Leçon de philosophie sur le temps

Par Emanuelle Boutin

 

Le temps accapare nos discussions, presque toutes. Le temps que ça a pris pour se rendre en bus à la brûlerie, le temps qu’on a eu pour faire l’examen, le temps qu’on n’aura pas pour étudier, pour lire ce livre qu’on vous a conseillé, pour apprendre à jouer de la guitare…

 

On vous en parle depuis que vous êtes petits, le futur, le présent, le passé, le conditionnel, l’imparfait, le temps, pour se situer dans une réalité donnée. Mais le temps passe et il passe, et las.

 

Pour Einstein, «le temps est illusion», une apparence dénuée de réalité, une erreur des sens. La scientifique Ilya Prigogine disait quant à elle que «la question du temps est au carrefour du problème de l’existence et de la connaissance».

 

Dans un premier temps, certains grands penseurs ont réfléchi sur la question du temps parce que «le temporel, c’est le confus, le changeant, l’apparent situé quelque part entre l’être et le non-être». La «tâche de la pensée [était] donc d’échapper au temporel pour se réfugier dans l’éternel. Il est évident que le but de cette pensée [était] de trouver des stratégies pour s’en dégager» — le plus grand rêve de l’étudiant, n’est-ce pas?

 

La seconde école de pensée s’est attardée, elle, au temps parce qu’elle le considérait comme un défi pour l’esprit. Posant ainsi un problème dans sa conception et sa compréhension, le philosophe allemand Edmund Husserl s’est penché sur la question du temps dans la Phénoménologie de la conscience intime du temps et établit ainsi que «le présent c’est le passage du passé vers le futur».

 

Plus précisément, il s’est mis à réfléchir sur ce qu’était le temps: «le passé n’est plus, le futur n’est pas encore et le présent disparaît à mesure qu’il apparaît.» Intangible, le temps on sait pourtant qu’il existe, qu’il s’enfuit et qu’il est nécessaire de l’organiser pour éviter d’en perdre une infime partie.

 

Ainsi, «l’avenir n’est pas quelque chose dans lequel nous regardons de temps à autre; le passé n’est pas ce que l’on “réchauffe” parfois, tandis que l’on vit toujours “dans” le présent. Vivre, c’est-à-dire être conscient, c’est toujours vivre dans les trois dimensions “à la fois”. […] dire que nous vivons dans les trois dimensions à la fois, ce n’est pas dire que nous y vivons de la même façon. C’est dans ou par leur différenciation que se constitue le champ qui rend possible l’expérience du temporel.»

 

Husserl prend en exemple la musique, «la note jouée présentement est ce qu’elle est pour [une personne] en fonction du contexte des notes déjà jouées et des notes attendues. Un objet temporel — une mélodie, une action, un évènement — est dans notre expérience un tout dont les phases sont des parties distinctes, mais inséparables.»

 

 

Ceci dit, il est temps de se remettre au travail. Le mois qui nous sépare de décembre, sa neige et ses finaux filera plus vite qu’on ne le croit. L’horloge ne s’arrête pas, et ce n’est pas pour rien qu’Aznavour chantait le temps:

 

Le temps qui vient

Jamais ne s’arrête

Et je sais bien

Que la vie est faite

Du temps des uns

Et du temps des autres.


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