Une leçon de littérature avec Luchini

Par Benjamin Le Bonniec 

Depuis plus de quarante ans, Fabrice Luchini hante la littérature française. De La Fontaine à Molière, en passant surtout par Céline, l’apprenti coiffeur devenu l’incontestable acteur que l’on connait brosse et analyse les plus grands textes de ces auteurs qui le fascinent. Dans un premier livre paru aux Éditions Flammarion Québec, Luchini s’essaie vainement à l’autobiographie pour somme toute nous livrer une véritable leçon de littérature. Magistral professeur, Luchini nous fait adorer ces écrivains qu’il aime tant, vénérant et honorant la langue française à juste titre.

Comédie française, ça a débuté comme ça, première publication de cet acteur aussi singulier qu’est Luchini, se targue de n’être qu’une banale biographie. Pourtant, l’homme de théâtre, le passionné de littérature et in extenso de la langue française, évacue rapidement le prétexte autobiographique pour faire ce qu’il fait depuis ses débuts : l’analyse, la reprise et la sublimation des textes de Rimbaud, de Céline, de Molière, de La Fontaine ou de Valéry. Parce que Fabrice Luchini est loin d’être un acteur comme les autres. Apprenti coiffeur dans le XVIIIe arrondissement de Paris à l’âge de 14 ans, le jeune homme est débusqué par Philippe Labro pour jouer dans l’un de ses films. Une fois amorcée, cette carrière sera bel et bien prolifique, enchainant les films avec Rohmer, passant chez Chabrol, Costa-Gavras, Klapisch, De Broca, Ozon et aujourd’hui à l’affiche chez Bruno Dumont pour Ma Loute (en compétition au dernier festival de Cannes).

L’autodidacte devenu acteur n’a jamais cessé de faire vivre et de transmettre son amour des belles lettres, la passion qu’il entretient avec la littérature. Véritable autoportrait littéraire, ce premier bouquin est l’occasion pour lui de prendre un peu de recul sur ces textes qu’il affectionne tant, qu’il vénère du premier jusqu’au dernier mot. Avec autant de brio qu’à l’oral, Luchini nous transmet son amour, son ardeur, sa fougue indéfectibles de notre langue dans une écriture pleine de légèreté, éclatante de panache. Certes, on en apprend un peu plus sur le parcours d’un homme perplexe à l’humour et l’ironie désopilants qui a su saisir opportunément sa chance alors que la France sortait à peine du chaos soixante-huitard.

Avec toute l’expansivité qu’on lui connait, le fameux Antoine de La Discrète (1990) nous contamine, voire nous corrompt. Quand vous refermez ce livre, vous n’aimerez pas plus Luchini. Ceux qui ne l’aiment déjà pas le haïront. Mais, une chose à laquelle vous ne pourrez échapper, c’est d’avoir envie, au plus vite, de relire ces génies de la littérature. Lucchini est contagieux, comme son adulation pour Céline ou Molière. Son livre ne restera pas dans les annales au même titre que Voyage au bout de la nuit, Le Misanthrope ou bien Le Bateau Ivre, mais avec ses premiers écrits, avec lucidité, Fabrice Luchini nous aura donné envie de les découvrir ou de les approfondir un peu plus. Son plus grand mérite restera à jamais la cause qu’est la sienne : aimer notre langue, chérir ses écrivains et surtout transmettre cette passion pour que résonnent en chacun de nous les plus belles phrases de la littérature.

Extraits : « On ne demande pas à l’acteur d’être génial : on lui demande de travailler en légèreté pour ne pas gâcher l’effet et la puissance de la phrase. La langue de Céline est d’elle-même suffisamment efficace. Je ne l’augmente pas, je ne la surcharge pas. Depuis vingt-cinq ans j’essaie seulement de ne pas en éteindre la magie. »


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