elle attendait banalement, faisant la queue devant un organisme de son quartier quand un homme est passé devant elle. Elle lui a fait remarquer qu’il y avait de l’attente, mais le type l’a totalement ignorée. C’est rendu au comptoir que la bénévole a dit poliment à l’homme de retourner en arrière.  

C’est en repassant devant la jeune femme de 26ans que les attaques verbales ont commencé. Elle s’est fait dire de retourner chez elle, qu’elle n’a pas à faire ici, que c’est sa faute tout ce qui arrive. Mais la jeune femme qui portait son masque, son manteau d’hiver et sa tuque n’aurait jamais cru qu’elle serait identifiée comme asiatique. Elle s’est sentie très vulnérable à ce moment-là. Mais comble de l’ironie, la jeune femme en question est née au Québec de parents mixtes. 

Ce dernier fait n’est qu’une attaque verbale perpétrée envers un membre de la communauté asiatique. Cependant, le SPVM confirme que les actes racistes envers les Asiatiques ont augmenté au cours de la dernière année.  

Entre mars et décembre 2020, il s’agit de 22crimes et de 8incidents haineux qui ont été dénombrés à Montréal. Les actes racistes contre les Asiatiques ont quintuplé, et ce, en moins d’un an. Mais heureusement pour cette femme, le tout s’est terminé ainsi.  

Des actes de vandalisme contre des commerces du Quartier chinois à Montréal ont été commis et des pagodes bouddhiques de la communauté vietnamienne ont été saccagées à coups de masse dans les quartiers Côte-des-Neiges et Rosemont. Toutefois, certains ne se limitent pas à des actes de vandalisme ou à des attaques verbales. En février dernier, une personne d’origine coréenne a été agressée au couteau dans le quartier Notre-Dame-de-Grâce. Des graffitis associant la communauté asiatique à la COVID-19 ont été peints sur des statues et des résidences. 

La Dre Sophie Zhang, qui est cocheffe adjointe à l’hébergement au CIUSSSS du Centre-Sud-de-l’île-de-Montréal, a même été victime de ce racisme dans son milieu de travail. Elle se faisait regarder bizarrement comme si elle avait quelque chose à voir avec la pandémie actuelle.  

En plus de se faire demander si elle avait pris des vacances en Chine, laissant ainsi insinuer qu’elle aurait pu ramener le coronavirus ici, la Dre Zhang était à sauver des patients de la COVID-19! Depuis ces événements, elle est sur un autre front et bien visible lors des protestations comme celles de Black Lives Matter, par exemple. On ne le dira jamais assez, mais il faut dénoncer ces actes de racisme. Toutefois, c’est la peur que cela ne s’envenime qui pousse les gens à se taire. 

Beaucoup de signalements au SPVM 

C’est peut-être cette peur qui pousse les gens à ne pas dénoncer ces actes de racisme. Une importante partie des plaintes qui a été signalée au SPVM au cours des derniers temps n’a malheureusement pas été prise au sérieux. Quelques-unes sont retirées par les plaignants par peur de représailles. Mais habituellement, lorsque ces choses sont rapportées aux agents de police, elles sont véridiques.  

Rappelons que nous avons affaire à des communautés qui, traditionnellement, sont assez silencieuses, qui ne font pas de vague et qui parlent rarement de leurs problèmes publiquement. 

Une seconde raison, autre que la peur, qui peut expliquer cette montée de racisme est que la pandémie a été difficile pour tous les Québécois. Ce «virus chinois» comme l’a nommé l’ex-président des États-Unis, Donald Trump, le week-end dernier, a ébranlé les gens au niveau psychologique et le sentiment d’appartenance de certains a été ébranlé, selon Cathy Wong, responsable de la diversité, de l’inclusion en emploi, de la langue française et de la lutte contre le racisme et la discrimination au sein du comité exécutif de la Ville de Montréal.  

La conseillère municipale, qui affirme connaître beaucoup de personnes ayant subi des gestes de racisme, avoue que c’est déstabilisant. On leur a toujours dit qu’ils étaient des nôtres, ils se sont toujours dits Québécois, surtout pour les enfants de deuxième génération comme elle. Le fait de se faire dire «Retourne chez toi, c’est toi le problème» est quelque chose de franchement perturbant. 

Selon Julie Tran qui est cofondatrice du Groupe d’entraide contre le racisme envers les Asiatiques du Québec, il semble clair qu’au cours de la dernière année, les gens de la communauté asiatique ont servi de boucs émissaires de la pandémie née à Wuhan, en Chine, en décembre 2019. Mais pour le moment, MmeTran réussit à regrouper des gens sur des forums de discussions pour échanger de ces enjeux. Elle souhaite pour l’avenir qu’il y ait une prise de position pour combattre ce racisme.  

Comme elle le dit à La Presse, si des gens sont témoins de propos discriminatoires envers une personne asiatique, il faut qu’ils le disent, qu’ils expriment que ce n’est pas correct, pour qu’on perçoive une solidarité.  

Et si la COVID-19 a eu un impact positif, ce sera d’avoir mis en lumière le nouveau côté militant des différents groupes asiatiques. On est encore au tout début, mais avec le débat qui a cours sur le racisme systémique au Québec, les communautés asiatiques commencent à prendre position par rapport à ces enjeux-là.


Crédit image @ Simon RD

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