Par Rosanne Bourque

On a tous vu les deux immenses panneaux publicitaires surplombant la ville de Sherbrooke dans les dernières semaines. Les publicités n’ont même pas été décrites et vous savez probablement tous déjà de quoi il est question. On a donc tous vu les deux panneaux, ou plutôt, la couverture médiatique qui en a découlé…

Plusieurs ont critiqué la pratique existante du rajeunissement génital. Bien que la labioplastie, qui consiste à réduire les petites lèvres, ne serait probablement pas née sans l’avènement de la pornographie et sans la promotion de la jeunesse comme idéal, certaines femmes aboutissent sur une table de traitement à cause d’une morphologie inconfortable; d’autres, par simple souci d’esthétisme ou pour plaire à leur partenaire. Les raisons sont différentes pour chaque patiente et il est difficile d’en juger la pertinence.

À vrai dire, c’était plutôt la promotion d’une association entre la jeunesse génitale et la confiance en soi qui semblait déranger l’opinion publique. « Je crois que cette publicité est symptomatique d’une société obnubilée par l’esthétisme et je comprends mal que personne n’ait levé la main pour dire que c’était peut-être inapproprié avant qu’elle se retrouve sur de grands panneaux dans nos rues à la vue des enfants par exemple. C’est troublant », soutient Nathalie Plaat, psychologue sherbrookoise, dans une lettre ouverte à La Presse. Les récentes manifestations féministes, la promotion de l’estime personnelle des jeunes et la dénonciation de la culture du viol ont également marqué l’actualité ces derniers mois. Malheureusement, la prise de parole est récente, mais c’est tout de même un début, et c’est de cette façon que l’égalité des sexes triomphera.

La pratique en soi et les publicités qui s’y rattachent sont deux débats différents, mais on semble finalement avoir rendu à autrui ce qui lui appartient : son corps. Et il en fera bien ce qu’il en voudra, autrui. Comme vous l’avez probablement remarqué, les journaux se sont donc concentrés sur l’éthique du message mis en vedette par les publicités. Nul besoin d’en refaire la critique ici. Bon. Ça, c’est dit!

Toutefois, vous êtes vous seulement demandé s’il existait le même genre de pratique chez les hommes?

Si un panneau publicitaire s’érigeait sur la rue King, montrant un homme souriant parce qu’il s’était fait allonger ou épaissir la verge, seriez-vous indignés?

Et si je vous disais que les hommes peuvent effectivement se faire reconstruire l’engin reproducteur. Les genres, bien qu’ils tendent à devenir des notions impertinentes, sont des cadres de stéréotypes très fermés. Le stéréotype de l’homme, fort et rationnel, est peut-être perçu différemment, ou même moins négativement par la société, mais il amène à des pratiques tout autant questionnables que les stéréotypes sexuels entourant la gent féminine. L’opération existe tout de même et on peut se questionner sur ce que représente ce genre de chirurgie plastique. Mais, encore là, c’est une question de promotion, de message envoyé. Une publicité encourageant la pénoplastie pour une meilleure estime personnelle serait tout aussi aberrante.

La publicité du cabinet du docteur Bernier a suscité l’intérêt de la foule, mais cette nouvelle qui est apparue dans les faits divers de l’actualité ne doit pas être vue comme un fait isolé. Elle doit plutôt être observée comme une manifestation d’une mouvance naissante qu’il faut remettre en question, et ce, autant pour l’image de la femme que pour enrayer les stéréotypes masculins. Pourquoi donc s’arrêter à la critique de la publicité? Et pourquoi ne pas se poser des questions sur la pratique en soi, pour les hommes et pour les femmes qui ne devraient pas être complexés de vieillir et d’être tout simplement comme ils sont?


Crédit photo © AFME

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