Le temps qui passe de Jason Roy: une impression qui reste

Par Marc-André Labbé

Jason Roy est étudiant à la maîtrise en études françaises à l'Université de Sherbrooke et dans ses temps libres, il écrit et s'auto-édite. Sa première offrande, un recueil de dix-sept nouvelles, agit comme un recensement des possibilités qui s'offrent à l'écrivain, comme autant d'avenues exploratoires et jouissives des potentiels de l'imaginaire.

On sent le plaisir de l'auteur à manipuler les mots, les niveaux de narration, les dialogues, les styles sous différents registres. On retrouve notamment celui de l'inquiétante étrangeté, au cœur de relations banales, voire triviales, qui prennent des tournants bizarres. Par exemple, dans Restaurant, le narrateur se sent épié par ses convives dans un «dinner» qui semble sorti des «fifties», ou dans Études de cas, avec la superposition de récits laissant deviner que les destins des protagonistes sont liés malgré leur apparent éloignement.

Roy est un créateur d'ambiances. À elles seules, ses descriptions fines suffisent à créer l'intérêt de ses nouvelles. Il est d'ailleurs si précis dans sa façon de dresser portraits et décors que cela joue parfois contre lui. En effet, l'ambiance est si parfaitement créée qu'elle rappelle parfois au lecteur un sentiment de déjà vu quelque part dans une autre lecture ou un autre film et vient vendre le «punch», souvent prévisible. Cela se révèle toutefois sans importance puisque c'est de ces ambiances que l'on redemande. À ce titre, les odeurs sont omniprésentes dans les univers de Roy.  On les sent avec ses narrateurs, comme dans miniscences où les parfums de la bibliothèque -vieux papiers, scotch et cigares- d'un manoir qui nous n’est étrangement pas inconnu, sont enivrants au point de nous y transporter directement et d'ainsi nous plonger dans la peau d'un misérable personnage.

Mais c'est la virtuosité de Roy pour créer des impressions fortes qui nous fait véritablement l'apprécier. Dans La Guêpe, l'auteur danse avec les mots comme ses personnages. Le fond joint la forme et fait danser le lecteur à son tour. Puis, avec Spirale, Roy enchaîne des récits de marcheurs apparemment sans lien, mais qui pris dans leur ensemble, nous offrent une image claire d'un concept abstrait mis en images: celui de la quête de sens. Par ailleurs, ce sens du détail imagé et lexicologique donne à lire la plus intéressante nouvelle érotique (Le goût du miel) – si c'en est une – en tout cas, certainement moins banale que ce qu'offre ce registre normalement si redondant.

Sur un mode exploratoire, donc, Roy se livre à une espèce de cartographie de son imaginaire, comme s'il avait souhaité bien le baliser avant de se livrer à un exercice plus substantiel – L'alliance – une brique de 400 pages, que Le temps qui passe nous aura assurément donné envie de lire.

Jason Roy, Le temps qui passe, 19,95 $, en vente à la Coop.


© Cathie Lacasse Pelletier

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