Par Sofie Lafrance

Le récent album visuel de Beyoncé a causé toute une frénésie; pour la première fois, la vedette internationale abordait son passé difficile avec son mari Jay-Z. Bien que l’infidélité soit un thème incontournable de Lemonade, le black et le women empowerment sont omniprésents dans chacune des vidéos composant l’album visuel.

Mais avant tout, l’album est la description d’un large processus de guérison que l’artiste a vécu, en passant de l’Intuition, par le Denial et la Reformation pour en venir à la Redemption. La beauté de l’aspect visuel de Lemonade réside dans les textes récités par la chanteuse entre chacune des chansons, permettant une compréhension et une réflexion poussées sur la subtilité des paroles. Ces textes brefs permettent une tout autre interprétation de l’album.

« You better call Becky with the good hair »

À l’heure des relations libres, ouvertes et non contraignantes, la question de l’infidélité peut sembler banalisée et courante. Certains se sentent même gênés ou marginaux de vouloir entretenir des relations amoureuses dites traditionnelles. Or, l’infidélité et la trahison ne sont-elles pas ce que redoute quiconque de ses relations sentimentales? Cette crainte profondément ancrée, Beyoncé n’hésite pas à la relever et elle l’assume pleinement.

Les quatre premières chansons de l’album savent mettre des mots sur la douleur et l’amalgame d’émotions qu’engendre l’infidélité. Certaines phrases-chocs ont d’ailleurs provoqué tout un émoi sur les réseaux sociaux. Les extraits « This is your final warning, you know I gave you life, if you try that shit again, you’ll lose your wife » ou encore « Today I regret the night I’ve put that ring on » ne sont que quelques exemples.

« You look nothing like your mother. You look everything like your mother »

Il ne faut toutefois pas se méprendre et croire que le seul objectif de la chanteuse soit de dénigrer son mari pour son infidélité. Au contraire, il est plutôt justifiable de croire qu’il est normal et sain de vivre pleinement la colère, la tristesse et l’apathie. Ce que Beyoncé tente aussi de dénoncer est le fait que l’infidélité est commune à tous, mais elle vise particulièrement les femmes. Son propre père menait une double vie en étant marié à sa mère. « The tradition of men in my blood. You come home at 3am and lie to me. What a fucking curse. »

Did he bend your reflection? Did he make you forget your own name? Did he convince you he was a god? Did you get on your knees daily? Do his eyes close like doors? Are you a slave to the back of his hand? Am I talking about your husband or your father?

Le women empowerment est un élément cher aux yeux de Beyoncé depuis le début de sa carrière. Il est possible de le constater à travers plusieurs de ses succès, comme Who run the world, Single ladies, Flawless ou encore Formation. À travers Lemonade, elle procède à l’empowerment en voulant briser cette « malédiction » de l’infidélité et en encourageant la solidarité féminine. Elle accorde d’ailleurs une grande importance à l’héritage mère/fille qui permet d’enrayer cette « malédiction ». « Your mother is a woman, and women like her cannot be contained. »

One thousand girls rise their arms. Do you remember being born? Are you thankful? Are the hips that cracked, the deep velvet of your mother, and her mother and her mother? There is a curse that will be broken.

« My torturer became my remedy »

Ainsi, l’album repose sur la force de l’effacement de la « malédiction », puisque le couple Beyoncé et Jay-Z Carter semble plus solide que jamais. Bien que pour plusieurs une infidélité soit le symbole d’une voie de sortie directe à un couple, Lemonade en montre une tout autre facette, celle de la reconstruction commune et de la renaissance après la tempête.

Le message que semble vouloir diffuser la chanteuse est qu’au-delà de l’infidélité se trouve bien souvent un lourd manque de communication, de compréhension et d’acceptation mutuelles. L’acte de l’infidélité peut être interprété comme un cri du cœur inconscient pour combler un vide qu’on ne saurait combler autrement. La résilience est donc de mise pour la reconstruction d’une relation à la suite d’une telle trahison.

« My daddy Alabama, Momma Louisiana »

Enfin, avec la sortie du single Formation, d’ailleurs interprété au dernier Superbowl, Beyoncé met en lumière la discrimination toujours marquée envers les Noirs aux États-Unis. Dans presque tout l’album visuel Lemonade, on constate la présence de plans tournés près de maisons du sud des États-Unis et des femmes noires en habits d’époque, faisant un rappel à la période esclavagiste.

black
©Lemonade

« The most disrespected person in America is the black women. The most unprotected person in America is the black women. The most neglected person in America is the black women. » Il est possible d’entendre cette citation à travers la chanson Don’t hurt yourself. Elle vient justifier l’importance de cette problématique, malheureusement toujours d’actualité.

Au final, cet album visuel en constante fluidité se veut engagé et provocateur. Il permet un accès privilégié à la vie de Beyoncé, qui est toujours demeurée secrète à cet égard. Les multiples collaborations avec Kendrick Lamar, The Weeknd et Jack White en donnent un résultat visuel et auditif percutant et accrocheur. À voir absolument!


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