Le retour silencieux du football en Europe

C’est une bonne nouvelle ! La première depuis très longtemps en ce qui concerne le football. Le gouvernement allemand a donné le feu vert pour que la Bundesliga reprenne à huis clos. Avec une reprise sous les yeux attentifs des amateurs qui attendaient patiemment ce moment depuis 63 jours, le coup d’envoi s’est produit le 16 mai avec le déroulement de quatre matchs. La Bundesliga semble déterminée à rendre à terme sa campagne 2020 en date du 30 juin. 

Par Jean-François Eddie

FINALEMENT ! Après 10 semaines d’attente, les amateurs de soccer auront enfin quelque chose à se mettre sous la dent. Le son du sifflet a retenti pour la Bundesliga et elle a répondu avec brio à ce défi d’être le premier grand championnat à reprendre lors de la pandémie de COVID-19. Avec 10 matchs en deux jours (16-17 mai), plusieurs craignaient qu’on observe des attroupements près des stades. Il ne faut pas oublier que près de 60 % de la population allemande s’était opposée à la réouverture du football professionnel au pays. 

Heureusement, les matchs d’ouverture se sont déroulés dans le calme… et le silence. Dans un match opposant Borussia Dortmund et Schalke, l’attaquant norvégien Erling Haaland du BVB a marqué le premier but de la reprise du soccer allemand. Après avoir trouvé le fond du filet, les téléspectateurs ont pu entendre les faibles gémissements des autres joueurs qui accoururent pour féliciter Haaland. Cette petite célébration et très loin des cris endiablés des 81 154 admirateurs qui sont normalement entassés au Signal Iduna Park. 

 

Qu’ils soient avec ou sans leurs admirateurs, les joueurs de BVB n’ont fait qu’une bouchée de Schalke avec des buts de Erling Haaland (29e), Guerreiro (45e, 63e) et Thorgan Hazard (49e). Malgré la victoire, il est impossible de réellement s’enthousiasmer. Des gradins vides, des joueurs portant des masques, les réserves assises à deux mètres de distance… et fort est à parier que cette situation perdurera pendant encore de nombreuses semaines.

« C’est très étrange, pour toutes les équipes et tous les entraineurs aussi. C’est très étrange qu’il n’y ait pas de bruit de foule », expliquait Lucien Favre, entraineur du Borussia Dortmund. « Vous tirez, vous marquez, vous faites une belle passe et il ne se passe rien. » Lors du déroulement des matchs, il était particulièrement étrange d’observer les joueurs célébrer après avoir marqué sans aucun contact physique. 

« Il est encore difficile de dire aux joueurs qu’ils ne peuvent pas fêter ça », témoignait l’entraineur Bruno Labbadia du Hertha Berlin en conférence de presse. « Surtout dans notre situation, avec toute la pression de ces derniers mois, c’était la rédemption. C’est juste difficile à ce moment-là et j’espère que les gens montreront un peu de compréhension. Je pense que c’est très important. »

Le huis clos et les mesures d’hygiène sont des éléments essentiels pour une réouverture sécuritaire du monde du sport. Même si les effets de la pandémie étaient visibles un peu partout lors du visionnement des matchs, les Allemands ont passé le test sanitaire sans embuche. Le déroulement de la Bundesliga ouvre désormais la porte à la Premier League (Angleterre) et à La Liga (Espagne), deux circuits qui n’ont toujours pas annulé leur saison 2019-2020. Ces développements sont toutefois accueillis de façon mitigée pour certains. 

De fait, plusieurs groupes d’admirateurs et certains joueurs sont divisés quant au déroulement de la réouverture. Avec le redémarrage du football allemand, certains clubs ont permis aux supporters de mettre des banderoles devant les tribunes vides. Les admirateurs de Pauli, une équipe de deuxième division, dont la base de supporters est particulièrement à gauche, ont profité de l’occasion pour demander des changements dans la gestion de la réouverture. 

Lors de son match dimanche, il y avait une grande banderole sur laquelle on pouvait lire : « Football lives through its fans. Reforms now » et à Augsbourg « Football will survive, your business is sick! ». Par ailleurs, le capitaine de Watford Troy Deeney a fait part de ses inquiétudes sur les réseaux sociaux : « Je ne parle pas de football en ce moment, je parle de la santé de ma famille. Si je sens que je ne peux pas m’occuper de ma famille, alors je ne reprendrai pas. Je ne veux pas mettre ma famille en danger […] Ils parlent de jouer sans partisans jusqu’en juin 2021. Donc, si ce n’est pas assez sûr pour que les admirateurs soient à l’intérieur d’un stade, pourquoi les joueurs seraient-ils en sécurité ? ». 

Le fait qu’une éventuelle reprise ne fasse pas l’unanimité pour certains joueurs nous démontre à quel point cette crise est prise au sérieux. Deeney n’a pas tort, alors que tout le monde est en confinement, les athlètes, eux, devraient s’adonner à du corps à corps sur le terrain ? Il sera intéressant de voir comment la relance du football allemand influencera les autres ligues qui sont toujours en suspens. 

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