L’EMPRISE DU NÉOLIBÉRALISME, VISION DE DARRYL CUNNINGHAM

Par Catherine Foisy

2008 : crise bancaire et économique à l’échelle planétaire, résultat de bafouages et fraudes au sein des marchés financiers américains. Six ans plus tard, Darryl Cunningham publie une bande dessinée dans laquelle il explique « ce qui a mis l’économie d’une grande partie du monde à genoux ». Retour sur l’œuvre.

L’Ère de l’égoïsme : comment le néolibéralisme l’a emporté est le troisième ouvrage de l’artiste américain d’origine anglaise. À travers ce recueil de trois chapitres, Cunningham tente de tisser un lien entre certaines personnalités publiques, diverses théories et des bribes d’histoire politique et économique.

Trois chapitres, trois sujets

Le premier chapitre est consacré à la bibliographie d’Ayn Rand, une philosophe, scénariste et romancière d’origine russe, auteure du mouvement objectiviste. Cunningham explique que s’il s’est penché sur son histoire, c’est qu’il y voit le fondement même de l’égoïsme. La philosophie de la dame aux idéologies très individualistes sert donc ici d’emblème des conservateurs. L’auteur détaille l’influence que celle-ci a eue sur la droite américaine, mais également sur celui qui allait devenir président de la Réserve fédérale, et ainsi acteur important lors de la crise de 2008, Alan Greenspan.

Le second chapitre, quant à lui, traite de la crise économique de 2008. L’auteur y raconte ce qui s’est passé avant d’expliquer en quoi les doctrines libérales sont responsables. Il rapporte également les ravages que cette tempête économique a laissés derrière elle.

Le troisième et dernier chapitre porte sur l’ère de l’égoïsme, l’ère à laquelle nous appartenons, survenue après l’époque de la contre-culture des années 60.

Une vulgarisation bien dessinée

Si l’ouvrage comporte des notions économiques plutôt complexes, le fait que celui-ci soit organisé sous forme de bande dessinée rend l’information accessible à un plus grand lectorat. Les dessins sont simplistes, mais ajoutent une facture visuelle aux propos de Cunningham.

Une vision tendancieuse appuyée par des études

Si l’on doit reprocher quelque chose à Cunningham, ce serait probablement son manque de transparence. Dès la préface, l’auteur exprime ses couleurs :
« Au cours des trente dernières années, la droite politique n’a cessé de gagner du terrain dans le monde occidental, et elle a façonné le monde avec sa propre vision de la moralité. Dans des États démocratiques, où le droit de vote existe, nous sommes responsables d’avoir donné le pouvoir à ceux qui estiment vertueux de privilégier l’amoncèlement de l’argent au lieu de l’égalité de tous. »

Il serait toutefois insensé de reprocher à l’auteur d’avoir alimenté ses propos de ses opinions strictement subjectives. Il rassemble sous cette couverture rigide nombreux faits et études. Tellement que par moments, nous en venons à nous demander la pertinence de ceux-ci. Il ira entre autres jusqu’à parler des chambres organisées et peu décorées des conservateurs et de celles pleines de livres de voyage, de la question raciale, du féminisme et de la musique des progressistes.

« Il est grand temps de rejeter cette philosophie de l’égoïsme », peut-on lire comme phrase orpheline sur la dernière page de la bande dessinée. Décidément, Cunningham souhaitait, à travers son ouvrage, lancer un cri du cœur en direction du changement.


Crédit photo © Bedetheque

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