L’éducation : valeur marchande (partie 2)

Alors que l’éducation joue un rôle majeur dans le développement personnel, social et cognitif d’une personne, l’époque dans laquelle nous vivons tend à lui donner une valeur économique. Nouvelle marchandise à l’ère de la mondialisation, l’éducation doit être quantifiée, calculée, évaluée sous tous les angles possibles afin d’en déterminer sa valeur sur le marché.

Par Emanuelle Boutin

Un bel exemple est le classement de Shanghai qui détermine — selon des critères discutables — les 500 meilleures universités à l’échelle mondiale. Si les universités sont elles-mêmes évaluées, les formations le sont tout autant, mais en terme de rentabilité. La question qui tue avant de s’inscrire dans un programme universitaire : aurais-je un emploi assuré en sortant?

Heureusement pour la médecine, l’administration, la finance, le droit et l’ingénierie, la demande d’emploi est si grande que la réponse est OUI! Qu’en est-il de ceux pour qui les domaines des arts, de l’histoire, de la philosophie ou encore de la sociologie semblent beaucoup plus attrayants d’un point de vue intellectuel, mais qu’en raison de leur faible rentabilité sur le marché du travail, la réponse à la question ci-haut est NON?

Campus-Emanuelle Boutin-education Valeur marchande (partie 2)-19 mars 2015-credit la presseRentabilité de la formation supérieure

La grande idée de rendre accessible à tous l’éducation autour des années 60 ne vient pas seulement d’un grand rêve d’égalité, mais aussi d’une évidence économique qui pointait à l’horizon : pour garantir une plus grande productivité, il fallait combler plus de postes demandant des compétences précises. Le grand tournant s’est ainsi fait : l’éducation s’est mise au service de l’entreprise. La rentabilité et l’efficacité qu’aura une personne une fois arrivée sur le marché du travail guident ainsi souvent son choix universitaire. Incidemment, plusieurs années plus tard, nous nous retrouvons avec des facultés et des départements qui se voient obligés de fermer leurs portes, faute d’apporter suffisamment d’argent aux universités en plus de gruger leurs budgets pour des recherches menant à des résultats faisant peu de vagues. C’est d’ailleurs ce qui est arrivé avec la Faculté de théologie et d’études religieuses de l’Université de Sherbrooke récemment. La représentativité des savoirs diminue peu à peu avec le temps, et certaines disciplines se perdent.

Réalité mondiale

Le classement de Shanghai a été créé afin de comparer les universités japonaises aux autres universités du monde. C’est ensuite que les institutions d’un peu partout se sont mises à utiliser cette classification pour s’autopromouvoir. La concurrence mondiale des universités a surgi avec la mobilité de ses étudiants. Il fallait pouvoir se comparer pour pouvoir créer des équivalences, et produire un fruit de l’éducation passe-partout, homogène, qui va et qui vient avec la demande planétaire.

Partout, quand on questionne les gens sur leur vision des sciences sociales et des sciences plus « rentables », il est possible d’obtenir à peu près la même réponse : c’est mieux, c’est plus encouragé de se lancer dans un champ d’études qui paye bien une fois devenu travailleur, sinon à quoi bon « perdre » autant d’années d’études?

Perdre son temps, en voilà une drôle d’idée! Étudier l’art, l’histoire, la philosophie et la sociologie permet à la société d’avancer et de se définir. Pourquoi dévaloriser ces champs d’études qui jadis étaient très prisés et réservés aux élites? Pourquoi se limiter à les considérer seulement en terme d’apport monétaire, alors que leur rendement social est aussi, sinon plus grand que les domaines supposés rivaux? Laisser l’éducation être régie par une économie de marché n’est pas la solution pour un système d’éducation plus juste, plus sain et plus accessible.

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