Par Carl Perron 

Au tout début de la pandémie, souvenez-vous, nous étions tous désemparés et très paniqués par cette toute nouvelle situation. Voyant nos efforts pour contrer cette pandémie de COVID-19 demeurés vains, notre sentiment d’urgence a grandi jusqu’au jour où la nouvelle de la découverte d’un vaccin fut sur toutes les lèvres. Cependant, les vaccins furent disponibles en premier pour les autres pays. Pourquoi le Canada a-t-il accusé un tel retard sur sa campagne de vaccination? 

Pour bien comprendre cela, nous devons remonter au mois de mai 2020. Le virus est là depuis un certain temps. Cela nous a permis de le comprendre un peu mieux et la course au vaccin est déjà commencée par les grandes compagnies pharmaceutiques. Les plus grands pays du monde attendent, carnet de chèques en main, après ces compagnies pour passer leurs commandes au plus vite.  

Mise en contexte 

Dès le tout début, on voit que la demande dépasse largement l’offre et les gouvernements se retrouvent dans l’urgence d’agir. Pour ne pas se retrouver dans le bas de la liste, ils savent qu’ils doivent passer leurs commandes rapidement. Et là, il n’y a pas de limite quant au budget qui leur est accordé pour acheter ces vaccins si précieux. 

Au Canada, le gouvernement de Justin Trudeau a le choix de deux vaccins qui ont tous les deux commencé les essais cliniques. D’un côté, il y a le vaccin d’AstraZeneca qui est développé au Royaume-Uni et en partenariat avec l’Université d’Oxford et de l’autre côté, il y a celui d’une compagnie chinoise : CanSino Biologics. 

Le 6mai 2020, le Conseil national de recherches du Canada signe une entente avec CanSino pour mener les essais cliniques des phases1 et 2 du vaccin. Cette entente sera la première qui sera signée par le Canada pour approvisionner le pays en doses du vaccin et ainsi protéger sa population contre la pandémie de COVID-19. Pour le moment, tout va bien, car nous étions assurés d’avoir des vaccins avant la plupart des autres pays. 

Mais regardons de plus près la chronologie des événements. Le 15mai 2020, le Canada donne la permission à CanSino de commencer les études cliniques sur les humains. Le lendemain, le 16mai, le premier ministre du Canada annonce que tout est en place quant aux installations du Conseil de recherche à Montréal. Il ne manque que les vaccins pour entamer ladite vaccination, annonce Justin Trudeau.  

Cependant, le 19mai, on apprend que les cargaisons des doses du vaccin sont bloquées par les autorités chinoises à l’aéroport de Pékin. En effet, la Chine refuse de donner l’approbation requise pour que les doses partent pour le Canada. Pour plusieurs, c’est une forme de représailles politiques pour punir le pays pour son refus de libérer Meng Wanzhou, la fille du fondateur du géant des télécommunications Huawei. 

Dans les faits 

Pour un analyste critique de l’entente entre Ottawa et CanSino, tout ça était prévisible. Pour le professeur Amir Hataran, un professeur d’épidémiologie à l’Université d’Ottawa, la situation créée par le gouvernement canadien démontre son incompétence totale dans ce dossier.  

On avait deux vaccins à notre portée, dont l’un, celui d’AstraZeneca, qui venait d’un pays qui est l’un de nos plus proches alliés. De plus, le vaccin de CanSino était, des deux, le moins prometteur. Le professeur Hataran disait que les Canadiens recevraient leurs vaccins des mois plus tard et il avait bien raison. Pendant tout ce temps, le gouvernement de Justin Trudeau faisait comme si tout allait bien, comme si on avait les vaccins. 

En réalité, il en est tout le contraire. Pendant ce temps, les grands pays étaient tous en train de passer leurs commandes pour des doses de vaccin auprès d’AstraZeneca ou de Pfizer, par exemple. De grands pays signaient des ententes pour des quantités astronomiques de doses du vaccin contre la COVID-19. Le Royaume-Uni signe avec AstraZeneca dès le 17mai et d’autres pays comme les États-Unis ou les Pays-Bas poursuivront dans cette lignée. 

Au Canada, nous sommes convaincus que des doses sont sécurisées, car le gouvernement fédéral n’a toujours pas révélé au public l’échec de l’entente avec CanSino. Ce n’est que quarante-huit jours plus tard qu’on apprend que le pays n’a pas de doses du vaccin.  

Ce n’est que le 5août, au-dessus de deux mois après le blocage des vaccins à l’aéroport de Pékin, que le Canada annonce qu’il a enfin signé une entente avec les pharmaceutiques Pfizer et Moderna pour s’assurer de millions de doses du vaccin.  

On parle de millions de doses, car en fait, on ne sait pas combien de doses ont véritablement été achetées par le gouvernement canadien et combien de celles-ci ont été payées ni à quel prix. La commande du Canada arrive près d’un mois plus tard. Cela explique pourquoi le pays accuse un si grand retard. 

L’orgueil d’un gouvernement qui refuse d’admettre qu’il s’est trompé amène un retard désastreux sur la campagne de vaccination des Canadiens et des Québécois. Le pays n’est pas seulement en retard. Le Canada court littéralement pour rattraper ce temps perdu.  

Cette action, plutôt cette inaction d’un pays développé, fait que le Canada est parmi l’un des pires des pays développés quant à sa campagne de vaccination. Ce à quoi l’on assiste, c’est le résultat de mauvaises décisions qui ont été prises consciemment et délibérément par le Canada au détriment de la santé de sa population. 

On a tout misé sur le vaccin chinois et, au final, on l’a perdu. Au lieu de virer son capot de bord, au lieu de chercher une solution, le Canada a attendu, perdant ainsi un temps précieux en ce temps de crise mondiale.  

Il est désormais sur la liste d’attente pour recevoir ses doses du vaccin et ce que le pays redoutait se retourne contre lui. Il doit maintenant faire la file, en bas de la liste, pour se procurer ses doses et c’est ce qui explique notre retard. Un retard qui se fera sentir jusqu’en 2022, selon plusieurs experts.

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