referendum_ecossais_AFPC’était le 29 mai dernier qu’a officiellement commencé la longue campagne référendaire écossaise. Le tout se conclura le 18 septembre et pourrait donner naissance à une nation indépendante dès 2016. Si plusieurs ici font des parallèles avec notre propre question nationale, les raisons pour lesquelles tant d’Écossais veulent un nouveau pays diffèrent cependant souvent des nôtres.

Bernard Beausoleil Chartrand

Tout d’abord, les questions linguistiques n’y comptent à peu près pas contrairement au Québec. Bien qu’on puisse encore trouver des dizaines de milliers d’Écossais pouvant converser en gaélique écossais, ces derniers savent normalement parler anglais. Ils habitent principalement le nord-ouest du pays et dans les îles Hébrides. Beaucoup plus commun, le scots a autrefois pris le dessus sur le gaélique pour céder le terrain, à son tour, à l’anglais. Le recensement de 2011 nous apprend notamment que près de 100 000 de ses habitants ont le scots pour langue maternelle. Vous avez toutefois plus de chances de trouver un Écossais n’ayant aucune connaissance de cette langue que quelqu’un qui en a la moindre notion.

Ce n’est pas pour autant que les Écossais ont la même mentalité que les Anglais. Si ces derniers ont toujours regardé le projet européen avec un certain scepticisme, c’est beaucoup moins le cas chez leurs voisins du nord. Les toutes récentes élections européennes ont amené le parti anti-Union européenne, l’UKIP, au premier rang en Grande-Bretagne, mais quatrième en Écosse. Dans la même veine, les conservateurs au pouvoir à Londres ont promis un éventuel référendum en 2017 sur l’appartenance de la Grande-Bretagne à l’Union européenne si jamais ils sont réélus. Quand on sait que le camp du NON à l’indépendance écossaise se prénomme Better together, il y a un petit quelque chose d’ironique à ce que tant d’Anglais veulent larguer les vingt-sept autres pays de l’Union européenne.

D’emblée, on serait tenté de croire qu’une Écosse indépendante viserait à devenir une république avec un Président, mais l’actuel projet du camp du OUI prévoit de garder Élisabeth II comme monarque. Pourtant, le Premier ministre écossais et leader du camp du OUI, Alex Salmond, a longtemps clamé être contre la monarchie britannique. Il faut donc comprendre que le chef du Scottish National Party (SNP) a accepté cette concession pour tenter de ratisser plus large dans l’électorat. À tel point que ce politicien a été anobli en 2007!

N’empêche qu’il semblerait bien que ce soit au niveau de la gauche et de la droite politique qu’une bonne partie du débat repose. Au niveau britannique, les Écossais ont envoyé majoritairement des députés travaillistes à Londres depuis 1959 sans interruption. Leur faible population en regard du reste de la Grande-Bretagne a résulté que les conservateurs ont quand même été souvent élus. Dans ce cas-ci, il y a matière à comparaison avec le peu d’appui québécois aux conservateurs de Harper. Ce qui ne l’a pas empêché de devenir majoritaire pour autant.

Le règne de la très conservatrice Margaret Thatcher durant les années 80’ a particulièrement déplu à bien des Écossais. L’industrie lourde, très présente dans cette région, était sous respirateur artificiel depuis un bon moment et Londres a décidé que c’en était assez. Après deux ans de règne de la «dame de fer», le cinquième de la main d’œuvre écossaise avait disparu en raison des coupures budgétaires massives et des privatisations. Les chantiers navals de Glasgow et les mines de charbon ont compté parmi les principales victimes. En 1988, Londres a introduit la poll tax soit une taxe fixe pour chaque adulte peu importe son revenu. En réaction, plusieurs mouvements s’organisèrent pour son boycott et des émeutes ont mené à la démission de Thatcher.

Quand les travaillistes reprirent enfin le pouvoir en 1997, peu fut fait pour combattre l’accroissement des inégalités sociales qui avaient résulté du règne de 18 ans des conservateurs. Pour rajouter à cela, le nouveau Premier ministre britannique Tony Blair a aussi choisi de suivre les Américains dans la guerre en Irak. En agissant de la sorte, ’il a donné davantage de munitions aux indépendantistes. Ceux-ci jugent non seulement cette guerre comme un échec à l’instar de l’immense majorité du reste du pays, mais ils la considèrent en plus comme une guerre imposée par une autre nation.

Enfin, nous nous arrêterons sur un dernier point plus actuel bien que nous pourrions remonter jusqu’au Moyen-âge avec William Wallace. Ce point en question s’appelle le pétrole et la découverte dans les années 70’ d’importants gisements dans la mer du Nord a coïncidé avec le renforcement du nationalisme écossais. Bref, près de 6% des travailleurs écossais appartiennent à cette industrie qui correspond à la première exportation de la région. Étant donné qu’ils pourront en profiter jusqu’au-delà de 2055, les hydrocarbures représentent l’assurance économique qu’une Écosse indépendante serait non seulement viable, mais peut-être plus aisée encore.

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